Paulo l’avorton

On a vite fait de Paul LE héros d’une évangélisation à succès, christianisant à tour de bras l’ensemble de l’Europe méditerranéenne. Et que je voyage, marche infatigablement que même les pèlerins de Compostelle passent pour des promeneurs du dimanche. Et que je te prêche sur les places publiques accomplissant des conversions à faire s’évanouir le responsable des adhésions d’un parti à la veille d’une élection présidentielle. Et que je te fonde des communautés chrétiennes comme autant de clubs Mickey sur nos plages estivales. Et que je t’admoneste une bonne  morale à faire passer le premier des ascètes pour le dernier des épicuriens. Et que je t’écrive des lettres à succès à faire pâlir l’éditeur de celles de Mon-Moulin…Bref, le héros parfait, inégalé, voire inégalable à rendre jalouses les plus ‘missionnaires’ des communautés nouvelles. Oui, mais voilà qu’il nous faut peut-être descendre de notre cheval d’orgueil, cheval aussi illusoire que celui de Paul sur son chemin de Damas1.

Paulo l’imposteur ?

Tout fut-il aussi facile qu’on se rêve à le penser ? Pas si sûr. Car il faut le dire, et Paulo nous le dit lui-même, rien ne fut si simple, bien au contraire. La première embrouille vient de sa légitimité. C’est vrai ça : au nom de quoi et de qui prêche-t-il l’évangile du Christ cet astec ? Il n’ fait pas partie de la bande des Douze, comme Pierrot, Jeannot ou les autres escogriffes, pas même aminche du Nazaréen, ni dans l’album de famille comme Jacquot (Ga 1,18-19). De quel droit, de quelle autorité cette pie jacasse peut-elle donc proclamer l’Evangile  (Ac 17,18; 2Co 3) ? Pire, notre Paulo a joué les apaches avec les chrétiens  (Ga 1,13-20). Comment alors être crédible ? Dire que le Christ lui est apparu (1Co 15,8-9) ?? Il en a de bonnes Paulo l’avorton ! ça dut en faire rire plus d’un, des disciples, des vrais qui ont connu Jésus de Nazareth ou ceux qui les ont écoutés. Et le voilà, lui et sa fine équipe tenus pour imposteurs, et pourtant véridiques  (2Co 6,8). Mais qui de nous, aujourd’hui, pourrait dire avoir vu le Christ ?

Paulo la bafouille.

Pourtant il en est quelques uns qui s’attachèrent à sa la parole de ce timide bafouilleur. Car nous sommes loin d’un orateur tonitruant sur les places publiques, chantant « O Jésus coeur brûlant d’amour », tambourin à la main2.  Des places publiques, il n’en est guère question, ni dans ses lettres et fort peu dans les Actes des Apôtres. Sans doute s’appuyaient-ils, lui et ses compagnons, sur les petites communautés juives pour n’être écouté que de quelques uns. Parmi eux un petit nombre de païens attentifs au judaïsme et maintenant intéressés par cette Bonne Nouvelle du Christ Ressuscité qui fait d’eux des frères3. Mais, même, allez leur faire comprendre à ceux-là, comme à ceux d’aujourd’hui, le mystère d’un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens (1Co 1,23) !

Bref, à l’occasion de rencontres, dans les villes, durant ces voyages caravaniers, c’est un homme faible, craintif et tout tremblant, qui s’avance vers ces hommes et ces femmes;  un homme dont la parole et le message n’ont rien à voir avec les discours persuasifs de la sagesse (1Co 2,3-4). Paulo n’est pas une grande gueule, et c’est rassurant pour nos voix timides en ce monde. Mais, quand même, ou justement, petit à petit, se constituent d’humbles communautés dont la joie de croire et la charité rayonnent au-delà de leur ville, faisant ainsi la fierté de Paul :   Ainsi, écrit-il aux chrétiens de Thessalonique, vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants en Macédoine et en Achaïe.  En effet, de chez vous, la Parole du Seigneur a retenti, non seulement en Macédoine et en Achaïe, mais en tous lieux votre foi en Dieu s’est répandue, si bien que nous n’avons nul besoin d’en parler. (1Th 1,7-8).

Paulo le débonnaire.

Petites communautés qui ont bien besoin de l’encouragement de ses lettres. Fragiles communautés au passé parfois peu glorieux : impudiques, idolâtres, adultères, dépravés, gens de moeurs infâmes, voleurs, cupides,  ivrognes, insulteurs ou rapaces, … voilà ce qu’ils étaient jadis avant de connaître la grâce du Salut. (1Co 6,9-11). Petites communautés fragiles, depuis Corinthe jusqu’en Galatie, parfois tentées par ceux des judéo-chrétiens qui annoncent à la fois l’Evangile et une fidélité à une loi  stricte (Ga 3,1s; 2Co 11,22s), et des légalistes on en trouve encore.  Que de patience lui fallut-il pour préserver ses communautés, ses petits enfants, qu’il enfante chaque jour dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux (Ga 4,19) !

Paulo le balafré.

Paulo, le balafré, marqué par la figure du Crucifié, messie humilié, Celui-là même qui se révéla à lui. Paulo nous rappelle la Grâce agissante de la Parole, et non la sienne, au coeur des hommes. Paulo le balafré, blessé par sa difficulté à annoncer la Parole à son propre peuple, blessure aussi douloureuse qu’une écharde dans la chair (2Co 12,7). Paulo le balafré, griffé à droite comme à gauche, qui malgré ces attaques, jamais, ne consentit à choisir entre tradition et modernité, mais à toujours préférer le Christ, à temps, à contre-temps. Paulo, le balafré, marqué par ses communautés éparpillées, souvent insignifiantes aux yeux des hommes mais si chères à ses yeux. Paulo le héraut, le doulos4,  mon poto !

  1. Nonobstant, je suis preneur d’une relique du cheval que montait St Paul le jour de sa conversion, ceci pour répondre aux besoins financiers de la paroisse. :D
  2. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer la scène
  3. Désolé, je ne peux développer la théologie de Paul en si peu de mots. Je vous renvoie à ses lettres.
  4. Ne pas confondre doulos le serviteur en grec, avec doulos le traitre en argot. Mais finalement si aux yeux de ses frères chrétiens et juifs, il était considéré comme un traitre, Paul demeure et veut demeurer le serviteur du Christ.
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