Pour la gloire de Dieu et le Salut des jean-foutre

Cliquez pour agrandirRécemment, lors d’une visite au Louvre, une œuvre a particulièrement attiré mon attention. Dans le coin d’une des salles, sans mise en valeur particulière, de loin, se laissait deviner une scène de repas. En m’approchant, je reconnus le Christ : Emmaüs, repas chez Lévi, noces à Cana ou repas chez Simon le pharisien ? Non pas. Ce tableau de Gérard de Lairesse était intitulé L’institution de l’Eucharistie. Pourtant je ne retrouvai aucun des codes habituels d’autres œuvres : une longue table où les Cène - champaignedisciples étonnés, priant, parfois dévotement, assis du même côté, entourent un Christ lumineux et extatique. Ici, rien de tout cela : c’est le bordel à table ! Aucun ordonnancement, le Christ lui-même n’est pas au centre du tableau, ni même devant, il semble caché, en arrière, à gauche. Non, vraiment rien de commun avec d’autres œuvres plus connues. Quant aux disciples… de vrais  jean-foutre, quoique…

Cliquez pour agrandirAu lieu d’un moment grave, solennel, religieux, G. de Lairesse peint un repas ordinaire, festif. Ils sont tous là, les Douze, mais chacun dans une attitude inhabituelle. Regardez bien (cliquez sur l’icône à droite), prenez votre temps pour poser vos yeux sur le Christ et ses Apôtres. Ecoutez cette ambiance… Ce n’est pas le silence pieux dans cette Cène mais un brouhaha tel qu’on peut en connaître lors de repas de famille ou de Première Communion !

bavardsIl y a là les bavards, toujours à discuter de bouffe, de bons vins, du boulot… Peu importe ce qui se joue à ce moment : il y a mieux à faire, mieux à entendre surtout, le monde tourne autour d’eux-mêmes, de leurs problèmes… Qu’ont-ils à faire d’un pain rompu et partagé ? Indifférents, ils ne mesurent pas encore, que le Christ agit pour eux, par un amour donné, jusqu’au bout, .

ailleursDans le même genre, il y a celui qui est ailleurs, les yeux dans le vide, trop préoccupé, à ses propres pensées. Vous savez : ces moments d’absence que l’on peut avoir même pendant la messe, même quand on est prêtre. Loin d’être une inattention, ce « vide » est parfois cette réalité à laquelle la Parole de Dieu, les prières, la fraction nous ramènent pour la remplir d’Evangile.

endormiUn autre est tellement absent qu’il s’en est endormi. L’homélie était-elle si longue ? ou bien a-t-il compris que son salut était dans cette confiance : se pencher et s’appuyer sur le cœur du Christ ?

aveuglesEt puis, cet aveugle, du moins celui qui se voile la face. Il est bien présent mais en retrait et personne ne le regarde, ni ne lui adresse la parole. Pourtant, il est l’un des rares dont le regard fixe quoi que caché, semble contempler le geste du Christ et le prendre au sérieux. Au milieu de ce brouhaha, ce vin versé dans l’indifférence lui est aussi destiné pour relever son voile de honte ou d’humiliation.

intrigue-de-lairesseEnfin, il y a ce disciple dont le regard se détourne de la table comme intrigué par cette servante remplissant une cuve d’eau au milieu de repas. Mais finalement, est-il absent de la scène cène ? N’anticipe-t-il pas, par son regard, les fruits mêmes de l’Eucharistie qui nous oblige, dans le don que le Christ fait de lui-même, à vivre en serviteurs de la Parole et de la Charité du Christ lavant les pieds de ses disciples ?

Au milieu des distraits, des indifférents, des chiens, et des humiliés, malgré le bruit et les bavardages (et encore il manque les turbulents enfants), le Christ n’en reste pas moins déterminé. Car son salut opère pour tous ceux-là.

christA chaque eucharistie que nous célébrons, nous prions ensemble pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde, y compris des jean-foutre. Lorsque nous partageons ce pain et buvons ce vin, corps livré et sang versé du Christ pour la multitude, ne germe-t-il pas déjà ce Royaume de Salut pour le monde ? Un Royaume que le Christ. accomplit indépendamment de nos endormissements, de nos absences, de nos humiliations, et même indépendamment de l’originalité du prêtre (heureusement) ! Il demeure à nous comme au monde, présent et agissant; telle est la Grâce du Christ, son (et avec lui : notre) Action de Grâce.

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