Eden retrouvé

Eden retrouvé

(article modifié le : dimanche 17 décembre 2017)

Après celui d’Isaïe (1,1-4) et celui de Jean le baptiste (1,5-11), vous reprendriez bien un peu de désert ? Car, une fois encore,  nous nous y rendons, en suivant Jésus (1,12-13) mais ce troisième désert paraît bien différent et particulier.

Et aussitôt l’Esprit le poussa dans le désert. Il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan, et était parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. (1,12-13)

Poussé par l’Esprit

À peine le Seigneur Dieu a-t-il, de sa voix, encouragé son Messie que son Esprit le pousse, ou plus  littéralement le jette au désert dans un aussitôt surprenant. Non pas d’emblée en Judée, ou Galilée, ni même à Jérusalem, à la rencontre des foules mais là où, a priori, il n’y a pas grand monde. Je vous disais bien que l’on n’aurait pas fini d’être surpris ! Quelle urgence y a-t-il à être en ce désert ? On aurait tord, sans doute, de considérer ce séjour comme une retraite de première communion ou d’ordination. Si l’Esprit du Seigneur l’y envoie « aussitôt », c’est qu’il va de sa mission de Fils bien-aimé, et du Salut de tous. Il se s’agit pas d’une balade mais d’un impératif ! La nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, que le baptiste annonçait au bord du Jourdain, nécessite une terre sainte renouvelée, débarrassée définitivement des souillures du mal.

Un désert pour l’Alliance

Le temps passé au désert ne relève pas d’un calendrier aléatoire. Il fait écho à ces quarante années d’errance des fils d’Israël, mené par Moïse, avant d’atteindre la terre promise. Quarante années qu’on ne saurait réduire aux seules épreuves et tentations. Ce sont d’abord des décennies de marche aux côtés du Seigneur : « Voici quarante ans que le Seigneur ton Dieu est avec toi, sans que tu ne manques de rien » (Dt 7,2). Le désert devient dès lors le lieu de la relation privilégiée avec Dieu, son arche d’Alliance au milieu des Hébreux sortant, libres, d’Égypte. Cette première Pâque est un temps de don. Celui d’une Alliance éternelle entre Dieu et son peuple (Ex 24). Don d’un lien indéfectible, par la Loi et ce Sanctuaire, la bien-nommée Tente de la Rencontre… Et ce premier pas de Jésus dans ce désert où l’Esprit Saint l’a jeté, devient la marche volontaire du Seigneur vers une Alliance renouvelée, dans un don sans limite, une pérégrination non sans embûche.

Épreuve et tentation

Rappelez-vous, selon les livres de l’Exode et des Nombres,  une partie des Hébreux s’oppose, maintes fois, au dessein divin, conteste l’autorité de Moïse,  allant jusqu’à regretter l’Égypte des idoles et de l’esclavage. Dans cette errance des douze tribus d’Israël, on peut penser aux épisodes de la révolte de Coré (Nb 16), à ceux Mara et Mériba (Ex 17; Nb 20), ou au plus connu Veau d’Or (Ex 32). La tentation biblique n’est pas d’ordre moral mais théologal. Elle exprime l’opposition au dessein de Dieu, la tentation humaine de la toute-puissance et du culte des idoles mondaines et surtout de soi-même. Aussi, Marc ne se perd pas en détails : ce n’est pas nécessaire. Jésus, en ce désert, est à l’image de Dieu éprouvé  dans ce même lieu où vos pères m’ont tenté et provoqué (Ps 94,9). L’histoire à suivre nous montrera ces contestations, ces épreuves venant de ces satanés opposants, scribes (3,22), disciples (8,33) et de bien d’autres.  Mais, n’anticipons pas et restons ici, dans ce désert, encore un peu.

Du désert au jardin

Ce ne sont pas les hommes que le Christ de Dieu combat, mais la racine du mal qui les détourne de leur vocation à aimer. Mal symbolisé par Satan, l’ennemi en hébreu, l’opposant, l’adversaire, celui qui fait barrage à la volonté du Seigneur. Et, en ce désert d’Alliance, Jésus ressort vainqueur : victoire anticipant celle de sa Pâque et ô combien déjà encourageante. Mais ce n’est pas tout. À l’issue du combat, le désert, maintenant,  baigne de vie :  bêtes sauvages côtoyant paisiblement Jésus et anges descendant le servir.  Le désert est devenu jardin de la rencontre entre le divin et le terrestre, et au centre duquel se tient Jésus, tel un nouvel arbre de vie. Êtres terrestres et créatures célestes sont désormais réunis dans ce nouvel et unique Éden, jardin des délices, que le prophète Isaïe attendait : Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon.[…] On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur. (Is 11,6…9 )

Un  manque à combler

Pourtant, dans ce nouvel Éden, une absence demeure : ces hommes et ces femmes, encore loin. Le jardin est prêt pour accueillir l’humanité qu’il va falloir aller chercher, pêcher, arracher au mal, ouvrir au dessein de Dieu et rassembler au sein du filet de la parole de  miséricorde. Ne soyons pas naïfs, sur ces chemins de Judée et de Galilée,  et sur ceux de nos aujourd’hui, le Christ, devra parfois se frayer un chemin, au milieu de nos ronces et de nos rocailles, pour semer son évangile au cœur de cette humanité blessée. Malgré les adversaires et les adversités, les ‘satans’ d’hier et d’aujourd’hui, ce jardin d’Alliance du nouvel Éden n’est pas si loin que l’on imagine, ni même inaccessible. Marc ne tardera pas à nous le faire percevoir et nous faire « goûter » à ce délice.

à suivre


Marc 1,12-13


 

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