Grand Dieu, Il s’est fait petit d’homme !

Grand Dieu, Il s’est fait petit d’homme !

(article modifié le : lundi 25 décembre 2017)

Grande nuit, grande joie, grandes voix dans le ciel pour la naissance d’un si petit être, dans un lieu pourtant si pitoyable. La promesse de l’avènement d’un Sauveur, du Prince de la Paix, s’accomplit dans un décor inattendu. Et pourtant, tout le mystère est là ! Et là est notre vraie joie.

Une histoire de mangeoire

Dans nos crèches, nous contemplons ce petit personnage installé sur la paille, sans faire attention à l’incongruité d’une telle mise en scène. Nos oreilles nostalgiques, nos croyances infantiles, nos yeux éblouis de guirlandes… nous auraient-ils rendus sourds et aveugles face à l’aberration d’une telle situation : l’enfant-né, divin Sauveur, couché dans une mangeoire. Et par trois fois, pour bien insister, Luc nous le répète :

  • « Et [Marie] mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire. » Lc 2,7.
  • « Alors l’ange dit [aux bergers]: Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Lc 2,14.
  • « Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire ». Lc 2,16.

Hortus Delicarium XII°s. - codex d' Herrade de LandsbergBien entendu, nous pensons, innocemment, qu’en ce supposé hiver froid, l’enfant bénéficie du souffle chaud d’un âne et d’un bœuf. Amis parents, amis pragmatiques, pensez-vous vraiment qu’un père et une mère laisseraient leur enfant, tout juste sorti du ventre maternel, sous les dents et mâchoires de bêtes de somme ? Très rares sont même les peintres du Moyen-âge et de la Renaissance qui ont osé représenter une telle scène.

Une histoire d’abandon.

Le sein d’une mère ou les bras d’un père ne sont-ils pas plus adéquats et plus aimants qu’une simple mangeoire pour réchauffer un enfant ? Et pourtant, à peine né, Jésus est déposé dans cette crèche, à l’écart. Comme si Marie et Joseph s’effaçaient, abandonnant leur « droit de propriété », pour confier  l’enfant à un destin qui les dépasse. Il ne s’agit pas de démission mais de signe donné à voir et à entendre : nous ne possédons pas le Christ, c’est lui qui se donne. C’est bien le message délivré aux bergers : il vous est né un sauveur ! L’enfant Jésus est déjà destiné au salut de tous. Et cette mangeoire en est bien le symbole. Voici le signe qui vous est donné.

La création toute entière

Façonnée par le travail de l’homme, remplie du fruit de la terre en cette paille destinée aux bestiaux, la mangeoire représente la création toute entière qui accueille son Sauveur. L’universalité de la mission du Christ et Seigneur s’exprime déjà en cet instrument. Dès sa naissance, Jésus rassemble les éléments comme au temps de la création : hommes, bêtes et végétaux. Le monde créé est son berceau. Abîmée, espérant être délivrée de la servitude et de la corruption (Rm 8,22), la création toute entière accueille son Sauveur. Bien plus, s’unissent avec ce divin enfant dans la mangeoire, l’armée glorieuse des anges et les bergers va-nu-pieds… Ciel et Terre se rencontrent pour accueillir cet avènement ô combien inouï et improbable :

Grand Dieu, Il s’est fait petit d’homme !

Le monde attend un Sauveur et cette divine intervention, supposée grandiose et solennelle, est maintenant déposée au creux de la mangeoire, pauvreté de l’humanité et de la création. En cet enfant encore fragile, pourtant, toute la grâce de ce grand  Dieu se manifeste pour le salut de tous les hommes. (Tite 2,11).  Petit d’homme sans parole et sans force, le Fils de Dieu rejoint la faiblesse des hommes. Le Verbe s’est fait chiard comme je l’écrivais lors d’un précédent Noël. Comme plus tard sur la croix, ce sont les plus bas qu’il rejoint aussi, ces bergers, rebuts de la société mondaine. Ceux que nos nations rejettent, il les accueille. Ceux que nos sociétés méprisent, il les aime.  Ainsi, en Jésus nouveau-né, Dieu se rend présent non pas d’abord aux plus méritants, ni aux plus riches, ni aux plus savants, mais à ceux qui n’ont, aux yeux des hommes, aucun avenir, aucune place, aucune utilité.

L’enfant de la crèche vient nous relever de nos humiliations, de nos peurs, de nos offenses. Au creux de cette mangeoire, il vient changer notre regard. Et c’est bien pour cette bonne nouvelle que, de nos cœurs, jaillit notre vraie joie :

‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et paix aux hommes qu’il aime!’

Gerard van Honthorst_-Adoration des bergers(1622)


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