La revendication des fils de Zébédée (Mc 10,32-45)

La revendication des fils de Zébédée (Mc 10,32-45)

(article modifié le : lundi 12 mars 2018)

Mc 10,32-45 Troisième annonce de la Passion et demande des fils de Zébédée.

Troisième annonce de la Passion

Or, ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus marchait devant eux. Ils étaient dans la stupeur et ils le suivaient avec crainte. Jésus, de nouveau, prenant les Douze avec lui, se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands-prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux Nations païennes; Ils se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. » (10,32-34)

Flagellation du Christ, Rubens, 1620Nous pouvons nous étonner de la stupeur et de la crainte des disciples. Sont-ils à rapprocher de leur étonnement (1,26) et stupéfaction (1,28) suite l’épisode de l’homme riche  ? D’autant que Jésus leur ‘promettait’ une famille et des biens au centuple, y compris dans les épreuves. Ces épreuves seraient-ils donc le ‘prix’ terrifiant à payer ? Cependant, l’épreuve sera d’abord celle de la montée vers Jérusalem, ville du Temple et des grands-prêtres qui causeront sa condamnation et sa mort

Loin de rassurer ses disciples, Jésus les avertit, une troisième fois, de inéluctabilité de sa mort. Il ne leur cache rien. Son discours n’est pas celui d’un séducteur, ni d’un flatteur. Il est au service de la Vérité qu’est la révélation même de Dieu et d’un salut offert à tous jusqu’aux plus petits, aux humbles et aux humiliés. Cette fois-ci la description de sa passion donne dans la précision. Aux grands-prêtres et scribes, est associé le pouvoir romain des Nations païennes. Tous seront contre lui. Et Jésus, de souligner sa prochaine humiliation. Sa mort n’est pas une fin héroïque mais humiliante. Il est moqué, insulté…  Les trois annonces de la passion rappellent que la foi en la résurrection ne saurait faire l’économie de la mort du Messie où, dans cet abaissement, Jésus manifestera le salut du Père.

La demande des fils de Zébédée

Jacques et Jean, fils de Zébédée, s’approchèrent de Jésus, disant : « Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils dirent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » Ils lui dirent  : « Nous le pouvons. » Alors, Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et  le  baptême dont je vais être baptisé, vous en serez baptisés. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder, et ce sera donné à ceux pour qui cela a été préparé. » (10,35-40)

Maitre de Ventosilla, Saint Jacques et saint Jean, apôtres.1530Jacques et Jean, comme Pierre, appartiennent au cercle des proches ayant suivi Jésus depuis le début, et bénéficié d’une place privilégiée lors du relèvement de la fille de Jaïre et de la Transfiguration.  Est-ce en raison de ce lien de proximité ‘historique’ qu’ils osent exiger de siéger à droite et gauche de Jésus, après sa victoire sur la mort ? Ces deux places honorifiques sont celles du pouvoir : participer à la gloire royale et divine de Jésus, le Fils de l’Homme, et  au jugement divin sur le monde, à sa résurrection. La passion est celle de Jésus ; sa victoire la  leur.

C’est pourquoi Jésus n’accède à leur demande qu’en les réorientant à nouveau vers la croix et en les y intégrant. Il replace ce mandat attendu des deux frères non dans l’après, mais dans le présent de sa passion, dans cette participation à la coupe de désolation et de destruction (Ez 23,33) et la plongée1 dans les eaux de la mort. C’est dans la perte du pouvoir, le refus de toute domination, l’abandon des honneurs, que Jésus situe sa gloire et celle de ses apôtres.

Ils demandaient à Jésus de les établir en officiers du jugement eschatologique. Cependant, le Fils de l’homme, se défait de ce pouvoir, ce n’est pas à lui de l’accorder. Ainsi, il remet toute son autorité à son Père. Ce dernier a déjà préparé des places d’honneur, deux places aux côtés de leur Seigneur, à droite et à gauche du crucifié au Golgotha (15,27). Il n’y a donc plus de privilège, ni de pouvoir, pour ces premiers disciples, car les derniers siègeront… Il n’y a plus de récompense, ni salaire, il n’y a qu’un don gratuit.

La réaction des dix autres apôtres

Ayant entendu cela, les dix autres commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela près de lui et leur dit : « Vous savez que ceux qui sont reconnus comme les chefs des Nations dominent sur elles en maîtres, et que leurs grands exercent sur elles leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous ; mais celui qui veut être grand parmi vous, sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (10,41-45)

1833, C.W.Friedrich Oesterley, dÄ Jesus am See GenezerethQue ce soit de la rivalité ou de la gène, suite à l’effronterie de Jacques et Jean, on peut comprendre l’indignation des dix autres apôtres. Mais Jésus vient réconcilier les deux clans en les réunissant près de lui. Sa leçon, une fois encore, vise à éclairer la vie ecclésiale et son gouvernement à la lumière de sa Passion. Pour cela, il prend le contre-exemple des Nations païennes. Chez elles, certains pensent être « chefs » et « grands » en faisant sentir, de manière tyrannique, leur pouvoir. Ces « premiers » au sein des Nations païennes, n’ont-ils pas justement humilié, bafoué et tué le Fils de l’Homme, par leur soif de domination ?

Être de ces Douze « premiers » en Église, c’est se placer aux côtés de Jésus crucifié, en exerçant une autorité de service, c’est à dire, en vivant l’abaissement de leur serviteur et Seigneur qui a donné sa vie en rançon (caution ou rachat) pour la multitude. Cette dernière expression met en valeur la gratuité même du Christ qui donne, se donne pour racheter non quelques uns mais la multitude. Cette notion de rachat se réfère à un rachat d’esclave, d’une dette de vie ou de biens (Lv 25,13s.; Ex 30,12; Nb 3,46). Ce que Marc vient donc souligner par ces paroles de Jésus, c’est la délivrance offerte par la Passion de Jésus. En lui, il n’y a plus à désespérer d’un salut. Inutile de « travailler » à son propre salut, ni vouloir payer soi-même ses dettes, ses péchés et ses manques… à se racheter par ses propres moyens.

Par sa Passion, le Christ offre libération, affranchissement, délivrance et pardon à la multitude. Multitude des malades (1,34) et des possédés (6,13), multitude des pécheurs et publicains (2,15), multitude de la foule (3,8),  multitude sans berger (6,31) et affamée (8,1) … multitude dont aucun de ses misérables ‘petits’, aux yeux du monde, ne mériterait une place d’honneur ou ce privilège d’être sauvé gracieusement par le Christ. Un chemin de salut s’ouvre à tous :  suivre Jésus, en laissant tout, jusqu’au bout.

à suivre


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  1. les termes baptême et baptiser signifient immersion et immerger.

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