Les scribes et la veuve (Mc 12,35-44)

Les scribes et la veuve (Mc 12,35-44)

(article modifié le : samedi 14 avril 2018)

Mc 12,35-44 L’enseignement de Jésus au Temple.

Après trois séries de questions de la part des pharisiens, des sadducéens et du scribe, vient maintenant le temps des enseignements de Jésus au Temple. L’un concerne l’identité du Christ selon les Écritures, le second vise les scribes et enfin le troisième porte sur l’offrande d’une veuve.

Le Christ selon David

Prenant la parole, Jésus, disait, en enseignant dans le Temple : « Comment les scribes disent-ils que le christ est fils de David ? David lui-même a dit par l’Esprit-Saint : ‘Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite jusqu’à ce que j’aie tes ennemis sous tes pieds.’ David lui-même l’appelle Seigneur, d’où est-il son fils ? » Et la foule nombreuse l’écoutait avec plaisir. (12,35-37)

Gerard van Honthorst, le Roi David jouant de la harpe, 1622Si la relation entre Jésus et un scribe fut des plus positives, il n’en reste pas moins que, dans l’évangile selon Marc, les scribes sont les premiers adversaires de Jésus. Ce dernier semble remettre en cause leur enseignement sur le christ, ou plutôt leur vision étriquée du messie, fils de David. C’est pourtant bien sous cette dénomination que Jésus fut appelé par Bartimée et la foule lors de son entrée de Jérusalem1.

Jésus affirme ici que l’identité du christ ne saurait être réduite uniquement à une filiation royale et davidique. Pour cela, il s’appuie sur l’Esprit Saint et le roi David lui-même à qui l’on attribuait le livre des Psaumes. Dans un de ceux-ci (Ps 110), Dieu place à sa droite le roi attendu qui soumettra ses ennemis.

Ainsi, Jésus affirme que le Christ est beaucoup plus qu’un descendant de David. Rappelons que l’évangile de Marc ne propose pas de généalogie de Jésus voulant le relier au roi d’Israël2. Car il n’est nul besoin pour Marc d’aller chercher dans l’histoire des hommes, mais dans le dessein de Dieu qui envoie son Fils bien-aimé pour instaurer son règne. Et Jésus, Christ, aura sous ses pieds ses ennemis …  du haut d’une croix salvatrice, avant de siéger lui-même à la droite de son Père.

Le jugement du Christ

Dans son enseignement, il disait : « Prenez garde aux scribes qui veulent se promener en grandes robes, être saluer sur les places publiques, les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les repas. Ces gens qui dévorent les maisons des veuves et prient longuement pour l’apparence, recevront une plus forte condamnation. » (12,38-40)

Rubens, le repas chez Simon le Pharisien, 1620 (detail)Christ et Fils de Dieu, Jésus prend maintenant le rôle de ce « juge » des temps derniers désignant quelques uns de ses ennemis : l’orgueil et l’hypocrisie, dont s’habillent ces mêmes scribes. La critique de Jésus porte sur leur recherche de gloire et des honneurs. Plus qu’une critique, il s’agit d’une mise en garde.

Car l’attitude des scribes est à l’opposé de celle du disciple de Jésus qui doit choisir la dernière place, et non les premières, et ne pas chercher les honneurs mais se faire serviteur (9,35). Pire encore, ces mêmes scribes sont également en contradiction avec la Parole de Dieu qu’ils enseignent.  Malveillants vis-à-vis des veuves3 et usant de la prière pour leur propre gloire, ils contreviennent au double commandement : ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … et ton prochain..

Ainsi accueillir Jésus, comme Christ Fils de Dieu, c’est abandonner toute gloire ‘royale’, toute recherche d’honneurs, et tout désir s’appuyant sur un ‘paraître’ au détriment du verbe ‘aimer’.

Le regard juste de Jésus

Et s’étant assis face au Trésor4, Jésus regardait comment la foule y jetait de la monnaie.  De nombreux riches y jetaient beaucoup. Vint une pauvre veuve qui y jeta deux piécettes, valant un quart d’as5. Alors Jésus, appelant ses disciples auprès de lui, leur dit : « Amen, je vous le dis, en vérité, cette pauvre veuve a jeté plus que tous ceux qui ont mis dans le Trésor. Car tous ont jeté de leur superflu, mais elle a jeté de son indigence, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (12,41-44)

Francois-Joseph Navez, l'obole de la veuve, 1840L’enseignement de Jésus se poursuit mais d’une toute autre manière. Il n’adresse plus à la foule mais à ses disciples après avoir observé les offrandes faites au Trésor du Temple. Le regard de Jésus montre ces dons conséquents de nombreux riches. Pourtant, au milieu de la foule et de ce fier défilé, Jésus remarque une veuve et sa pauvre offrande. Le contraste est ainsi souligné.

La description de cette veuve doit nous rappeler celles que les scribes accablaient selon Jésus (12,40). Mais Jésus ne la plaint pas, et ne s’offusque pas d’une telle ‘injustice’ au sein du Temple. Elle est justement pour lui la figure inverse des scribes, et des donateurs vaniteux au Trésor. En effet, Jésus souligne que ces derniers versent au Trésor du Temple de grosses sommes qui ne sont pour eux que superflu. A l’inverse, la veuve a fait don même de sa pauvreté. Alors que les scribes cherchaient à « recevoir », la veuve s’oblige à « donner ». Elle a fait don de très peu, mais pourtant de tout ce qu’elle avait pour vivre. Son geste devient celui du croyant qui  sait aimer et donner ce ‘tout’, de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa vie.

Le vrai Trésor du Temple est ici, non dans ces deux piécettes qui ne valent même pas un denier pour César, non dans un tronc qui récolte les riches offrandes, mais dans cette pauvre présence discrète et sincère d’une femme sans mari. Le vrai Trésor de Dieu est ici, dans Celui qui au milieu des nombreux riches, a regardé une pauvre veuve. Plus encore, derrière ce geste de l’indigente, c’est l’attitude du Fils de Dieu que Jésus offre de comprendre à ses disciples. Bientôt victime outragée par les scribes, il donnera en offrande sa propre vie, toute sa vie, si pauvre et dénudée soit-elle.

à suivre


> Index des passages commentés de l’Évangile selon Marc <


 

  1. Que ce soit selon les Écritures, ou dans la conception populaire, le messie de Dieu, ou christ, devait restaurer la royauté de David selon la promesse de Dieu en 2S 7.
  2. On trouve deux généalogies dans les évangiles, l’une chez Matthieu (Mt 1,1-17) et l’autre chez Luc (Lc 3,23-38)
  3. Dévorer les maisons des veuves. Faisant fonction de juges, les scribes pouvaient être amenés à défendre ‘la veuve et l’orphelin’, mais contre rémunération; ou bien, par leur enseignements inciter fortement à l’offrande.
  4. Dans divers endroits du Temple étaient disposés des troncs où les pèlerins déposaient leurs dons.
  5. Un quart d’as équivalait à 100g. de pain (1/2 baguette d’aujourd’hui).

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