Pain de Vie (1/5) – Cinq pains, deux poissons, quatre invitations

Pain de Vie (1/5) – Cinq pains, deux poissons, quatre invitations

(Last Updated On: samedi 4 août 2018)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,1-15 (17 dim. du T.O. – année B)

Son regard

En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. (6,1-5a)

Première observation : Comment Jésus peut-il voir cette foule venir à lui, s’il lève les yeux du haut d’une montagne tout en étant assis avec ses disciples ?

Le miracle des pains et des poissons, Juan de Espinal, 1750

Ces premiers versets opposent deux regards. Le premier est celui de la foule qui suit Jésus parce qu’elle a vu les signes miraculeux. Elle ne voit pas Jésus pour ce qu’il est mais pour ce qu’il a fait. Combien nous-mêmes sommes attirés, parfois ou souvent, par tout ce qui est d’apparence merveilleuse ou attrayante…

Mais suivre Jésus n’est pas suivre un guérisseur fameux. En levant les yeux au ciel pour voir cette foule, Jésus, du haut de cette montagne symbolique1, se tourne vers le Père. Pour le dire autrement, le regard de Jésus rejoint celui du Père, il contemple selon le regard divin qui autrefois voyait la détresse de son peuple en Égypte (Ex 3,7) et leur offrait leur Pâque libératrice.

Voilà sans doute, une invitation à assainir et sanctifier nos regards pour prendre la ‘hauteur’ de Dieu. Une invitation à se débarrasser de nos lunettes noires du paraître, pour, de nos yeux évangéliques, avoir un vrai regard qui embrasse et unit le Très-Haut au plus bas.

Ce jeune garçon

Il dit à Philippe : «Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ?» Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : «Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain.» Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : «Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde !» Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. (6,5b-10)

Deuxième observation : Que fait là un jeune garçon avec cinq pains et deux poissons ?

Sa présence et ses biens mettent en relief les affirmations des disciples André et Philippe. Ce dernier compte ce qui est nécessaire pour la foule en heures de travail. André souligne le ridicule de la situation en désignant un enfant et ses maigres biens : deux poissons et cinq pains d’orge, le pain des pauvres. Tout est petit et miséreux. Pourtant, ironiquement, tout est là. Car André a su voir non pas le fort ni le riche, mais l’enfant habituellement ignoré dans les affaires des grands. Notre regard devient sain(t) quand il ne compte pas, mais quand, à l’image de Dieu et du Christ, il espère et fait place au faible et au fragile.

Ce que nous avons à offrir à nos proches n’est pas une question de prix ou de quantité mais de présence et d’humilité, tel un jeune garçon silencieux, aux pieds des apôtres, avec sa misère … Car c’est de nos pauvretés et de notre humilité que Dieu fait jaillir la vraie surabondance.

Les douze paniers

Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : «Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde.» Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture. (6,11-13)

Multiplicaton des pains et des poissons, de Francisco de Herrera l'Ancien, 1650

Troisième observation : Pourquoi vouloir rassembler l’excédent ?

Le miracle des pains et des poissons évoque l’épisode de la manne (Ex 17)2. Mais maintenant la manne de Jésus ne se perd plus, ne fond plus. Plus encore, c’est la mission du Christ de rassembler autour de lui ‘pour qu’aucun ne se perde‘ (Jn 3,16, 6,27.39, 17,12 et 18,9 ). Cela concerne tout autant les pains que le peuple qui lui est confié dont les 12 paniers sont le symbole à l’image des 12 tribus d’Israël. Une nouveauté est à l’œuvre.

Si Jésus donne lui-même ce pain nouveau gracieusement, c’est la mission confiée à nous, ses disciples, que de travailler pour le rassemblement – et non la division – et de n’en perdre aucun, à l’image du Christ.

Ni roi, ni prophète

À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : «C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde.» Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. (6,14-16)

Quatrième observation : Pourquoi se retirer si c’est pour aller sur la montagne d’où il venait ?

En rejoignant la montagne, Jésus ne fuit pas la foule qui veut le faire roi. Il leur indique la voie. La montagne désigne le vrai Roi, créateur et sauveur : Dieu. De même la solitude de Jésus indique la pauvreté de son pouvoir. Il est sans arme ni armée. Il n’est ni roi à l’image des hommes, ni même prophète comme Moïse au Sinaï ou Élie à l’Horeb. Il est Fils et Serviteur de Dieu, recevant tout du Père et se donnant à tous.

Se retirer ce n’est pas s’isoler, c’est refuser de vouloir devenir ‘roi’ pour maîtriser tout ce et ceux qui nous entourent, au détriment de la vraie rencontre. Il nous faut retirer de nous cette idée de domination et accepter de devenir pauvre serviteur et riche en amour filial.

à suivre



  1. Dans la tradition biblique, la montagne est souvent le lieu de la rencontre de Dieu avec ses prophètes tels moïse (Ex 19) et Élie (1R 19)
  2. Cette manne mystérieuse était récoltée chaque matin et suffisait pour la ration du jour. Elle ne se conservait pas et se perdait le lendemain (sauf shabbat)

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