Pain de Vie (3/5) – Jésus, Pain de Vie, Pain du Père

Pain de Vie (3/5) – Jésus, Pain de Vie, Pain du Père

(modifié le: mardi 21 août 2018)

Dimanche, 19ème Semaine du Temps Ordinaire – Année B – Évangile selon saint Jean (Jn 6,41-51)

Nous avons encore ‘oublié’ quelques versets 6,36-40 où le Christ insistait sur la volonté du Père d’envoyer son Fils pour qu’aucun ne se perde. Cette parole de Jésus débouche ainsi naturellement sur une contestation visant son identité et son autorité de Fils.

Descente et descendance

En ce temps-là, les Juifs récriminaient contre Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. » Ils disaient : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : ‘Je suis descendu du ciel’ ? » (6,41-42)

Raffaellino del Garbo, Multiplication des pains et des poissons, 1500 (détail)Jésus descend-il de Joseph – des hommes – ou du ciel – de Dieu ? La remarque de ces quelques contestataires rend compte du malentendu à propos de Jésus. Comment cet homme peut-il déclarer descendre du ciel puisqu’il est né au sein du peuple, en bas ? C’est bien le mystère du Verbe fait chair (Jn 1,14) qui est ici soulevé et bien plus. Dans la pensée biblique, il y a toujours cette difficulté à faire se rejoindre le monde céleste de Dieu (éternellement saint, pur, parfait, glorieux, puissant) et le monde terrestre (souvent pécheur, faillible, mortel, impur…). Cet ‘impossible’ contact – sinon dans la pureté parfaite et impossible – trouve maintenant sa réalité dans cette folle initiative de Dieu : en Jésus, le Verbe de Dieu s’est fait chair et a rejoint, par pur grâce, le monde des hommes en vue du salut.

Il est naturel de créer dans nos vies des espaces bien séparés : l’espace professionnel, la vie familiale, le domaine des loisirs, celui de la prière… Mais cette séparation ne doit pas faire oublier la nécessaire unité et cohérence, dans la foi, de tout notre être et de toute notre vie, sinon nous ne serions que des comédiens occasionnels et maladroits. La foi en Christ nous oblige à cette vérité qu’est la cohésion entre notre foi et nos actes avec tout notre entourage, au risque de l’humilité et de la compassion.

La Parole qui élève et fait vivre

Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. (6,43-46)

Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin, Saint Jean l'Evangéliste, v.1620.Le mystère de l’Incarnation n’est pas seulement un débat théologique sur l’origine et la nature du Christ, c’est aussi un impératif missionnaire. Jésus donne ici la première place à Dieu. Le mouvement décrit en termes de descente devient une montée vers le Père : attirer, venir à lui. Telle est la volonté de Dieu, d’attirer – par amour – l’humanité à lui. Telle est la mission du Fils que de descendre pour le faire connaître. Entre le Créateur-boulanger et les créatures-affamées, il y a ce pain  urgent, vital, salvateur qu’est le Jésus-Pain-de-Vie1. Il est ainsi le seul et unique ‘médiateur’ entre Dieu et les hommes. Ce mystère est décrit en termes de parole, de verbe : instruire, entendre, enseigner… C’est toute la vie de Jésus, Christ, fils de Dieu, qui nous fait entendre la Parole du Père et nous fait connaître sa volonté de donner vie jusqu’au bout.

St Jérôme disait « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Ouvrir les écritures, le pain de la Parole, n’est pas une option facultative pour le croyant. Si Jésus donne à voir le Père, nous avons à nous replonger dans le témoignage nourrissant des évangiles, des lettres de Paul et y compris dans l’Ancien Testament, afin de saisir tout l’amour du Père en son Fils.

Pain vivant

Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (6,47-51)

GPS du PardonAprès la multiplication des pains (6,1-15), la foule avait saisi – pour une part – le signe de cette nouvelle manne (6,24-35). Avec ce passage (6,41-51), nous franchissons un cap. Le pain n’est plus seulement une manne alimentaire, ni même uniquement le pain de la Parole, c’est le Christ lui-même, jusque dans sa chair, qui est Manne et Parole et Vie éternelle. Non uniquement un pain pour une vie saine, un bien-être personnel, … non uniquement une parole de sagesse, de piété, de charité… Mais un pain VIVANT pour VIVRE éternellement. Cette vie éternelle dit tout le projet de Dieu pour son peuple : ne plus en être séparé, n’en perdre aucun pas même dans la mort. Cette vie éternelle ne désigne pas un lieu, un après… mais l’amour même de Dieu à chaque instant et pour chacun. Il veut nous faire vivre toujours et encore. L’accès à l’éternité c’est le don de l’amour que Dieu offre en son fils. Ainsi le Christ, vivant, aujourd’hui, se donne encore et ouvre à cette vie en Dieu.

Certes, il y a la mort, mais il y a aussi ces ‘petites morts’ qui nous détournent de la Vie. Je ne veux pas en faire une liste à cocher. Dans le discernement, à la lumière de la Parole, dans le silence de la prière, avec l’aide d’un tiers, prêtre, diacre ou fidèle laïc, nous sommes en mesure de désigner ces attitudes, comportements, désirs ou omissions qui nous désorientent, nous ‘gavent’ autant qu’ils nous affament. Choisir de vivre du Christ, c’est choisir de se laisser nourrir par Lui, par sa Parole, par ses gestes, dans la charité, la prière, l’eucharistie, mais aussi par son pardon

à suivre



 

  1. L’image n’est sans doute pas conventionnelle, elle veut juste, ici, aider à comprendre la nature vitale du Christ. Que les théologiens me pardonnent.

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