Toussaint et saints pour tous

Toussaint et saints pour tous

(modifié le: mardi 30 octobre 2018)

Fra Angelico, 1450Toussaint … fêtes de tous les saints : la liste est longue, soyons-en heureux ! Cette sainteté des hommes et des femmes qui nous ont précédés dans la foi force souvent notre admiration et nous laisse parfois – en comparaison – avec un sentiment de médiocrité. Car à nos yeux, nos faiblesses, nos petitesses et nos péchés rendent impossible notre accès à la sainteté. Cela pourrait être vrai si la sainteté ne se définissait qu’en termes de réussite et de perfection en matière de foi et de morale. Une telle acception ne rendrait nullement compte de la nécessaire action de Dieu, le Saint, qui veut nous sortir de notre médiocrité pour nous rendre « heureux ». La sainteté est destinée gracieusement à tous ou plus précisément à chacun POUR tous.

La sainteté selon le pape François

Il nous faut sans aucun doute lire (ou relire) l’encyclique du pape François sur la sainteté Gaudete et exsultate – soyez dans la joie et l’allégresse (2018). Dès les premiers paragraphes, le pape parle de ces humbles saints : Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu […] chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’ (GE 6-7)

Et encore : Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur. (GE 63-64)

Saint pour tous : serviteurs, enfants et chercheurs de Dieu

En relisant les textes liturgiques à l’occasion de la fête de la Toussaint, nous nous apercevons qu’ils font tous mention d’une dimension collective. Ainsi, le livre de l’Apocalypse parle de cette foule immense des martyrs, mais aussi des serviteurs de notre Dieu (Ap 7). Dans la première épître de Jean, la communauté chrétienne est celle des enfants de Dieu appelés à lui ressembler et à le voir (1Jn 3). Jusqu’au psaume qui désigne le peuple de ceux qui le cherchent (Ps 23). Serviteurs, enfants et chercheurs de Dieu, voilà trois figures qui pourraient bien définir notre capacité à être saint… et nous le sommes.

icône du lavement des piedsCar qu’est-ce être un serviteur parmi les serviteurs sinon refuser toute position dominatrice, souveraine et asservissante pour se soumettre à la bonté de Dieu ?  Ce serviteur de Dieu suit les pas de son seigneur Jésus qui lui-même s’est dépouillé pour prendre la condition d’esclave (Ph 2,7).  Or nous le savons, notre identité même de chrétien nous porte au service de Dieu jusqu’à celui des plus fragiles et des plus délaissés pour être serviteurs des asservis. Qu’est-ce être enfant de Dieu sinon l’appeler « Père » comme le Christ nous l’a appris ? Avec lui, nous nous nourrissons de sa parole, nous grandissons humainement et spirituellement en Lui. Ainsi ce qui fait que nous soyons appelés enfants de Dieu tient à notre désir de vivre en frères autour de Lui. Le mot de serviteur n’a de sens que dans cette charité fraternelle qui nous est donnée de vivre.

Aussi nous sommes aussi ces chercheurs de Dieu. Nous ne cessons de vouloir être « au mieux » avec notre foi. Notre sentiment d’ignorance et de médiocrité n’est dès lors plus un frein, mais un moteur. Non pas pour en savoir plus et faire mieux et plus vite. Mais pour mieux le connaître, aimer mieux, et le partager, comme un artisan met son savoir au service de tous. Rechercher Dieu et la sainteté que pour soi seul reviendrait paradoxalement à s’en éloigner. Nous nous approchons de Dieu quand nous cherchons ensemble, quand nous marchons en frères, quand nous aimons en serviteurs. Enfant, chercheur et serviteur sont le reflet – dans le miroir de l’évangile – notre identité baptismale de prêtre, prophète et roi. Bien plus, si nous cherchons la sainteté sachons aussi qu’elle se partage et se donne, jusque dans les gestes quotidiens.

La sainteté au détail

Dans son encyclique le pape François nous dit à ce propos :

La communauté est appelée à créer ce « lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité ». Partager la Parole et célébrer ensemble l’Eucharistie fait davantage de nous des frères et nous convertit progressivement en communauté sainte et missionnaire. Cela donne lieu aussi à d’authentiques expériences mystiques vécues en communauté. […] Mais ces expériences ne sont pas ce qu’il y a de plus fréquent, ni de plus important. La vie communautaire, soit en famille, en paroisse, en communauté religieuse ou en quelque autre communauté, est faite de beaucoup de petits détails quotidiens. […] C’est également ce qui se passait dans la vie communautaire menée par Jésus avec ses disciples et avec les gens simples. Rappelons comment Jésus invitait ses disciples à prêter attention aux détails.

  • Le petit détail du vin qui était en train de manquer lors d’une fête.
  • Le petit détail d’une brebis qui manquait.
  • Le petit détail de la veuve qui offrait ses deux piécettes.
  • Le petit détail d’avoir de l’huile en réserve pour les lampes au cas où tarderait le fiancé.
  • Le petit détail de demander à ses disciples de vérifier combien de pains ils avaient.
  • Le petit détail d’avoir allumé un feu de braise avec du poisson posé dessus tandis qu’il attendait les disciples à l’aube.

La communauté qui préserve les petits détails de l’amour, où les membres se protègent les uns les autres et créent un lieu ouvert et d’évangélisation, est le lieu de la présence du Ressuscité qui la sanctifie selon le projet du Père.

(Pape François, Gaudete et exsultate 143-145)

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