Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Luc et l’aujourd’hui de la Parole (Lc 4,14-21)

Évangile du 2ème dimanche ordinaire, année C

L’évangile au programme

Wladimir Lukitsch Borowikowski, Saint Luc, évangeliste, 1809

L’an passé, je vous avais proposé une lecture suivie et commentée de l’Évangile selon saint Marc. Cette année, ce sera quelque peu différent. Les commentaires de l’évangile selon Luc suivront le cycle des liturgies dominicales de la Parole. Soit, sans entrer dans les détails, les chapitres 4 à 21 durant le temps ordinaire interrompu par le carême (Lc 22-23) et le temps pascal (Lc 24). Puis nous pourrions terminer par les récits de l’annonciation et de l’enfance (Lc 1-3).

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Luc et son évangile


L’évangile de ce dimanche est un peu particulier puisqu’il associe le prologue du livre (Lc 1,1-4) au début du ministère de Jésus, à Nazareth (Lc 4,14-21). Ces deux passages éclairent, chacun à leur manière, la figure de Jésus-Christ selon saint Luc.

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. (Lc 1,1-4)

 Claude Vignon, Saint_Luc, évangeliste, 1620

J’aurai pu commencer par vous parler de l’évangéliste, que la tradition associe à ce ‘cher médecin’ compagnon de Paul (Col 4,14), cet homme maniant fort bien la langue grecque et pétri des Saintes Écritures. Mais, je préfère la manière dont il se présente ici. Ce qu’il nous dit est déjà riche d’enseignements.

Luc insiste sur les motifs et les manières qui l’ont conduit à écrire cet évangile. Son but est avant tout de soutenir la foi d’un certain Théophile (dont le nom en grec signifie Celui-qui-aime-Dieu). Son œuvre veut se distinguer des autres et nombreux écrits sur Jésus face auxquels Théophile pourrait se perdre. Il souhaite être cohérent, dans la foi comme dans la narration. Son propos sera donc catéchétique. Pour cela Luc n’écrit pas à partir d’une opinion personnelle qui instrumentaliserait et Jésus et les Écritures. Il n’écrit pas une chronique historique qui viderait les actes et les paroles de Jésus de tout sens. Il s’affirme comme le dépositaire d’une tradition de foi remontant depuis les premiers disciples de Jésus qui sont devenus les serviteurs de la Parole.

De même nous aussi, nous sommes invités, comme Théophile, à replonger dans ce que nous avons reçu de la foi, à réentendre l’Évangile qui nous a été transmis. Comme toujours il faut fortifier notre foi en Christ. Tel Théophile, nous avons encore à le (re)découvrir jusque dans nos vies.

Serviteur de la Parole, Luc l’est maintenant pour nous proposer ce regard sur Jésus que nous écoutons à la synagogue de Nazareth.

Jésus à la synagogue

En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Lc 4,14-21.

Salomon Alexander Hart, fête de la Torah - Simhat Torah à la synagogue, 1806

Cet épisode se poursuivra dimanche prochain avec les réactions des auditeurs de la synagogue. Ici, rien d’extraordinaire pourrions-nous penser. Luc nous dépeint Jésus sous des traits discrets mais qui évoquent aussi bien des choses.

Jésus est ici présenté comme un habitué de la synagogue. Lui aussi s’inscrit dans une transmission de la foi. Sa prédication ne tombe pas du Ciel. Il s’est nourri, a grandi, a mûri dans la foi et de la prière de ses pères, dans ce judaïsme de Galilée, à Nazareth. Comme tout bon croyant, c’est à la synagogue qu’il rejoint sa communauté. Jésus, pourtant rempli d’Esprit Saint, dont la renommée a déjà fait le tour de la Galilée, retrouve, humblement, sa petite bourgade natale.

Lc4-Jesus à la Synagogue de Nazareth

Et Jésus, comme à son habitude, se lève pour la lecture d’un passage du livre d’Isaïe. Luc insiste sur cette démarche liturgique par la succession de ces petits détails : il se lève, on lui remet le livre, il l’ouvre … puis il le referme, le redonne et s’assoie. Il y a une certaine solennité dans la scène ainsi décrite. Et cette gravité ne met pas tant en scène Jésus, le lecteur inspiré, que le livre lui-même. Le passage ainsi proclamé prend toute son importance. Jésus est lui aussi, serviteur de la Parole de Dieu.

Le commentaire de Jésus, à cette occasion, est concis. Le passage d’Isaïe (Is 61,1-3a) annonçait la venue du Messie aux temps derniers, venant délivrer son peuple de son aveuglement, de son exil, de sa captivité… et ouvrant sur ce temps favorable et jubilaire de la remise des dettes. Jésus s’arrête juste avant la mention d’un jour de colère. Car son avènement viendra apporter un salut miséricordieux et universel.

L’aujourd’hui vital de Jésus

Jesus à la synagogue deNazareth, évangeliaire copte-arabe.

Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture. Bien sûr, Jésus s’affirme ici comme l’envoyé, consacré et oint par le Seigneur, qu’on appelle Messie ou Christ. Il est bien Celui sur qui l’Esprit repose manifestement depuis le baptême de Jean au Jourdain (3,22). Mais cela c’était hier. Bien sûr le ministère de Jésus, à partir de Capharnaüm, sera marqué par ces délivrances, ces yeux aveugles ouverts, ces pauvres réconfortés (Lc 4,31…) Mais ce sera pour plus tard. Dès lors quel est donc cet aujourd’hui ?

Nous retrouvons ce mot à plusieurs endroits dans l’Évangile selon Luc. C’est l’aujourd’hui d’un Sauveur qui nous est né (2,11), l’aujourd’hui du riche publicain Zachée chez qui Jésus veut demeurer (19,5) et l’aujourd’hui du larron en croix qui sera avec Lui dans le paradis (23,43).

Bernardo Strozzi, La conversion de Zachée, XVIIème

C’est donc l’aujourd’hui du salut qui s’adresse à tous, et en tout temps, les justes comme les pécheurs, les pécheurs comme les criminels, les riches comme les pauvres, les juifs comme les païens… C’est l’aujourd’hui d’une rencontre, non point passagère, mais une rencontre déterminante, durable et salvatrice. L’aujourd’hui de Luc se confond avec le Christ et sa parole de Salut pour nous tous qui l’accueillons dans la foi, y compris dans notre foi hésitante à l’image de Théophile. Car cet “aujourd’hui” de Jésus peut purifier notre passé et éclairer notre avenir.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).
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