Désert 9 – Je planterai dans le désert le cèdre et l’acacia (Is 41)


40 déserts, Carême / vendredi, mars 15th, 2019
(modifié le: jeudi 14 mars 2019)

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Le désert en étang et en forêt.

Les pauvres et les malheureux cherchent de l’eau, et il n’y en a pas ; leur langue est desséchée par la soif. Moi, le Seigneur, je les exaucerai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas. Sur les hauteurs dénudées je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées. Je changerai le désert en lac, et la terre aride en fontaines. Je planterai dans le désert le cèdre et l’acacia, le myrte et l’olivier ; je mettrai ensemble dans les terres incultes le cyprès, l’orme et le mélèze, afin que tous regardent et reconnaissent, afin qu’ils considèrent et comprennent que la main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël en est le créateur. Isaïe 41,17-20.

Cette espérance en un Dieu qui vient reboiser le désert nous la retrouvons souvent chez Isaïe et d’autres prophètes. Elle annonce le retour des exilés et la restauration d’Israël. C’est l’avènement de l’intervention divine en faveur de son peuple et son retour en grâce. Mais ce passage a quelque chose de particulier. La parole du Seigneur par la bouche du prophète s’adresse particulièrement – non pas aux exilés comme habituellement – mais aux pauvres et aux malheureux. Ce ne sont évidemment pas deux catégories mais un seul groupe : les personnes qui vivent dans le malheur de l’indigence.  Ceux qui n’ont rien ou trop peu pour vivre. Ces pauvres et malheureux vivent en un lieu où ils ne trouvent aucune eau. Ces assoiffés cherchent à survivre. Les termes de pauvres et de malheureux pourraient également se traduire par opprimés et miséreux. Isaïe n’évoque pas ici la pauvreté spirituelle mais la véritable indigence.

Pourquoi Dieu s’intéresse-t-il aux pauvres ?

Oliviers (Jérusalem, Cédron)

Bien évidemment Dieu est miséricordieux et soutient le pauvre, la veuve, l’orphelin et l’émigré (Dt 10,18), c’est-à-dire la population des plus faibles. Mais ce soutien n’est pas de l’ordre du simple souci des plus fragiles. Il y a plus que cela. Car les pauvres et les indigents sont pour le Seigneur les victimes de l’injustice des hommes, injustice qui contredit le dessein divin.

Le livre du Deutéronome rappelle aux Hébreux, avant qu’ils n’entrent sur une terre où coulent le lait et le miel : De toute manière, il n’y aura pas de malheureux chez toi. Le Seigneur, en effet, te comblera de bénédictions dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage pour que tu en prennes possession. Dt 15,4. La terre donnée à Israël est semblable à l’Éden : tout est à profusion, rien ne manquera pour tous et chacun. Sur cette terre d’Alliance, il ne peut y avoir de pauvreté. C’est la ‘norme’ divine qui ne supporte aucune injustice. Mais l’homme est faillible et Dieu le sait. Aussi avertit-il : Se trouve-t-il chez toi un malheureux parmi tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu te donne ? Tu n’endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux, … Certes, le malheureux ne disparaîtra pas de ce pays. Aussi je te donne ce commandement : tu ouvriras tout grand ta main pour ton frère quand il est, dans ton pays, pauvre et malheureux. (Dt 15,7…1)

Myrte

Le désert économique est un drame qui ne laisse pas Dieu indifférent. La Sainteté de Dieu n’est pas destinée à notre seule piété de bons « croyants », mais aussi aux pauvres, indépendamment de la qualité de leur foi. Isaïe les désigne comme les premiers destinataires de la bonté divine et de sa miséricorde. Lui ne les abandonnera pas ! Car l’injustice faite aux pauvres est la conséquence du péché des hommes qui s’opposent au plan divin.

Isaïe souligne donc l’écart entre la réalité mondaine et la volonté du Seigneur. En soulignant l’action grandiose de Dieu envers les indigents, il dénonce, en creux, l’inaction des hommes qui sont incapables de bâtir une terre de justice, à la mesure du plan divin. En son temps – avant l’Exil – le prophète Amos dénonçait son peuple qui laissait la pauvreté s’installer là où d’autres s’enrichissaient sans partage. Oui, je connais vos nombreux crimes, vos énormes péchés, oppresseurs du juste, preneurs de pots-de-vin ; au tribunal les malheureux sont écartés. Am 5,12. Le peuple d’Israël trahissait ainsi l’Alliance et son Dieu. L’existence de la pauvreté et d’une pauvreté durable est le signe même de la surdité des hommes.

La forêt-Temple

Acacia au Néguev

Dans le récit d’Isaïe, c’est le Seigneur qui agit pour les plus faibles et ordonne sa création à ces pauvres et malheureux : le désert devient lac et les plus nobles essences sont plantées : cèdre, acacia, myrte et olivier. Ces arbres précieux sont ceux-là même qui servent notamment à la construction de l’Arche d’Alliance et de la Demeure de la Rencontre (acacia Ex 25,10; 26,15), du Temple de Jérusalem (cèdre 1R 6) ou des Huttes pour la fête des Tentes (myrte et olivier Ne 8,15). Le choix des essences a donc une connotation cultuelle. C’est donc la « maison »-Temple d’Israël qui est donnée d’abord aux pauvres. Nous pourrions le dire autrement : avec Isaïe, les pauvres deviennent la « maison de Dieu ». Son action est un témoignage afin que tous regardent et reconnaissent que le Saint d’Israël en est le créateur.

Cèdre du Liban

Le prophète incite ainsi son peuple à transformer ses déserts, où ne pousse que pauvreté, en lac de Justice, à répondre à l’appel son Seigneur. Il en est encore de même aujourd’hui, et non pas seulement pour nos sociétés, mais aussi pour nos communautés et nous-mêmes. Notre charité envers l’opprimé et le pauvre manifeste l’action même de Dieu en leur faveur. En ce carême où nous nous efforçons de nous rapprocher du Seigneur et de sa volonté, nous avons aussi le devoir de nous rapprocher de la pauvreté, pour la reboiser durablement (et non pour quarante jours seulement) d’Espérance, de Justice … un reboisement en actes dans le don et le partage des moyens.

Je planterai dans le désert le cèdre et l’acacia, le myrte et l’olivier ;
je mettrai ensemble dans la steppe le cyprès, l’orme et le mélèze .

Cette citation est aussi un chant traditionnel hébreu – C’est le bonus vidéo !

Les références

Isaïe 41,17-20 : https://www.aelf.org/bible/Is/41

Deutéronome 15 Il n’y a pas de pauvres chez toi https://www.aelf.org/bible/Dt/15

Ran et Ram, אתן במדבר Ethen Bamidbar : https://www.youtube.com/watch?v=ja-JQ64lURg&feature=youtu.be

La série « 40 déserts » sur  https://www.aularge.eu/blog/40-deserts-2/

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