Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Le salut du bon larron (Lc 23,35-43)

Christ Roi (année C)
Lc 23,35-43

La fête du Christ-Roi marque la fin de cette année liturgique où nous avons suivi, plus ou moins, l’évangile selon saint Luc. Et cet article clôt ainsi notre série annuelle sur cet évangile. Nous aurions pu terminer avec le dernier chapitre de Luc (Lc 24) concernant la Résurrection du Christ, les disciples d’Emmaüs ou l’Ascension. Mais c’est sur un passage de la crucifixion que la liturgie nous demande de nous arrêter. Arrêter est le verbe qui convient ici, mieux que terminer ou finir. S’arrêter sur la croix, c’est prendre le temps de contempler, d’écouter et se laisser saisir. Alors arrêtons-nous.

Le Sauveur qui ne se sauve pas

Lc 23 En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et 35 le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »

C’est ici tout le paradoxe du mystère de la Croix qui s’exprime. Celui que les anges de la nativité (2,11), annonçait aux bergers: un sauveur vous est né, est maintenant sur une croix, victime des quolibets des uns, et du regard des autres. Celui qui guérissait les malades et les paralytiques, multipliait les pains, semble impuissant face au jugement des hommes.

Et s’il est incapable de se sauver, de faire appel, en cette circonstance, à la puissance même de Dieu, comment peut-on lui conférer le titre de Messie ou d’Élu de Dieu ? Aux yeux des spectateurs et des moqueurs, ce Jésus de Nazareth n’est plus rien. Mais il est un Fils, comme le fera entendre l’évangéliste par deux fois. Au cœur même de sa Passion, Jésus s’en remet au Père et à sa miséricorde : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. (23,34) Père, entre tes mains je remets mon esprit (23,46).

Le roi des Juifs sans soldat

36 Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, 37 en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » 38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

C’est sous le motif  de‘roi des Juifs’ que Jésus est condamné. Un roi pourtant sans couronne, sinon celle d’épines qui le coiffe. Un roi sans terre, sinon celle de ses rencontres depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem. Un roi sans ministre, sinon quelques apôtres qui viennent de le trahir, le renier ou l’abandonner. Un roi sans armée que même des soldats bafouent.

Mais ce serait oublier ce qu’on attend vraiment d’un roi. Nont pas tant la possession ou la richesse que l’établissement de la justice et du droit pour les plus fragiles de son peuple. Or justement, du haut de cette croix, ce règne de Justice, ce règne de Dieu qu’il proclamait, s’accomplit pleinement.

Comme larrons en croix

39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » 40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! 41 Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »

C’est sur la croix que s’effectue le véritable jugement par la bouche même des condamnés. L’un reprend les arguments des adversaires de Jésus et les amplifie : Comment cet homme peut-il être Christ s’il n’est pas capable de sauver lui-même ou d’en sauver d’autres ? La crucifixion ne vient-elle pas retirer à ce Jésus de Nazareth toute prétention à être le Messie de Dieu ?

Traditionnellement, on appelle l’autre condamné le bon larron. Il est pourtant bien un vrai malfaiteur et se reconnaît comme tel : pour nous c’est juste nous avons ce que nous méritons. Il reconnaît la croix comme un jugement mérité pour les pécheurs criminels, mais injustifié pour Jésus qui n’a rien fait de mal.

Paradoxalement, ce malfaiteur, se comporte de manière juste en reconnaissant l’innocence de Jésus. Il ne souhaite pas maudire cet homme, ce serait contrevenir à la parole de Dieu :

Tu ne colporteras pas de fausses rumeurs. Tu ne prêteras pas la main au méchant en témoignant injustement.  2 Tu ne prendras pas le parti du plus grand nombre pour commettre le mal, ni ne témoigneras dans un procès en suivant le plus grand nombre pour faire dévier le droit,  3 ni ne favoriseras le miséreux dans son procès. (Exode 23,1-3)  

Le malfaiteur se fait l’avocat du Christ aux yeux hommes, et même un témoin de foi en sa faveur.

Aujourd’hui avec moi

42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » 43 Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Pour nous c’est juste… nous avons mérité, disait ce malfaiteur, à propos du jugement des hommes. Mais le jugement du Christ auquel il se soumet désormais est tout autre. Il l’avait reconnu innocent, il affirme maintenant la royauté de Jésus et sa justice. Or cette Justice du Fils ne s’appuie pas sur le mérite de la faute, mais sur l’accueil de la miséricorde du Père. Le malfaiteur, tout mauvais qu’il fut, reconnaît en Jésus son Sauveur.

Et ce salut ne souffre d’aucun délai, en réponse à la parole de foi du malfaiteur. C’est aujourd’hui qu’il sera accueilli, comme les bergers ont accueilli l’aujourd’hui de la naissance du sauveur, comme Zachée a accueilli l’aujourd’hui de Jésus en sa demeure.

C’est l’aujourd’hui du Paradis pour ce malfaiteur. Ce terme de Paradis renvoie dans la tradition biblique au jardin (pardès) d’Éden. Le Christ Roi ouvre un espace à ce malfaiteur, qu’est celui de la réconciliation et de l’entente entre Dieu et les hommes. L’entrée du jardin d’Éden, hier condamnée en raison de la faute du couple humain (Gn 3), s’est désormais ouverte gracieusement à la foi d’un brigand repenti.

La croix devient chez Luc, le lieu même où la justice de Dieu s’exprime dans la parole du crucifié, où la royauté du Fils rend visible la miséricorde du Père.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

Votre avis m'intéresse !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer le menu
%d blogueurs aiment cette page :