Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Les appréhensions

Je possède une Bible mais je l'ai jamais ouverte. Je ne sais par où commencer et je ne m'imagine pas la lire en entier. J'ai bien essayé un jour, mais j'ai arrêté au bout de quelques versets.
playmobil
Alain Khonu
Eleveur de mouettes, Domrémy 88

Malgré sa large diffusion à travers le monde et les foyers, la Bible demeure pour beaucoup un livre qui, par son caractère sacré et/ou sa somme imposante, suscite beaucoup d’appréhensions. Nous pouvons le concevoir. La Bible n’est pas un livre comme tous les autres. D’ailleurs, ce n’est même pas un livre mais un ensemble de livres aux genres parfois différents : récits, poèmes, oracles, lettres, etc. Des styles et des vocabulaires marqués par des époques et des cultures qui ne sont plus les nôtres, ajoutent sans doute encore à la crainte d’approcher le texte biblique.

Cependant, ces appréhensions ne doivent pas nous décourager. La fréquentation de la parole de Dieu n’est pas une option dans la vie du croyant chrétien. Et si la liturgie nous en fait entendre de larges extraits, nous avons aussi à entretenir une relation ecclésiale mais aussi personnelle avec la Parole de Dieu, comme le soulignait Benoît XVI dans son encyclique “Verbum Domini” (2010).

L’Église ne vit pas d’elle-même mais de l’Évangile et, de cet Évangile, elle tire toujours à nouveau une orientation pour son chemin. C’est une remarque que tout chrétien doit recevoir et appliquer à lui-même : seul celui qui se met à l’écoute de la Parole peut ensuite en devenir l’annonciateur
Benoît XVI
Benoît XVI
Verbum Domini 51

Mais, face à l’épaisseur des Saintes Écritures, nous pouvons nous sentir bien seul et démuni. Voici quelques pistes pour vous aider à ouvrir la Bible avec moins d’appréhension.

Des formations à la lecture de la Bible

Dans beaucoup de diocèses et de paroisses, il existe des formations en vue d’une initiation à la lecture de la Bible. Renseignez-vous auprès de votre paroisse ou diocèse !

Ces formations, souvent légères, permettent de vivre cette découverte avec d’autres, ce qui est toujours plus motivant et plus sympathique que d’être seul(e) chez soi. 

De plus, des spécialistes seront là pour vous éclairer, vous guider, répondre à vos questions de manière juste et adéquate. Une telle formation ecclésiale garantit la solidité, le sérieux des enseignements reçus, et vient nourrir une vie de foi.

Alors n’hésitez pas !

Malgré tout, certains ne trouveront peut-être pas de telles formations en raison de leurs activités ou de leur domicile. D’autres initiatives ecclésiales existent. Si je semble si insistant sur une approche ‘ecclésiale’ de la Bible, c’est qu’il y a toujours un risque – dans une lecture exclusivement personnelle – d’une interpétation individuelle qui serait littéraliste voire fondamentaliste.

Partages bibliques et lectio divina

Outre les formations à la lecture de la Bible, il existe aussi – toujours au niveau paroissial ou diocésain – des groupes de chrétiens qui se rassemblent régulièrement pour lire et partager un livre ou un passage biblique : maisons d’Evangile, groupes de lectio divina, etc…

Car la Bible n’est pas seulement un livre à connaître, à comprendre. C’est aussi la Parole de Dieu qui nous aide à le connaître et à nous comprendre…

La lectio divina par Benoît XVI, in Verbum Domini 87

Je voudrais rappeler brièvement ici ses étapes fondamentales :

  • Elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu : que dit en soi le texte biblique ? Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées.
  • S’en suit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique ? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question, car il ne s’agit pas de considérer des paroles prononcées dans le passé mais dans le présent.
  • L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre demande : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa parole ? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme. Enfin, la lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que Lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? […]
  • Il est bon, ensuite, de rappeler que la lectio divina ne s’achève pas comme dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio), qui porte l’existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité.

Par quel livre débuter ?

C’est peut-être la première question que l’on se pose lorsque l’on envisage de lire la Bible, en tout ou partie.

Je ne vous imposerai pas un livre ni une méthode mais plusieurs possibilités.

La Bible possède une porte d’entrée : c’est le livre de la Genèse. Ses récits sont les plus connus de l’Ancien Testament (La Création, Adam et Eve, le déluge, Abraham…). Commencer par ce livre c’est entrer dans l’histoire du Salut.

L’on peut aussi vouloir se plonger d’abord dans un évangile. Mais lequel ? Marc est le court et peut permettre une première approche intéressante (en plus des commentaires qui vous sont ici proposés). Cependant Matthieu et Luc conviennent aussi pour une première lecture d’un évangile.

D’autres livres narratifs sont aussi accessibles d’emblée. Le livre de l’Exode, ceux de Samuel ou des Rois, Jonas, Ruth, Tobie, … Mais aussi les livres de sagesse tels les Psaumes, les Proverbes…

Pour le Nouveau Testament, le livre des Actes des Apôtres peut également convenir.

Que vous choisissiez de lire la Bible dans l’ordre (Ancien et/ou Nouveau Testament) ou de manière aléatoire, prenez votre temps et ne vous laissez pas décourager par les passages ou des livres plus difficiles : on ne peut pas tout saisir en une seule fois, ni seul.
 

Allez plus loin

Quatre étapes pour écouter, travailler et entendre un texte biblique

1 - Lire (et relire) le texte biblique

Même lorsque nous pensons déjà connaître le texte, on s’aperçoit souvent, lors d’une relecture, que nous n’avions été assez attentif à un mot ou à un geste… qui donne au texte une autre couleur. C’est pourquoi il est bon de lire plusieurs fois le récit et – si cela est possible – dans plusieurs traductions.

Lors de cette étape il convient d’être attentif à :

  • Écouter les mots du texte, ce que le texte dit et raconte.
  • Éviter toute approche « fictionnelle » qui imagine le texte, plus qu’il ne l’écoute.

 

2 - Étudier le texte

Lors de cette étape, il s’agit de “voir” comment le texte est raconté, ce qu’il met en scène, etc… Prenez votre crayon et noter :

  • Le contexte : Où et quand l’histoire se déroule-t-elle ? Que s’est-il passé avant, … après ?
  • Repérer et souligner les lieux, les personnages, les actions…et les changements
    • Les lieux : montagne, synagogue, maison… extérieur/intérieur… dehors/dedans
    • Les personnages  : individus, groupes, debout, assis…
    • Les indicateurs temporels : nuit, matin, le lendemain, aussitôt, ….
    • Les actions : verbes de mouvement, paroles, gestes,…
  • Organiser le récit en scènes ou tableaux selon les lieux et/ou les personnages, les actions, le temps. Chaque chagement de lieux, de temps ou l’intervention d’un personnage peut générer une nouvelle scène. N’hésitez pas à donner un titre à vos tableaux.

Exemple : Marc 10,46-52 La guérison de Bartimée

Jésus et ses disciples 

46 Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse,

Bartimée aveugle, assis, mendiant (1)

le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. 47 Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »

Bartimée et la foule (1)

48 Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »

L’intervention de Jésus

49 Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. »

Bartimée et la foule (2)

On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »

Bartimée seul mais debout (2)

50 L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Jésus et Bartimée

51 Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »

52 Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. »

Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.

 
 
 
 

3. S'intéresser au contexte historique

Les récits bibliques sont marqués par une culture et une histoire qui sont celles aussi du rédacteur. Comprendre le milieu historique peut permettre de mieux saisir certains passages ou expressions.

 

Le livre et son Histoire

Se référer l’introduction des livres présentés dans vos bibles.

  • Histoire du livre : sa (ou ses) rédaction(s), l’auteur. Quand et par qui a-t-il été écrit ?
  • Le livre dans l’Histoire : les conditions historiques de sa rédaction (à qui s’adresse-t-il ? Pourquoi a-t-il été écrit ?)
  • L’auteur s’est-il inspiré ou a-t-il utilisé d’autres livres bibliques ? Y’a-t-il une approche différente ? Comparer les récits d’évangile selon leur version.
  • Se référer aux notes en marge ou bas de pages de vos bibles.

Votre boite à outils bibliques

Munissez-vous de :

4. Une histoire à partager

Les éléments précédents permettent maintenant de se poser des questions plus essentielles :

  • Qu’est-ce que ce texte nous révèle de Dieu et/ou du Christ ?
  • Comment se récit parle-t-il de la vie ecclésiale ? du monde, de la création… ?
  • A quelle conversion, à quelle conviction… ce récit m’invite-t-il ?

La petite bibliographie biblique du débutant

  • BILLON Gérard, Introduction à l’Ancien Testament, Cerf, coll. « Mon ABC de la Bible » 2018.
  •               Et les autres ouvrages de cette même collection « Mon ABC de la Bible » (site de l’éditeur)
  • BURNET Régis, Le Nouveau Testament, puf, coll. Que-sais-je, 22014.
  • LEON-DUFOUR Xavier, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, Livre de Vie, 131, 1975
  • GIBERT Pierre, Comment la Bible fut écrite, Bayard, 2011.
  • FOCANT & alli, Bible et histoire : Écriture, interprétation et action dans le temps, Lessius, le livre et le rouleau 10, 2000.
  • SKA Jean-Louis, Les énigmes du passé, ed. Lessius, coll. Le livre et le rouleau n°14, 2001.
Les documents du Magistère
  • Benoît XVI, Exhortation apostolique Verbum Domini, Lethielleux, 2010. (en ligne)
  • L’interprétation de la Bible dans l’Église, Commission Biblique Pontificale, Téqui, 1993 (en ligne)
  • Dei Verbum, constitution dogmatique sur la Révélation, Concile Vatican II, 1965. (en ligne)
 
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