Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Le lépreux et l’irritation de Jésus (Mc 1,40-45)

Vers le loin

Où sommes-nous exactement ? En Galilée, certes, mais précisément nous n’en savons rien. Cet épisode de la guérison du lépreux (Mc 1,40-45) intervient un peu comme une parenthèse, un épilogue transitoire, comme si nous arrivions au bout d’une première étape. Déjà, nous avons suivi deux guérisons à Capharnaüm. Celle de l’homme à l’esprit impur au sein de la synagogue. Puis celle de la belle-mère de Pierre, à la maison. Maintenant nous voilà à l’extérieur, plus loin, face à un homme lépreux . (suite…)

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Une belle-mère contagieuse (Mc 1,29-39)

Après la synagogue du village, nous ne quittons pas Capharnaüm où nous allons passer une journée et une nuit, Marc égrenant pour nous les heures.

À la maison, aussitôt.

Et aussitôt, sortant de la synagogue, ils vinrent dans la maison de Simon et d’André, avec Jacques et Jean. Or, la belle-mère de Simon était couchée, souffrant de fièvre ; aussitôt ils lui parlèrent d’elle.  Et, s’approchant, il la fit lever en lui prenant la main. La fièvre la quitta, et elle les servait. (1,29-31)

Comme à son habitude, Marc enchaîne très rapidement les événements  : et hop, à la maison où l’on évoque la belle-mère fiévreuse ! Et hop, il la guérit et elle fait le service ! Je devine déjà les pensées de certains et je leur dis : Non, Jésus n’a pas guéri cette femme contre l’avis de Simon, son gendre, ni parce qu’il lui manquait une boniche. La succession rapide de ces actes vient en conséquence de ce qui advint dans la synagogue. À l’autorité de sa parole succède maintenant l’autorité de son action. Le règne de Dieu qu’il annonçait en enseignant (1,14-15.21) s’accompagne de faits bien réels : l’Évangile en paroles se déploie dans des actes. (suite…)

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Que nous veux-tu Jésus de Nazareth ? (Mc 1,21-28)

Fils pleinement investi par le Père, Messie porteur d’une nouvelle Alliance,  suivi maintenant par quatre disciples,  il nous faut désormais avancer, dans cette pêche insolite, vers ce peuple en attente. L’évangile de Marc est le plus désarçonnant et le passage ci-dessous (Mc 1,21-28) soulève plus d’interrogations que de réponses.

Scribes et synagogue

Ils pénètrent dans Capharnaüm. Et, aussitôt, le jour du sabbat, entré dans la synagogue, Jésus enseignait. Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. (1,21-22)

Capharnaüm en Galilée (cf. carte), est le premier bourg que nous rencontrons, village connu pour être celui de Simon-Pierre. Notre scène constitue la première confrontation entre Jésus, ses disciples, et la population. Cette rencontre est solennisée par la mention du jour du sabbat (jour saint et chômé du Judaïsme)  et de la synagogue (lieu de rassemblement de juifs pieux pour la prière). C’est donc à l’occasion du culte que Jésus se laisse découvrir à un groupe rassemblé pour la prière du sabbat. Son premier acte est celui de la prédication qui suivait, ou précédait, la lecture de la Thora. Ce dernier point peut déjà nous surprendre : à quel titre Jésus enseigne-t-il de manière officielle ? Rappelons qu’à l’époque de Jésus, le judaïsme rabbinique n’existe pas encore. Le culte est pris en charge par les croyants des villages et il n’était pas rare de laisser la prédication à un hôte de marque, même s’il vient de Nazareth. (suite…)

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Pêcheurs d’hommes sans filet (Mc 1,14-20)

Règne de Dieu contre règne des despotes

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée,  proclamant l’Évangile de Dieu. Il disait:
“Le temps est accompli et le Règne de Dieu s’approche.
Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.” (Mc 1,14-15)

Loin d’une simple campagne de promotion, Marc souligne le contexte oppressant dans lequel Jésus s’inscrit, en mentionnant l’arrestation de Jean. Mais aucune tyrannie n’empêche Jésus d’annoncer ce temps nouveau du Règne qui s’approche au pas du Nazaréen. Et nous quittons le désert pour la verdoyante et fertile Galilée, où résonne, pour la toute première fois à nos oreilles, la voix de Jésus lui-même. Sa première phrase pourrait s’entendre comme un appel à la révolte suite à l’arrestation du baptiste : un nouveau règne devrait supplanter ceux d’Hérode, des Romains et de tous les opposants aux disciples du Seigneur ! Comment ne pas penser également à la situation des chrétiens de Rome à l’époque de Marc (cf. article), mais aussi aux persécutions actuelles. C’est une tentation d’en appeler à la force apocalyptique de Dieu : que son règne vienne pour enfin régler le compte de ces sangs versés innocemment, c’est à dire d’obéir à nos désirs de vengeance ! Or la suite des paroles de Jésus n’en appelle pas à la violence ni même à la conversion des adversaires mais à la nôtre. Et l’unique cri de victoire n’a d’autre nom que la foi : convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! S’il y a une révolution, un retournement, c’est en nous-mêmes !  Et quelle meilleure explication qu’une bonne illustration : (suite…)

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Eden retrouvé (Mc 1,12-13)

Après celui d’Isaïe (1,1-4) et celui de Jean le baptiste (1,5-11), vous reprendriez bien un peu de désert ? Car, une fois encore,  nous nous y rendons, en suivant Jésus (1,12-13) mais ce troisième désert paraît bien différent et particulier.

Et aussitôt l’Esprit le poussa dans le désert. Il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan, et était parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. (1,12-13)

Poussé par l’Esprit

À peine le Seigneur Dieu a-t-il, de sa voix, encouragé son Messie que son Esprit le pousse, ou plus  littéralement le jette au désert dans un aussitôt surprenant. Non pas d’emblée en Judée, ou Galilée, ni même à Jérusalem, à la rencontre des foules mais là où, a priori, il n’y a pas grand monde. Je vous disais bien que l’on n’aurait pas fini d’être surpris ! Quelle urgence y a-t-il à être en ce désert ? On aurait tord, sans doute, de considérer ce séjour comme une retraite de première communion ou d’ordination. Si l’Esprit du Seigneur l’y envoie “aussitôt”, c’est qu’il va de sa mission de Fils bien-aimé, et du Salut de tous. Il se s’agit pas d’une balade mais d’un impératif ! La nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, que le baptiste annonçait au bord du Jourdain, nécessite une terre sainte renouvelée, débarrassée définitivement des souillures du mal. (suite…)

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Banal baptême (Mc 1,4-11)

Ah enfin !” pourrait-on dire. Le moment attendu, l’entrée solennelle du héros, introduit par la star du moment : Jean, le baptiste. La “vraie” première scène de l’évangile : le ‘baptême’ de Jésus. Lever de rideau.

Jean et le désert rempli

Et survint Jean, baptisant dans le désert, et proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem venaient à lui, et, ils se faisaient baptiser par lui dans la rivière du Jourdain, en confessant leurs péchés. (1,4-5)

Faisant suite au cri anonyme, la voix de Jean paraît dans ce désert telle une oasis; oasis tant attendue. Sa parole, tous sont venus la boire. La description est telle qu’il semble que le baptiste ait vidé la Judée et Jérusalem de ses habitants ainsi que le Temple. Le lieu habituel de la réconciliation entre Dieu et les hommes s’est déplacé près des eaux vives du Jourdain, comme l’annonçait déjà le prophète Ézéchiel : Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. (Ez 36,25 ). Et voici que maintenant s’accomplit cette promesse. C’est déjà un avent, l’avènement de Dieu en faveur de son peuple rassemblé. (suite…)

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Préambule à trois voix (Mc 1,1-3)

En quelques mots, tout est là, le début et la fin. Tout semble déjà dit : le dénouement victorieux et le nom du vainqueur. Et pourtant rien n’est encore totalement dévoilé :

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu; comme il est écrit dans Isaïe le prophète : “Voici,  j’envoie mon messager devant toi, qui balisera ton chemin. Une voix crie dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.” 1,1-3

Parole de Foi

C’est la voix de Marc qui d’abord retentit, voix de ce commencement, hymne de la Victoire, Bonne Nouvelle comme déjà sortie du tombeau. L’histoire est célèbre et célébrée mais nous avons, encore et toujours,  à re-connaître Jésus qui s’avance (Mc 1,9) pour le confesser comme Christ (Mc 8,29) et le contempler, au vendredi saint, comme Fils de Dieu (Mc 15,39). Si ce commencement désigne la fin, le chemin quant à lui, bien que balisé, reste encore à parcourir, chemin de découvertes, de déconvenues, de conversions, de joies à l’écoute de Celui qui vient.  Première voix, parole de Foi sans crainte. (suite…)

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Marc et le commencement (Mc 1,1)

Commencement ou dans la langue grecque de notre évangile : Archè  (Ἀρχὴ). Heureux choix de ce premier mot débutant par la première lettre de l’alphabet : A, alpha. Une initiale qui pointe vers une fin, sa finalité, son oméga ΩCommencement d’un livre proclamé encore et toujours, d’une histoire qui n’en finit pas de se déployer, d’une vie à jamais offerte. Cet archècommencement ouvre ainsi le livre, sans article pour l’annoncer, sans verbe pour l’accompagner. Sans prévenir, il surgit à nos yeux comme bientôt la voix rugira pour briser le silence du désert.  Avec ce premier mot de l’évangile de Marc,  et ses quelques lettres, émergent tant d’images d’hier et tant d’espoirs pour nos lendemains. Car ce commencement  inaugure cette nouveauté toujours actuelle : Jésus, Christ, Fils de Dieu. Et il y aura beaucoup à dire sur ce commencement et nos commencements.

Mais je veux ici m’intéresser à ce mot, dès cette première lettre, et surtout à cette main tenant calame qui l’écrivit la toute première fois, il y a près de mille neuf cent cinquante ans,  commencement de l’écriture du tout premier évangile.  Sans entrer dans les détails historiques et exégétiques (vous trouverez cela dans la boite à outils), il nous faut pourtant peser le poids de cette main qui se penche vers ce papyrus encore vierge.

(suite…)

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