Pains multipliés pour la multitude (Mc 6,30-46)

Pains multipliés pour la multitude (Mc 6,30-46)

(modifié le: mercredi 5 septembre 2018)

Mc 6,30-46 Multiplication des pains

Désert partagé

Les apôtres se rassemblant près de Jésus, lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et de tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : « Venez, vous autres, à l’écart, vers un lieu désert, et reposez-vous un peu. » Car ceux qui venaient et partaient étaient si nombreux, qu’ils ne trouvaient pas le temps de manger. Ils partirent donc en barque vers un lieu désert, à l’écart. Le voyant partir, beaucoup comprirent et de toutes les villes, à pied, ils accoururent en ce lieu, et ils les précédèrent. En débarquant, Jésus vit une foule nombreuse, et il fut pris de pitié car qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. (6,30-34)

Retour de mission pour les Douze. Sans s’attarder sur les résultats, Marc souligne surtout la prévenance de Jésus envers les siens. Cette bienveillance annonce déjà la trame de notre chapitre. Pour leur bien, Jésus les mène en un lieu où les apôtres pourront se restaurer, dans tous les sens du terme. Il les conduit dans son désert. Ce lieu où il se rendait habituellement seul pour prier (1,12.13.35.45) est aussi le leur. Mais la foule déjà les précède. C’est une scène surprenante où des gens vont plus vite que la barque de Jésus. Mais Marc veut ici, justement, souligner ce contraste, entre une navigation ‘reposante’ et la foule avide de « Jésus » qui a vite compris ce déplacement vers un autre lieu.

Comme au temps de la marche des Hébreux au désert, où la Parole de Dieu se faisait entendre à son peuple, Jésus fait preuve de la même compassion divine envers ceux qui l’ont suivi. Un manque se fait sentir : celui d’un guide salvateur à l’image de Moïse car « ils sont comme des brebis qui n’ont pas de bergers » (Nb 27,17). Et ce lieu désert est maintenant rempli de sa parole.

Cinq pains et deux poissons

Comme l’heure était déjà avancée, s’approchant de lui, ses disciples lui dirent : « Le lieu est désert et déjà l’heure est avancée ; renvoie-les, afin qu’ils partent dans les campagnes et les villages des alentours, et s’achètent de quoi manger. » Il leur répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Et ils lui disent : « Irons-nous acheter pour deux cents deniers de pain afin de leur donner à manger ? » Il leur dit : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir. » S’en étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. » Alors il leur commanda de les faire tous s’étendre, par groupe, sur l’herbe verte ; et ils s’étendirent par groupes de cent et de cinquante. (6,35-40)

Les disciples font également preuve de compassion se souciant du bien-être de la foule qui doit en cette heure tardive partir afin de se restaurer. Ils n’ont pas compris encore que ce lieu-là, ce désert, était le lieu de rassemblement, d’unité et de rencontre entre Dieu et son peuple. Jésus souhaite que la foule reste. La nourriture leur sera fournie. Et ses disciples n’auront nul besoin de partir, ni même besoin d’argent dans leur besace. Les apôtres devront, une fois de plus, mettre leur foi dans la grâce de leur Seigneur, et laisser de côté une logique comptable. Comme le grain du  semeur porte du fruit surabondamment, cinq pains et deux poissons suffiront.

Cette foule sans berger, ces gens qui erraient, « venaient et partaient », « ne prenaient pas le temps de manger »… les voilà invités à s’asseoir sur l’herbe verte. Scène pacifiante où le désert semble déjà avoir refleuri de l’espérance divine : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer » (Ps. 23). D’une certaine manière, on pourrait dire ici que la foule devient « peuple ». Le chaos est organisé en groupe. La parole de Jésus crée et organise la paix par ‘équipage’ de cent ou cinquante. Une disposition qui rappelle justement celle de Moïse pour les Hébreux au désert (Ex 18,21; Nb 1,17).

Le festin de Jésus

Prenant les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains puis il les donna à ses disciples, pour qu’ils les leur servent. Et il partagea aussi  les deux poissons entre tous. Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta les morceaux, remplissant douze paniers, et de ce qui restait des poissons. Or ceux qui avaient mangé étaient au nombre de cinq mille hommes. (6,41-44)

Les gestes de Jésus sont similaires à ceux du repas eucharistique de la Cène (Mc 14,22). Déjà ici, Jésus se donne. Et du peu, jaillit la surabondance. Dans ce désert, le pain se donne à la multitude comme hier la manne, pain du ciel, aux Hébreux (Ex 17) ou comme Élisée, successeur d’Élie, multipliant les pains (2R 4,42). Tout dans le récit désigne Jésus comme le nouveau Moïse, le prophète et le berger d’Israël. Mais bien plus.

Ce festin divin est destiné à la vie du peuple.  Il s’oppose ici à celui du roi Hérode. Parmi les notables, son banquet d’anniversaire servait la mort sur un plateau. Ici la vie déborde pour tous, en surabondance de douze paniers pleins destinés à tout Israël. Pains et poissons, mets simples qui annoncent déjà l’humilité de ce  divin  roi berger, digne successeur de David.

Jésus oblige

Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque, et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. Et après qu’il les eut congédié, il partit sur la montagne pour prier. (6,45-46)

La situation est différente du récit de la tempête où Jésus était ’emmené’ par ses disciples. Il est maintenant celui qui se révèle comme le vrai berger-roi d’Israël. Il oblige, il renvoie, congédie… et prie. Sa parole est une parole souveraine mais toujours au service du Père qu’il rejoint dans sa prière.

Une fois encore les disciples sont seuls. C’est à eux maintenant de précéder leur « maître » sur l’autre rive. Les apôtres sont appelés à vivre de cette même « faim » que la foule qui les avait précéder. Ainsi, un disciple ne peut être apôtre que s’il sait reconnaître, en lui, ce « manque », cette « faim » du Christ et de sa parole, pour être comblé par lui, gracieusement, et le donner à tous.

à suivre


> Lire ou relire les articles précédents <


 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Ce site utilise quelques cookies

Merci de valider l'acceptation des cookies. Vous pouvez aussi refuser leur usage, tout en continuant à visiter ce site.