Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Rencontre #29 … avec un gamin sagace

Van Dyck-SuzanneComme on conduisait Suzanne à la mort, Dieu éveilla l’esprit de sainteté chez un tout jeune garçon nommé Daniel, qui se mit à crier d’une voix forte : « Je suis innocent de la mort de cette femme ! » … Tout le peuple revint donc en hâte, et le collège des anciens dit à Daniel : « Viens siéger au milieu de nous et donne-nous des explications, car Dieu a déjà fait de toi un Ancien. » Et Daniel leur dit : « Séparez-les l’un de l’autre, je vais les interroger. » (Dn 13,1-62)

Daniel est sans doute le Sherlock Holmes biblique, le Hercule Poirot vétérotestametaire. S’il y a une enquête policière dans la Bible, c’est bien celle concernant Suzanne dans une intrigue étonnante où les rôles sont inversés.

Les deux anciens sont des juges connaissant la Loi et donc insoupçonnables. Les anciens représentent souvent, dans la Bible, l’homme sage et avisé.  Mais cette fois-ci, ce sont eux qui sont pris de désir. Avec humour, le récit conte leur pulsion sournoise : chacun faisant mine de rentrer chez soi, ils rebroussent chemin et se retrouvent tous deux nez à nez et avouent leur dessein de découvrir la nudité de Suzanne (dans tous les sens du terme). Face à la fidélité pugnace de Suzanne, leur perversité est telle qu’ils inventent un scénario probable et logique : ils témoignent des amours illicites de Suzanne avec un jeune homme. La jeunesse a toujours bon dos, et la beauté de la femme toujours coupable.

Paradoxalement, c’est Daniel, un jeune homme qui se présente en juge sans en avoir le titre mais reconnu par sa sagesse comme un ancien. Sa sagacité et sa perspicacité lui permettent de dévoiler les véritables coupables, non par une plaidoirie mais par une enquête sérieuse et ‘scientifique’, faite avec raison : séparer les soi-disant témoins, les interroger à part afin de  confondre ceux qui se pensaient protégés par leur titre et leur fonction.

Justice est faite, mais non par un juge. La Vérité éclate mais non par un ancien. La jeunesse de Daniel évoque ainsi le choix toujours surprenant de Dieu. Dieu éveilla l’esprit de sainteté chez un tout jeune garçon nommé Daniel : un gamin ! Dieu n’a pas peur de la jeunesse, il ose la nouveauté. Il insuffle sa Sagesse à ce ‘petit’ qui deviendra le juge des juges iniques. Dieu n’a pas peur de la jeunesse, au point de se faire lui-même petit-enfant. Dieu ose la nouveauté par son fils, charpentier Galiléen, qui deviendra le Juge des juges, pour rétablir la véritable Justice.

 

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).
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