Un aveugle à Bethsaïde (Mc 8,22-26)

Un aveugle à Bethsaïde (Mc 8,22-26)

(article modifié le : mercredi 5 septembre 2018)

Marc 8,22-26 Guérison d’un aveugle à Bethsaïde

Bethsaïde

Ils viennent à Bethsaïde, et on lui amène un aveugle en le suppliant de le toucher.  Saisissant la main de l’aveugle, Jésus le conduisit hors du village. (8,22-23a)

Bethsaïde était à l’origine la destination initiale de Jésus et ses disciples sitôt la première multiplication des pains (6,45). Enfin, nous y sommes. Le détour fut long avant d’y parvenir : marche de Jésus sur la mer, Gennésareth et la question pharisienne de la pureté, Tyr et la demande d’une syro-phénicienne, la guérison d’un sourd en Décapole et une seconde manne pour les Nations. Et, cependant, durant ce périple, l’incompréhension des disciples va s’accroissant (6,52; 7,17; 8,16-21). La révélation du Règne de Dieu par Jésus fait face à l’endurcissement de leurs cœurs (6,52; 8,17). Il est vrai que le Nazaréen a le don de surprendre son entourage.

Au sourd de la Décapole, on demandait à Jésus de lui imposer les mains, mais il avait préférer lui toucher les oreilles.  Et quand, cette fois, on lui demande de toucher un aveugle, il préfère lui imposer les mains aussi. Jésus n’entre pas dans un schéma établi par avance. La manière de guérir importe moins que la guérison qu’il apporte, et surtout que les destinataires de sa grâce. Comme pour l’homme sourd, l’aveugle est écarté du village et du groupe qui l’avait amené. Il est pris, saisi et conduit par Jésus lui-même. Là encore le sujet est regardé, dans un vis-à-vis, telle une véritable personne capable d’un dialogue avec le Seigneur, loin de tout voyeurisme et de toute publicité.

Difficulté pour guérir ou à voir ?

Il lui mit de sa salive sur les yeux et lui imposa les mains, et il lui demanda : « Vois-tu quelque chose ? » Voyant à nouveau,  il dit : « Je vois les hommes, comme des arbres, que j’aperçois marcher. » Puis, à nouveau, Jésus lui imposa les mains sur les yeux, et il vit clair et fut rétabli. Il observait tout distinctement. (8,23b-25)

Comme en Décapole, Jésus prend ‘contact’ avec le malade. Sa guérison est tout autant re-création que libération. Cependant il apparaît cette-fois comme un thérapeute moins doué qu’on le prétend. Le voilà obligé de s’y reprendre par deux fois. Estimée dans l’antiquité pour ses vertus thérapeutiques en la matière, la salive de Jésus semble peu efficace. Du moins, pourrait-on le penser.

Marc ici souligne moins l’incompétence du guérisseur, que la difficulté pour l’aveugle à recouvrer pleinement la vue. Les verbes de la vision soulignent un crescendo dans son rétablissement. Il voit, mais ce qu’il voit est d’abord confus : des hommes comme des arbres qui marchent. Il entrevoit seulement mais sans distinguer. Il lui faut encore l’aide de Jésus pour voir clairement puis, enfin, distinctement et précisément. Dans ce face à face, le premier visage clairement reconnu sera celui de Jésus lui-même.

C’est une invitation autant à voir qu’à croire destinée aux disciples qui sont enfermés dans une cécité de foi même après les deux miracles sur les pains et bien d’autres évènements. Et s’ils demeurent dans l’incompréhension à propos de Jésus, combien plus la foule et le peuple. En son temps, Isaïe disait déjà : Tu as vu bien des choses, sans y faire attention. Ouvrant les oreilles, tu n’entendais pas. (Is 42,20 ). À tous, comme à l’aveugle, il leur faudra encore bénéficier de la grâce du Christ pour que leur foi soit éclairée lors d’une pâque qui va bientôt s’annoncer.

Présence de Dieu

La guérison de l’aveugle de Bethsaïde n’est pas seulement un miracle parmi d’autres. Avec celle du sourd, Jésus vient d’accomplir deux signes attendus de Dieu. Le Seigneur dit [à Moïse] : « Qui a doté l’homme d’une bouche ? Qui rend muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, le Seigneur ? » (Ex 4,11) 1 Jésus manifeste la présence salvifique du Créateur au milieu de son peuple et des nations en vue de l’avènement de son Règne. Mais cette révélation prendra encore un chemin inattendu.

Village interdit

Alors Jésus le renvoya dans sa maison, en lui disant : « N’entre même pas dans le village ! »  (8,26)

Ce chemin inattendu attend aussi cet aveugle guéri. Il est renvoyé chez lui, sans passer par le village. Sans doute l’expérience malheureuse de la Décapole, suite à la guérison du sourd, y est pour quelque chose. Cette fois-ci, il n’y aura pas de publicité afin d’éviter que la Révélation du Règne ne s’impose uniquement par des signes venant du ciel.

Comme très souvent, la guérison s’accompagne d’une mission ou d’un ordre tel « Va ! », « Va en paix », etc.2 Celui qui désormais voit, est aussi celui qui est invité à se mettre à l’écoute de la Parole de Jésus et à la suivre. Cet impératif marque d’une part le changement : ce ne sont pas seulement ses yeux qui furent restaurés par la parole de Jésus, mais toute sa personne. Il est pleinement rétabli dans sa liberté. Plus personne n’a à le guider, sinon la parole du Christ. D’autre part, la mission reçue le ramène parmi ses familiers, sa maison.

Comme pour le paralytique, l’ancien démoniaque de la Décapole et la syro-phénicienne, le premier lieu du témoignage de la miséricorde divine et de sa délivrance est celui de l’entourage, lieu du quotidien ordinaire, du vis-à-vis familier.

à suivre


> Lire ou relire les épisodes précédents <


 

  1. voir aussi Ps 146,8 et Is 29,18; 35,5 ; 42,6-7.16-20
  2. Au lépreux 1,44; au paralytique 2,11; au démoniaque 5,19; à l’hémorroïse 5,34; à la syrophénicienne 7,29; et ici.

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