Un aveugle à Bethsaïde (Mc 8,22-26)

Parallèle : aucun

Bethsaïde était à l’origine la destination initiale de Jésus et ses disciples sitôt la première multiplication des pains (6,45). Enfin, nous y sommes.

Aveugle

Bethsaïde (8,22-23a)

Mc 8, 22 Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. Des gens lui amènent un aveugle et le supplient de le toucher. 23a Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village.

Du sourd à l’aveugle

Le détour fut long avant de parvenir à cette destination : marche de Jésus sur la mer, Gennésareth et la question pharisienne de la pureté, Tyr et la demande d’une syro-phénicienne, la guérison d’un sourd en Décapole et une seconde manne pour les nations. Et, cependant, durant ce périple, l’incompréhension des disciples va s’accroissant (6,52; 7,17; 8,16-21). La révélation du règne de Dieu par Jésus fait face à l’endurcissement de leurs cœurs (6,52; 8,17). Il est vrai que le Nazaréen a le don de surprendre son entourage.

Au sourd de la Décapole, on demandait à Jésus de lui imposer les mains, mais il avait préféré lui toucher les oreilles. Et quand, cette fois, on lui demande de toucher un aveugle, il préfère lui imposer les mains. Jésus n’entre pas dans un protocole établi par avance. La manière de guérir importe moins que la guérison qu’il apporte, et moins encore que les destinataires de sa grâce. Comme pour l’homme sourd, l’aveugle est écarté du village et du groupe qui l’avait amené. Il est pris, saisi et conduit par Jésus lui-même. Là encore le sujet est regardé, dans un vis-à-vis, telle une véritable personne capable d’un dialogue avec le Seigneur, loin de tout voyeurisme et de toute publicité.

Aveugle

Difficulté pour guérir ou à voir ? (8,23-25)

8, 23b Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : « Aperçois-tu quelque chose ? » 24 Levant les yeux, l’homme disait : « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. » 25 Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme ; celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté.

Recréation et libération

Comme en Décapole (7,32-37), Jésus prend contact avec le malade. Sa guérison est tout autant re-création que libération. Cependant il apparaît cette fois comme un thérapeute moins doué qu’on le prétend. Le voilà obligé de s’y reprendre à deux fois. Estimée dans l’antiquité pour ses vertus thérapeutiques en la matière, la salive de Jésus semble peu efficace. Du moins, pourrait-on le penser.

Ici Marc décrit moins l’incompétence du guérisseur que la difficulté pour l’aveugle à recouvrer pleinement la vue. Les verbes de la vision montrent un crescendo dans son rétablissement. Il voit, mais ce qu’il voit est d’abord confus : des hommes comme des arbres qui marchent. Il entrevoit seulement mais sans distinguer. Il lui faut encore l’aide de Jésus pour voir clair puis, enfin, distinctement et précisément. Dans ce face à face, le premier visage clairement reconnu sera celui de Jésus lui-même. On notera également que Jésus récidive l’imposition des mains sans le recours à la salive. Le premier acte, basé sur les gestes des thaumaturges antiques, n’a pas permis à l’homme de voir clair. Le second, plus sobre, s’ouvre sur une pleine guérison.  

L’invitation est destinée autant à voir qu’à croire. Une invitation destinée aux disciples qui sont enfermés dans une cécité de foi même après les deux miracles sur les pains et bien d’autres événements. Et s’ils demeurent dans l’incompréhension à propos de Jésus, combien plus la foule et le peuple. En son temps, Isaïe disait déjà : Tu as vu bien des choses, sans y faire attention. Ouvrant les oreilles, tu n’entendais pas (Is 42,20). À tous, comme à l’aveugle, il leur faudra encore bénéficier de la grâce du Christ pour que leur foi soit éclairée lors d’une Pâque qui va bientôt s’annoncer.

Présence de Dieu

La guérison de l’aveugle de Bethsaïde n’est pas seulement un miracle parmi d’autres. Avec celle du sourd, Jésus vient d’accomplir deux signes attendus de Dieu. Le Seigneur dit [à Moïse] : « Qui a doté l’homme d’une bouche ? Qui rend muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, le Seigneur ? » (Ex 4,11)1. Jésus manifeste la présence salvifique du Créateur au milieu de son peuple et des nations en vue de l’avènement de son règne. Mais cette révélation prendra encore un chemin inattendu.

Aveugle

Village interdit (8,26)

8, 26 Jésus le renvoya dans sa maison en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »

Va !

Ce chemin inattendu concerne aussi cet aveugle guéri. Il est renvoyé chez lui, sans passer par le village. Sans doute l’expérience malheureuse de la Décapole, à la suite de la guérison du sourd, y est pour quelque chose. Cette fois-ci, il n’y aura pas de publicité afin d’éviter que la révélation du règne ne s’impose uniquement par des signes venant du ciel.

Comme très souvent, la guérison s’accompagne d’une mission ou d’un ordre tel Va !, Va en paix, etc.2 Celui qui, désormais, voit est aussi celui qui est invité à se mettre à l’écoute de la Parole de Jésus et à la suivre. Cet impératif marque d’une part le changement : ce ne sont pas seulement ses yeux qui furent restaurés par la parole de Jésus, mais toute sa personne. Il est pleinement rétabli dans sa liberté. Plus personne n’a à le guider sinon la parole du Christ. D’autre part, la mission reçue le ramène parmi ses familiers, sa maison.

Comme pour le paralytique (2,1-12), l’ancien démoniaque de la Décapole (5,1-20) et la syro-phénicienne (5,21-43), le premier lieu du témoignage de la miséricorde divine et de sa délivrance est celui de l’entourage, lieu du quotidien ordinaire, du vis-à-vis familier.

  1. Voir aussi Ps 146,8 et Is 29,18; 35,5 ; 42,6-7.16-20 ↩︎
  2. Au lépreux 1,44 ; au paralytique 2,11 ; au démoniaque 5,19 ; à l’hémorroïsse 5,34 ; à la syro-phénicienne 7,29 ; et ici. ↩︎
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4 commentaires

  1. Bonjour. Dans ce passage de Marc, l’aveugle est bien du village de Bethsaïde. Si Marc avait voulu qu’il soit étranger à celui-ci, il l’aurait précisé. Or, certaines maisons d’un village sont parfois excentrées, construites en bordure ou un peu à l’écart. Mais surtout, le village ne représente pas seulement un lieu et des habitats mais aussi ses habitants et une collectivité. De même la maison représente aussi un clan familial. L’indication de ne pas revenir au village signifie ne pas retourner auprès de ceux qui l’avaient amené. Cela, entre autres, afin de ne pas devenir un objet de curiosité en raison d’un miracle (cf. article). Bien à vous, fraternellement.

  2. une salutation fraternelle à tous es-ce que ce village etait son village? si oui comment pouvait-il entrée dans sa maison sans entré au village merci d’avance soyez encore plus beni en christ

  3. C’est une bonne remarque. Rien n’est dit, de manière explicite dans le texte. Dès lors, tout est sujet à interprétation.

    Il faut rappeler que Jésus a amené l’aveugle à l’écart de la foule. Il le met à distance de ceux qui le considère comme le sujet d’une expérience, espérant voir un “signe” comme le suggère le contexte (8,11).

    Dès lors, après la guérison, Jésus fait en sorte que l’homme ne soit pas observé, traité comme “un miraculé”, genre “bête de foire à exposer”. Il le renvoie directement à sa maison, là où il sera reconnu comme une véritable personne, capable à nouveau de voir et de participer pleinement à la vie de la maisonnée.
    J’espère que ma réponse vous aura éclairé.

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