Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Restez en tenue de service ou pas (Lc 12,32-48)

Évangile du 19ème dimanche ordinaire (année C)

Lc 12,32-48

Après la parabole des greniers, l’évangile de Luc se poursuit avec une autre parabole dans laquelle Jésus met en scène des serviteurs veilleurs, un maître noceur et des intendants despotes. Le jugement porté ici ne concerne pas les affaires de chacun, mais la vie ecclésiale du « petit troupeau ».

Le trésor du cœur

Lc 12 32 Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. 33 Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. 34 Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Ce passage reste dans la continuité des versets précédents. La mansuétude de Dieu accompagne le croyant dans sa vie. Le Seigneur est Celui qui donne sans compter. Il offre jusqu’à son propre Royaume, et jusqu’à sa vie, abandonnant ainsi son pouvoir. Ce don précieux se substitue aux biens mondains, il transforme les possessions en dons, l’égoïsme en charité inépuisable. La crainte de l’inconfort matériel, laisse place à la joie du don.

Le maître inattendu

Lc 12 35 Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. 36 Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. 37 Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.38 S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! 39 Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. 40 Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Veillez

On insiste souvent, et sans doute avec raison, sur l’importance du service du prochain dans la vie chrétienne, à la manière du bon samaritain. Ici pourtant, c’est moins le service de l’autre, du prochain, que celui du maître. En fait, c’est même l’attente qui est souligné. Le serviteur doit se tenir prêt pour le retour du maître parti pour des noces. A quoi correspondent ces images et notamment celle de la noce ?

Par rapport aux discours précédents, la figure mise en exergue est celle du Christ et Fils de l’homme. Les noces sont l’évocation des noces eschatologiques de l’Alliance entre Dieu et son peuple, que la Croix va inaugurer. Alors ce retour de noces à quoi correspond-il ? A l’époque de l’évangéliste, les chrétiens attendaient l’imminence du retour du Christ et du Jugement Final. Mais le temps passe, et les communautés chrétiennes attendent en subissant les épreuves : persécutions à Rome, évictions de la synagogue…. de quoi désespérer. Mais le temps, le moment favorable n’appartient qu’à Dieu. L’imminence attendue doit laisser place l’inattendu de l’avènement final.

Or l’inattendu n’est pas une question de calendrier mais de révélation. Une révélation qui vient renverser la perspective. Le maître et Fils de l’homme qui revient des noces se fait serviteur des serviteurs, s’abaissant jusqu’à la croix. La parabole ne donne pas à voir un avenir, mais une disposition : celle d’accueillir l’humilité de Dieu, le véritable trésor du croyant.

Le jugement des cadres

Lc 12 41 Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » 42 Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? 43 Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! 44 Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. 45 Mais si le serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde à venir”, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, 46 alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. 47 Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. 48 Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

Le lavement des pieds

La question de Pierre permet à l’évangéliste de distinguer deux paraboles. La première que nous avons entendue concernait les fidèles. Cette dernière parabole est destinée cette fois-ci aux apôtres d’hier mais surtout aux actuels responsables des communautés chrétiennes, comparés à l’intendant des serviteurs. Si la première parabole décrivait l’attente ‘passive’ du personnel, ici c’est l’action impatiente et mauvaise des intendants apôtres qui est soulignée. La parabole constitue une dure mise en garde contre l’irresponsabilité de certaines de ces « élites », mauvais serviteurs, qui usent de leur pouvoir et desservent l’Évangile. Leur négligence est le reniement de la présence du maître toujours vivant. La parabole dénonce cette tentation du pouvoir qui contredit le mystère de la croix.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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