Prenez garde ! (Mc 13,5-23)

Prenez garde ! (Mc 13,5-23)

(modifié le: mercredi 5 septembre 2018)

Mc 13,5-23 La venue du Fils de l’homme (1ère partie)

Prenez garde !

Prenez garde que personne ne vous égare. Beaucoup viendront sous mon nom, disant : ‘C’est moi’ ; et ils en égareront beaucoup. Alors, quand vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres, ne vous troublez pas. Il faut que cela arrive mais ce ne sera pas encore la fin. On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume ; il y aura des séismes par endroits ; il y aura des famines. Ce sera le commencement des douleurs de l’enfantement. (13,5-8)

Pablo Picasso, Guernica, 1937Les paroles de Jésus aux quatre premiers disciples ne sont pas des plus optimistes. Et la suite du discours prendra des airs quasi apocalyptiques. Et cela pourrait bien y ressembler. Le mot apocalypse signifie ‘révélation’ et renvoie à un genre littéraire, mêlant visions d’avenir et langage symbolique1 visant, dans un contexte de crise violente, à révéler aux croyants l’espérance d’une issue favorable liée à l’intervention de Dieu. Ici, tout en reprenant le style apocalyptique, Marc, par les paroles de Jésus, évite tout catastrophisme désespérant et tout angélisme naïf, comme nous allons le voir. Ainsi, si les paroles de Jésus débutent par ce ‘Prenez garde !‘, elles se termineront par cet autre impératif  : ‘Veillez !‘ (13,37)

Un commencement

D’emblée le danger dénoncé n’est pas dans une fin ‘apocalyptique’ extérieure mais se trouve dans le cœur des croyants qui se laisseraient séduire par de faux messies ou de prétendus sauveurs profitant de la crainte populaire. En tout temps, l’évocation cumulée de guerres, de séismes, de famines et  de catastrophes diverses a suscité les peurs de fin du monde et de Jugement divin.

Marc, en ce premier siècle, voit les persécutions des chrétiens sous Néron, puis les conflits en Judée. Tout cela arrive, hélas, mais ce n’est pas encore la fin. Ce n’est qu’un commencement. Et cette douleur est celle de l’enfantement c’est à dire celle d’une naissance attendue. La douleur de ces disciples de Jésus est ainsi orientée vers l’Espérance et la Vie; là est la véritable fin.

Du commencement à la fin

Prenez garde à vous-mêmes. On vous livrera au sanhédrin et dans les synagogues vous  serez roués de coups; vous comparaîtrez devant les gouverneurs et les rois, à cause de moi, pour rendre témoignage devant eux. En premier, il faut que l’Évangile soit proclamée à toutes les nations. Et quand on vous emmènera pour vous faire livrer, ne vous préoccupez pas de ce que vous direz ; mais dites ce qui vous sera donné à cette heure là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit-Saint. Un frère livrera son frère à la mort, et un père son enfant; les enfants s’élèveront contre leurs parents, et les mettront à mort. Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Mais celui qui persévèrera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. (13,9-13)

Eugene Thirion, Le triomphe de la foi, 19emeLa fin n’est pas celle du monde, mais concerne en premier lieu les communautés chrétiennes : trahisons, déchirement des familles, exclusion des synagogues, procès et persécutions. Tous les haïront, juifs de la synagogue et païens. Pourtant, au sein de ce portait peu réjouissant quant à l’avenir des disciples, la Bonne Nouvelle de la Victoire fait son chemin jusqu’aux confins des Nations. Rien ne doit arrêter la mission et ses disciples  sont assurés de la présence même de leur Seigneur par l’Esprit Saint qui leur donne de témoigner avec assurance. Leur salut est dans cette fidélité de Dieu à leur égard. Rien n’arrête l’Évangile, pas même les persécutions, et le seul maître de la fin ce n’est ni le monde et ses évènements, ni les persécuteurs, mais Dieu lui-même. Persévérer jusqu’à la fin, tenir bon, c’est aimer et espérer malgré tout et pour Lui.

L’abomination de la désolation et la miséricorde de Dieu

Alors quand vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être, — que celui qui lit, comprenne ! — alors que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes. Que celui qui sera sur sa terrasse ne descende pas pour entrer dans sa maison, prendre quelque chose. Et que celui qui sera dans son champ ne retourne en arrière pour prendre son manteau. Quel malheur pour celles qui seront enceintes, et celles qui allaiteront en ces jours-là ! Priez pour que ces choses n’arrivent pas en hiver. Car ces jours-là seront des jours de détresse tels qu’il n’y en a pas eu de pareille depuis le commencement de la création, que Dieu a créé, jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais. Et si le Seigneur n’avait abrégé ces jours, nul ne serait sauvé ; mais à cause des appelés, qu’il a choisis, il les a abrégés. (13,14-20)

Mametz Wood, afte the autumn advance, L'abomination de la désolation, 1916Il y a bien un signe, mais ce n’est pas un signe orienté vers la fin. Le signe est celui du commencement des douleurs. Il porte un nom : L’abomination de la désolation … Comprenne qui pourra dit Marc… L’expression renvoie à un passage du livre de Daniel (12,12) faisant écho à l’installation par le pouvoir grec de la statue de Zeus au sein du Temple de Jérusalem, en 168. Il est difficile de voir à quoi fait référence Marc. Sans doute les paroles de Jésus font-elles écho à la chute prochaine de Jérusalem (en 70).

L’évènement marque le début d’un drame où le disciple de Judée, de la ville jusqu’au champ doit tout laisser jusqu’à son manteau. Il faut fuir comme Loth, sans regarder en arrière (Gn 19,17).  Mais dans cette détresse, comme jamais il n’y en eu, Dieu demeure présent non pour châtier mais pour sauver. Il demeure un Dieu de Vie, le Créateur. Et ce salut n’est pas destiné aux seuls appelés;  il est destiné à tous. C’est à cause de ceux qu’il a appelés, que les jours de détresse sont abrégés. Et l’on pourrait ici, évoquer l’épisode d’Abraham intercédant sans cesse auprès de Dieu envers Sodome : « Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville : les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à cette ville à cause des cinquante justes qui s’y trouveraient ?… Le Seigneur dit : « Si je trouve à Sodome cinquante justes dans la ville, je pardonnerai à toute la ville à cause d’eux. » L’amour de Dieu pour les siens ainsi que leurs prières ouvre à tous une porte de salut et de paix.

Prenez garde

Alors, si quelqu’un vous dit alors : ‘Voici, ici, le Christ ! Voici, il est là !’ ne le croyez pas.  Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront des signes et des prodiges, pour tromper, si possible, les appelés. Vous donc, prenez garde ! Je vous ai prévenus de tout. (13,21-23)

Flagellation du Christ, Rubens, 1620Les paroles de Jésus à ses disciples se veulent pleines de lucidité. Des malheurs, des catastrophes il y en a et il y en aura. Mais le pire à venir sera non pour le monde mais pour ses propres disciples, ceux qu’il a appelés (1,20) et qui ont tout quitté pour lui suivre. Être disciple, marcher à la suite du Seigneur, n’est pas un chemin exclusivement pavé de fleurs, c’est aussi se confronter à des dangers et des persécutions.

Le regard de Jésus est lucide, et celui de ses disciples doit le rester. Les faux christs, leurs signes et prodiges ne sont que chimères. La fidélité et l’espérance, le disciple doit les puiser au sein même de l’enseignement de Jésus qui les a déjà prévenus. Et ce n’est pas seulement sa Parole vivante, son Évangile, qui rend ferme le disciple, mais la vie donnée de son Seigneur. Il les a prévenus déjà, par trois fois annonçant la Passion du Fils de l’Homme. C’est en s’appuyant sur lui que les disciples trouveront sa prévenance et son salut.

à suivre


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  1. pour faire court, car la définition du genre apocalyptique mériterait un article en soi. Je vous renvoie ici  à celui d’Y.M. Blanchard, bibliste.

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