Veillez ! (Mc 13,24-37)

33ème dimanche ord. (B) 13,24-32
1er dimanche de l’Avent. (B) 13,33-37

Au mont des Oliviers, la question des disciples portait sur l’avènement d’un signe annonçant la fin au Temple. La réponse de Jésus, dans un premier temps, a exclu de ces signes annonciateurs les guerres, séismes, famines et autres catastrophes. Car la tribulation annoncée, le commencement des douleurs, concernait en premier lieu la vie même des disciples face aux persécutions.

Michel Ange, Le Jugement Dernier, Chapelle sixtine, 1541

La venue du Fils de l’homme

Mc 13, 24 En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; 25 les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. 26 Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. 27 Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

Maintenant, au cœur de son discours, Jésus décrit la fin : le jugement définitif de Dieu. Le texte de Marc donne moins dans le descriptif que dans l’allusif. Le bouleversement céleste fait contraste avec les faux signes terrestres. L’agir créateur de Dieu – et non celui destructeur des hommes – manifeste sa puissance jusqu’au plus haut. Il est le maître des éléments et des êtres. Et ce langage imagé est bien connu : soleil et lune qui s’obscurcissent, étoiles qui tombent se retrouvent dans les livres des prophètes annonçant les ténèbres pour ce Jour du Seigneur, jour grand et redoutable (Jl 2-4; Is 13,10). Ce jour où Dieu exprimera sa colère contre toute méchanceté, contre les crimes des impies et l’orgueil des tyrans (Is 13,11).

Ce Jour du Seigneur est aussi, et surtout, celui du Salut et d’une re-Création. En établissant sa justice, Dieu vient sauver ceux qui en appellent à sa miséricorde en invoquant son Nom. Et le Seigneur ramène les captifs de Sion et de Jérusalem (Jl 4,1s. et Is 14). Dieu rassemble ceux qui s’ouvrent à la miséricorde. Jésus reprend donc le langage des prophètes d’Israël, comme Joël ou Isaïe, et du livre de Daniel qui associe à ce Jour du Seigneur la venue d’un Fils d’homme à qui sera donné souveraineté éternelle, gloire et royauté sans fin (Dn 7,13). Jésus permet ainsi à ses disciples de comprendre cette fin, non comme l’arrivée de catastrophes, mais comme l’avènement du Sauveur et le commencement d’un jour renouvelé. Ce salut concerne le rassemblement, l’unité, de ceux qui hier étaient sous les persécutions : ses appelés, ses élus. Ceux qui, comme Pierre, André, Jacques et Jean, et les auditeurs du discours, à l’écoute de sa parole, ont tout quitté pour le suivre parfois jusqu’au martyr. Ainsi, les ténèbres laisseront place à la vraie lumière.

Les beaux jours du figuier

13, 28 Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. 29 De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. 30 Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. 32 Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.

D’un langage imagé à une parabole, il n’y a qu’un pas. Face au Temple, le figuier, symbole de la prospérité d’Israël en Dieu (11,12-26), fait son retour. Et les beaux jours s’annoncent. Non plus ceux des ténèbres, mais celui de la proximité de l’été. Voilà la véritable fin, le but ultime du dessein de Dieu : les beaux jours du Fils de l’homme. Des beaux jours sans fin. Les générations passeront, le ciel, la terre aussi, mais pas sa Parole. Jésus ici change de critère : la proximité de ce Jour n’est pas temporelle, elle est spatiale et surtout existentielle. Le jour du Seigneur est le Fils de l’homme qui se tient à la porte.

Ce ne sont pas ces signes, cela (littéralement : ces choses), que les disciples doivent reconnaître mais Jésus, le Fils de l’homme, fils bien-aimé de Dieu, qui se tient au plus proche pour être accueilli dans la foi. Cette foi est sa Parole de Salut qui demeure à jamais ; et en elle les disciples doivent mettre leur espérance. Quant à la date … pas même les êtres célestes, pas même le Fils, nul ne la connaît sinon le Père et son dessein. Dès lors, ce n’est plus une question pour les hommes ! La seule certitude demeure dans la foi au Christ qui se tient déjà à la porte.

Veillez

Veillez à sa passion

13, 33 Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. 34 C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. 35 Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; 36 s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. 37 Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

Du champ de figuiers (11,12-26), nous entrons par la porte jusqu’en cette maison des disciples. Jésus ne met pas en avant l’attente, mais la veille. Le veilleur est le portier qui ouvrira à son Seigneur. Il y a un départ, une absence, une vie ordinaire confiée aux serviteurs et une veille, une vigilance : celle d’un retour. L’allusion de Jésus peut faire référence à ce retour du Christ, sa parousie pour un jugement définitif. Cependant, en y regardant de plus près, cet appel à veiller ne nous renvoie pas seulement à un futur imprévisible, mais à un présent bientôt réalisé. L’invitation à veiller (14,34) et ne pas s’endormir (14,40) quand l’heure vient (14,31), au soir (14,17; 15,37), au milieu de la nuit (14,27; 15,33), au chant du coq (14,30.68) …. déjà annonce Gethsémani, nos Gethsémani… notre confrontation à la croix du Christ, nos fidélités à sa Parole, nos reniements, son pardon. Sa Passion. Veillez… une invitation non pas à attendre mais à le reconnaître comme Sauveur, y compris au cœur des nuits et des ténèbres (15,33), et l’accueillir dans ce jour nouveau, ce don du matin de Pâques (16,2).

à suivre

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François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).