En semant des paraboles (Mc 4,1-3)

En semant des paraboles (Mc 4,1-3)

(article modifié le : mercredi 5 septembre 2018)

La parabole de la mer

De nouveau Jésus se mit  à enseigner au bord de la mer et se rassemble auprès de lui une foule si nombreuse qu’il monta s’asseoir dans une barque, en mer. Toute la foule était à terre près de la mer. Et il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles, et il leur disait dans son enseignement : « Écoutez ! … (4,1-3a)

Au bord de la mer, en mer, près de la mer.  En quoi cette mer est-elle si importante ? Ce genre de répétition n’est jamais anodin chez Marc. S’il insiste sur ce terme, c’est bien qu’il veut souligner ce cadre. Jésus, à la vue de la foule, doit se déplacer en mer et laisser son auditoire sur le bord, à terre. Or dans la parabole qui suit, il sera justement question de terre et de bord du chemin. Jésus depuis sa barque « jette » sa parole à cette foule innombrable. La mer jouera également un rôle important et éclairant à la fin de ce chapitre avec le récit de la tempête apaisée (4,35-40). En ce Ier siècle, ces eaux, par leurs abysses et leurs soudaines tempêtes, évoquent le danger et la mort, la fragilité de la vie des hommes. En plaçant Jésus sur la mer face à la foule du rivage, Marc esquisse déjà la figure du Ressuscité de Pâques, victorieux de la mort, et semeur de Vie.

Cette distance soulignée entre Jésus et la foule n’est pas sans rappeler également celle évoquée par le Deutéronome entre Dieu et son peuple. En réponse à la crainte du peuple, Dieu demandait à Moïse de monter seul vers Lui et de rapporter par la suite ses paroles au peuple resté au bas de la montagne. Mais toi, tu te tiendras ici auprès de moi, je te dirai tous les commandements, les lois et les coutumes que tu leur enseigneras et qu’ils mettront en pratique dans le pays que je leur donne en possession (Dt 5,31). La distance soulignée ici met en relief l’autorité divine de Jésus. « Écoute Israël ! » (Dt 6,4 Shema Israël) ainsi commençaient les paroles de Moïse à son peuple. Jésus reprend ce même impératif : Écoutez ! Il s’adresse à la foule de la même manière que Moïse enseignant les Lois du Seigneur à son peuple. L’ensemble du cadre, préparant au discours en paraboles, vient authentifier l’autorité divine de Jésus et de son enseignement – un terme répété trois fois. Marc décrit Jésus assis : peu pratique pour parler à une foule éloignée, mais cette position évoque celle d’un maître enseignant ses disciples. Une invitation à écouter (lire) et accueillir ses paraboles (4,1-34) comme un enseignement divin.

Paraboles semées pour le Royaume

Marc laisse la parole à Jésus. Là encore, l’évangéliste n’a pas placé ce discours au hasard. À la suite du rassemblement au bord de la mer et à la maison, Jésus avait redéfini l’avènement du Royaume de Dieu en termes de lutte contre le mal, de fraternité et de conversion à la volonté de Dieu. Mais au fond qu’est-ce que cela signifie ? Le mode d’expression choisi, la parabole, va  permettre ainsi de raconter l’indicible, d’éclairer les consciences pour amener à une conversion; nous le verrons à l’occasion des prochains articles.  Le discours de Jésus sera composé de cinq paraboles. La première (4,1-20) raconte l’histoire d’un semeur, les deux suivantes s’appuient sur un thème plus domestique  : la lampe (4,21-23) et la mesure (4,24-25). Enfin les deux dernières mentionnent explicitement le Royaume de Dieu à partir de paraboles reprenant des images agraires : celle de la moisson (4,26-29) et de la semence de sénevé (4,30-32).

Avec ces cinq paraboles, trois thèmes se dessinent et s’interpellent. La proclamation de la Parole (telle une semence jetée en terre), la révélation d’un mystère (une lampe révélée) et l’avènement du Royaume de Dieu (comparé à une moisson et la graine de sénevé).  Ces cinq paraboles forment une unité qui révèle tout le mystère de l’Évangile : depuis Jésus semant sa parole jusqu’à l’avènement du Royaume en passant par la révélation d’un mystère et son accueil. Mystère qui -nous le verrons- renvoie à celui croix. L’unité est également soulignée par les termes de don, de réception, d’écoute. Faire la volonté de Dieu (3,35) n’est pas ici décrit comme une obéissance servile à des règles, à des préceptes de la Loi de Moïse, mais en termes d’accueil et d’adhésion libre à une Parole.

Une seule parabole

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Comme déjà évoqué, les cinq paraboles de Jésus soulignent un mouvement depuis les semailles jusqu’à la maturité et la moisson, et cela au niveau de chacune des paraboles agraires. Mais l’on retrouve ce même mouvement pour l’ensemble des cinq paraboles : celle du semeur insistant sur les semailles, les deux dernières sur la moisson. Entre les semailles et les récoltes, il y donc ce temps d’attente (et de maturation) à la maison que suggèrent les paraboles de la lampe et de la mesure. Comme s’il y avait un temps de semailles pour le Royaume avant son avènement définitif. Jésus, ce semeur de paraboles, fait percevoir à ses disciples l’avènement du Royaume qui grandit, de manière grandiose,  et porte du fruits, de façon impensable et gracieuse. Mais entre ce semeur et sa récolte, il y a un mystère qui doit être révélé et compris. C’est ce que pointent l’aparté aux Douze (4,10-12) et les paraboles domestiques (4,21-25) que nous regarderons bientôt.

La parabole du semeur donne déjà beaucoup d’éléments de compréhension. Sa première section décrit la parole de Jésus à la foule au bord de la mer de Galilée. Cette évocation rappelle le rassemblement de la multitude au même endroit et dans les mêmes conditions (3,7,-12). Jésus est bien ce semeur généreux. Puis s’ensuit une parole, en aparté, aux Douze qui nous rappelle leur instauration sur la montagne (3,13-19) et qui nous préparera aussi à entendre les paraboles de la lampe et de la mesure (4,21-25). Enfin Jésus explique sa parabole de manière allégorique en insistant sur l’accueil de la Parole de Dieu, rappelant ainsi la thématique de l’accueil du Royaume (3,26-34). (voir schéma ci-dessus).

Tout est lié : le semeur, le moissonneur, les graines et les oiseaux du ciel. Tout est lié : le ministère de Jésus, ceux qui l’écoutent, et le Royaume de son Père qu’il veut nous révéler. Tout est lié pour la moisson. Tout est lié pour nous élever depuis le profond de la bonne terre (4,3) jusqu’au ciel lumineux (4,32). Unique parole d’un semeur venu afin que nous trouvions refuge à l’ombre de ses branches, sur les rives d’une mer apaisée.

à suivre… avec d’autres paraboles


> consulter les articles précédents <<

Marc 4,1-3a


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