Lampe et mesure en paraboles (Mc 4,21-25)

La parabole précédente avait mis en avant la prodigalité du semeur et la fécondité des semailles lorsqu’elles tombaient en bonne terre. La Parole, que Jésus livre à ses disciples et aux foules, se déploie pour ceux qui la reçoivent dans la foi malgré les difficultés, les persécutions ou les attraits de la mondanité.

Changement de registre

Après le grand air des champs, nous voilà maintenant au sein de la maison qu’illustre le choix de la lampe, du lit et du boisseau, récipient servant à la mesure des grains ou de la farine. Par cet environnement domestique le discours de Jésus vise ici le groupe plus intime des disciples, ceux que Jésus a appelé à devenir ses frères, sœurs…, ceux qui ont accueilli favorablement sa parole. Mais ce passage du champ à la maison sert également un autre déplacement. En pénétrant dans ce foyer, Jésus nous fait aussi entrer dans l’intime, dans l’intériorité du cœur de chacun. Âme du croyant ou vie de la communauté, ces deux interprétations ne se contredisent pas.

Voir et entendre

Nous avons déjà parlé du lien qui unit ces deux paraboles par l’organisation de l’ensemble du chapitre 4. Le choix de la lampe et de la mesure n’est pas non plus anodin. Avec l’évocation du boisseau (4,21), Jésus fait le lien entre les grains de la parabole des semailles et les deux suivantes. Ce qui a été produit hier est maintenant mesuré au boisseau, à la lumière d’une lampe – pourrait-on résumer. La lampe fait écho à l’obscurité et à l’aveuglement que mentionnait Jésus via Isaïe: Que tout en regardant, ils ne voient pas… et tout en écoutant, ils n’entendent pas. (4,12). Or il sera non seulement question du domaine de la vue avec les termes de lampe et de lampadaire mais aussi de l’ouïe par l’insistance portant sur l’audition et servant de transition entre ces deux paraboles (4,23-24) : Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende Prenez garde à ce que vous entendez. L’écoute de la Parole, centrale, appellerait-elle une certaine mesure ?

Une lampe vient

4, 21 Il leur disait encore : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? 22 Car rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté. 23 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

Jésus part d’une évidence. Qui aurait l’idée de placer une lampe là où elle n’a aucune utilité ? Elle doit être portée haut sur un chandelier pour que tous en profitent. La lampe, à la suite de la parabole des semailles, pourrait bien encore rappeler la Parole du Seigneur1, une lampe pour mes pas, une lumière pour mon chemin (Ps 118/119,105). Cette lampe est désignée comme celle qui vient. Sa venue surgit dans la maison pour en dissiper l’obscurité. Les enseignements de Jésus, donnés généreusement, sont destinés à éclairer. Les choses cachées sont au Seigneur, notre Dieu, et les choses révélées sont pour nous et nos fils à jamais, pour que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette Loi. (Dt 29,28). Cette mise en œuvre demande un premier acte fondamental : l’écoute. C’est par ses oreilles attentives que l’on devient disciple pour agir.

Comme le rappelle la citation du Deutéronome, il y a une part qui demeure cachée, une part de mystère. Cette lampe vient comme Jésus, ainsi que le baptiste annonçait ainsi : Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi (1,7). La lampe, Parole de Dieu, prend ainsi le visage de Jésus annonçant le mystère du règne (1,15) en paroles, en actes et en paraboles. Un royaume, un règne et un roi qui attendent d’être pleinement révélés au grand jour. Ce jour sera sa Pâque qu’il nous faudra entendre et saisir.

La mesure (4, 24-25)

4, 24 Il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez ! La mesure que vous utilisez sera utilisée aussi pour vous, et il vous sera donné encore plus. 25 Car celui qui a, on lui donnera ; celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a. »

Cette mise en garde peut nous paraître surprenante après l’injonction à écouter. Comme pour la parabole précédente, Jésus utilise une image du quotidien domestique : la mesure. Un terme répété trois fois, avant de rapporter une sentence faite d’une opposition (donner / enlever). La qualité de l’écoute est une fois de plus mise en exergue. Elle est comparée à une mesure qui pourrait être un boisseau. Mesurer, ici, ne signifie pas limiter mais peser, donner son vrai poids à la Parole. Il ne s’agit pas de la picorer de-ci de-là au gré des envies, de l’étouffer en l’instrumentalisant, mais de prendre la mesure de sa force en la mettant en œuvre. Ainsi, celui qui a mesuré et compris son poids, reçoit encore davantage. Comme celui qui connaît l’importance du mot aimer, jusqu’à en vivre, fait l’expérience d’en recevoir bien plus. À l’inverse, celui qui n’a pas ne mesure pas la valeur de ces grains ne pourra qu’être soustrait comme hors-jeu ou hors du champ.

Comme précédemment, le sens de la parabole n’est pas univoque. Rappelons qu’il en va aussi du mystère du règne. En ce sens, chacun est invité à prendre la mesure de son adhésion face à ce qui sera révélé au grand jour. Le disciple devra accueillir à pleines mains l’inouï déroutant de ce règne et la mesure de son jugement, qui se dévoilent peu à peu et déjà dans les prochaines paraboles.

à suivre

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  1. Le livre des Proverbes (Pr 6,23) évoque aussi : « le commandement est une lampe, l’enseignement une lumière »

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).