Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Lampe et mesure en paraboles (Mc 4,21-25)

Marc 4,21-25

Changement de registre

La parabole précédente avait mis en avant la prodigalité du semeur et la fécondité des semailles lorsqu’elles tombaient en bonne terre. La Parole, que Jésus livre à ses disciples et aux foules, se déploie pour ceux qui la reçoivent dans la bonne terre de la foi malgré les difficultés, les persécutions ou les attraits de la mondanité.  Après le grand air des champs, nous voilà maintenant au sein de la maison qu’évoque le choix de la lampe, du lit et du boisseau, récipient servant à la mesure des grains ou de la farine.

Par cet environnement domestique le discours de Jésus vise ici le groupe plus ‘intime’ des disciples, ceux que Jésus a appelé à devenir ses ‘frères, soeurs…‘, ceux qui ont accueilli favorablement sa parole. Mais ce passage du champ à la maison sert également un autre déplacement. En pénétrant dans ce  foyer, Jésus nous fait aussi entrer dans l’intime, dans l’intériorité du cœur de chacun. Âme du croyant ou vie de la communauté, ces deux interprétations ne se contredisent pas.

Voir et entendre

Nous avons déjà parlé du lien qui unit ces deux paraboles par l’organisation de l’ensemble du chapitre 4. Le choix de la lampe et de la mesure n’est pas non plus anodin. Avec l’évocation du boisseau (3,21), Jésus fait le lien entre les grains évoqués lors de la parabole des semailles et les deux suivantes. Ce qui a été produit “hier” est maintenant mesuré au boisseau, à la lumière d’une lampe – pourrait-on résumer. La lampe fait écho à l’obscurité et à l’aveuglement qu’évoquait Jésus via Isaïe: “Que tout en regardant, ils ne voient pas… et tout en écoutant, ils n’entendent pas.” (4,12). Or il sera non seulement question du domaine de la vue avec les termes de lampe et de lampadaire mais aussi de l’ouïe par l’insistance portant sur l’audition et servant de transition entre ces deux paraboles (4,23-24) :  “Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende [… ] Prenez garde à ce que vous entendez.” L’écoute de la Parole, centrale, appellerait-elle une certaine mesure ?

Une lampe vient

Il leur disait : “La lampe vient-elle pour être placée sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être placée sur le lampadaire ? Car il n’y a rien de caché sinon pour être manifesté, rien de secret sinon pour venir au grand jour.” Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende.”(4,21-23)

Jésus part d’une évidence. Qui aurait l’idée de placer une lampe là où elle n’a aucune utilité ? Elle doit être portée haut sur un chandelier pour que tous en profitent. La lampe, à la suite de la parabole des semailles, pourrait bien encore évoquer la Parole du Seigneur1, une lampe pour mes pas, une lumière pour mon chemin (Ps 119,105).

Cette lampe est désignée comme celle qui “vient”. Sa venue surgit dans la maison pour en dissiper l’obscurité. Les enseignements de Jésus, donnés généreusement, sont destinés à  éclairer. Les choses cachées sont au Seigneur, notre Dieu, et les choses révélées sont pour nous et nos fils à jamais, pour que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette Loi. (Deut. 29,28 ). Cette mise en œuvre demande un premier acte fondamental  : l’écoute. C’est par ses oreilles attentives que l’on devient disciple.

Mais comme le rappelle la citation du Deutéronome, il y a une part qui demeure cachée, une part de mystère. Cette lampe “vient” comme Jésus, ainsi que l’annonçait le baptiste : “Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi” (1,7). La lampe, Parole de Dieu, prend ainsi le visage de Jésus annonçant le mystère du royaume (1,15) en paroles, en actes et en paraboles. Un royaume, un règne et un roi qui attendent d’être pleinement révélés au grand jour. Ce jour qui sera sa Pâque qu’il nous faudra entendre et saisir.

La mesure

 Et il leur disait: “Prenez garde à ce que vous entendez. Selon la mesure que vous mesurez, on vous mesurera, et on y ajoutera encore pour vous. Car à celui qui a, on lui donnera, mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a, lui sera enlevé.” (4,23-25)

Cette mise en garde peut nous paraître surprenante après l’injonction à écouter. Comme pour la parabole précédente, Jésus utilise une image du quotidien, la mesure, répétée trois fois, pour ensuite rapporter une sentence soulignant une opposition (donner / enlever). La qualité de l’écoute est une fois de plus soulignée. Elle est comparée à une mesure qui pourrait être un boisseau. Mesurer, ici, ne signifie pas limiter mais peser, donner son vrai poids à la Parole. Il ne s’agit pas de la picorer de-ci de-là au gré des envies, de l’étouffer en l’instrumentalisant mais de “prendre la mesure” de sa force en la mettant en œuvre. Ainsi “celui qui a” mesuré et compris son poids, reçoit encore davantage. Comme celui qui connaît l’importance du mot “aimer” jusqu’à en vivre, fait l’expérience d’en recevoir bien plus. À l’inverse, “celui qui n’a pas”, ne mesure pas la valeur de ces grains, ne pourra qu’être soustrait comme hors-jeu ou ‘hors du champ‘.

Mais comme précédemment, le sens de la parabole n’est pas univoque. Rappelons qu’il en va aussi du mystère du royaume. En ce sens, chacun doit prendre la mesure de son adhésion face à ce qui sera révélé au grand jour. Le disciple devra accueillir à pleines mains ce royaume et son jugement qui se dévoilent peu à peu, et déjà dans les prochaines paraboles.

à suivre


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Marc 4,21-25


  1. Prov. 6,23 évoque aussi ce lien : “le commandement est une lampe, l’enseignement une lumière“.
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