Toussaint 2020

Textes de la liturgie

Commentaire du texte des Béatitudes : Mt 5,1-12 commenté

Triste Toussaint. La pandémie continue ses ravages dans le monde. Notre pays revit, certes différemment, le confinement de ce printemps. Et bien plus, nous pleurons les victimes de l’attentat de Nice. Sans doute aussi avons-nous, personnellement ou autour de nous, bien d’autres afflictions. Et voilà que l’Évangile de cette Toussaint nous fera entendre ce mot de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu : « Heureux ! »

Heureux ?

Heureux ? Le message des Béatitudes (Mt 5,1-12) est bien déroutant. Heureux qui ? ceux pleurent … ceux qui ont faim de justice… ceux qui sont humiliés et persécutés. Ne serait-ce pas un peu facile ? Que comprendre ? Malheureux aujourd’hui, heureux demain, dans un au-delà espéré ? Heureux parce qu’en raison de leur drame, ils ont gagné en sainteté ? Allez leur dire !

Ce serait la pire des choses à faire entendre, le meilleur contre-sens au message de Jésus dans ces Béatitudes. Certes, nous espérons que Dieu accueille ceux qui ont souffert auprès de lui, comme le suggère la vision céleste de l’Apocalypse :« Ces gens vêtus de robes blanches,   viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » (Ap 7,2…14). La lettre de Jean affirme aussi  « nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. » (1Jn 3,1-3). Mais telle n’est pas le cœur du message de ces écrits ainsi résumés.

Ici bas

Friedrich Petersen, sermon sur la montagne, 1927

Comme si Dieu nous y attendait, là-haut seulement. Or, c’est en bas que nous avons besoin de lui, de le voir, d’être blanchis par sa justice. Ici et maintenant. Mais rien. Rien sans doute parce que nous avons trop l’habitude de lever les yeux pour le chercher et qu’il descende… au lieu de les baisser. C’est bien ce à quoi nous invite pourtant les textes. Dieu se rend présent à nos petites vies y compris dans nos drames. Et cette présence de Dieu porte le nom de sainteté lorsque nous y prenons attention.

Heureux ceux quile Royaume des Cieux est à eux, déjà. Ici-bas. Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, déjà. Ici-bas. Beaucoup pensent que la vie se mesure à nos mérites dont le bonheur et la sainteté seraient la juste et meilleure récompense. Dès lors tout drame serait la négation de la présence de Dieu ou l’expression de sa colère. Or les Béatitudes viennent justement reconsidérer cette conception. Ainsi, lorsque Matthieu parle du Royaume des Cieux, d’une récompense dans les Cieux, il ne nous oriente pas uniquement vers un au-delà, futur et lointain. Le Royaume des Cieux est pour l’évangéliste une expression pour désigner le Règne de Dieu, sa présence agissante. Or, c’est ce Règne que le Christ inaugure par sa présence, sa Passion et sa Résurrection.

Avec nous

Fritz von Uhde, Le sermon sur la montagne, 1877

Ce mot heureux indique moins un bonheur à venir, que le constat déjà un avènement déjà présent. Le royaume EST à eux, Dieu est à leurs côtés sur ce chemin de disciple, chemin de sainteté. Chemin parfois ardu, pierreux, chemin de luttes, de peines, de souffrances… à cause de la folie des hommes, d’une catastrophe, d’une maladie… Les drames de la vie ne sont pas un rejet de Dieu. Et Jésus à travers ce passage ne cesse de nous dire « vous n’êtes en rien coupables » de cela. À travers la parole de son Fils, Dieu dit combien il n’est pas indifférent à nos vies. Mais alors… où est son action ?

En vérité et sans haine

Jan Brueghel l'Ancien, Le sermon sur la montagne, 1598

La vie n’est pas un long fleuve tranquille. La création est marquée par le mal parfois le pire inimaginable.  Dans les Béatitudes, Jésus nous montre, entre autres, deux attitudes : en vérité et sans haine. En vérité, car à aucun moment il n’affirme pouvoir effacer d’un coup d’un seul les pleurs, les drames, les persécutions, les injustices. Sa vie d’ailleurs en est pavée, et il les affrontera en vérité et sans haine, ni rancune. Il n’y a dans les béatitudes aucun appel à la révolte armée face à l’injustice, aucun appel à la vengeance face aux persécutions, aucun appel à la haine. Sa réponse pourtant n’est pas dans un pacifisme béat. Car il faut plus de courage pour aimer et pardonner, que pour haïr et se venger. Il faut plus de force l’espérance que pour la rancune. En aurons-nous la force et le courage ? Pas toujours, il est vrai. Mais ces béatitudes sont un véritable encouragement.

Elles dressent non pas un modèle du disciple parfait à devenir mais affirme cette présence du Christ sur ce chemin chaotique. Il est celui qui nous console, nous relève. Sa présence est là, dans cet évangile proclamé médité, dans la prière certes. Mais elle est aussi dans ce « vous » qu’il nous offre. « Heureux êtes-vous » qui manifeste que nous ne sommes pas seuls. Que sa parole est destinée à l’unité de ses disciples et à leur capacité à vivre les uns pour les autres, aussi. Heureux êtes-vous d’aimer à son image et de vivre de lui.

François BESSONNET

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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