Des consolateurs mis en Avent

2ème dimanche de l’Avent (B)
Is 40,1-5.9-11

« Consolez ! consolez ! » Ni un conseil avisé, ni une douce invitation mais une déclaration impérative, urgente et vitale. Au temps d’Isaïe, ce passage s’adresse au peuple d’Israël vaincu, opprimé, déporté depuis près de cinquante années loin de leur terre, loin de Jérusalem. Le joug des oppresseurs babyloniens vient de tomber, l’exil pourra prendre fin. En nos jours, ce même cri s’élève pour réveiller notre Espérance.

Consolez mon peuple

Is 40, 1 Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – 2 parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

Consolez ! Parlez ! Proclamez !

Edouard Bendemann, Tristesse des juifs exiles, 1832.

Trois verbes retentissent à l’impératif comme autant de cris : Consolez ! Parlez ! Proclamez ! Le peuple exilé, humilié voit sa peine levée. La voix du Seigneur annonce une libération. Consolez ! Parlez ! Proclamez ! Ces trois verbes sont pourtant disposés de manière surprenante. Les fils d’Israël ont vécu la défaite, les violences et la déportation comme une conséquence de leur impiété, une punition divine. La fin de leur exil résonne comme une fin de détention délivrée par le Juge Suprême. Mais il n’en est pas ainsi. La proclamation de l’acte officiel vient en dernier lieu d’une manière également surprenante.

La consolation est première.

Car la consolation est première. Elle vient combler la désolation de l’exil, les pleurs et les gémissements qu’Israël a subis. Jérusalem pleure et pleure dans la nuit : des larmes plein les joues ; pour elle pas de consolateur parmi tous ses amants. Tous ses compagnons la trahissent : ils deviennent ses ennemis (Lm 1,2) disait le prophète Jérémie au moment de la chute de Jérusalem.

Francesco Hayez, La destruction du Temple de Jerusalem, 1867

Dans la Bible, le verbe consoler exprime un réconfort lors d’un drame, le plus souvent le deuil d’un enfant, d’un père, d’une mère, ou encore envers l’humilié. Ce verbe implique un soutien proche au sein d’une tragédie. Consolez ! Par cet ordre, Dieu ne s’exprime pas à la manière d’un juge mais d’un intime qui se penche vers les siens. Consolez mon peuple ! Il invite de manière insistante à tisser des liens de proximité au sein du peuple comme avec Lui. Il exhorte à parler au cœur de celle qui a souffert, Jérusalem. Consolez ! Parlez au cœur ! Devenez consolateurs !

Une peine à soulager

Nicolo Barabino, le prophète Isaïe, XIXe

Ce n’est pas une relaxe envers une peine, un châtiment. C’est une relaxation, un relâchement pour les cœurs, en vue de soulager la peine, la tristesse. Certes pour Jérusalem, son service est accompli, son crime est expié. Le temps de la culpabilité est révolu. Cependant cela n’est en rien une remise de peine. La proclamation de sa délivrance par le Seigneur donne à entendre un rachat, un don bien supérieur aux fautes. Elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

La grâce de Dieu n’est pas comptable, elle est débordante. Elle ne constitue en rien un lot de consolation. Au contraire, elle montre combien cette consolation de Dieu a du prix, plus que toutes les fautes. La consolation est première car elle révèle l’action miséricordieuse du Seigneur, consolateur avant d’être juge, et c’est aussi à cela que nous sommes appelés : consolez ! l’humilié, l’exilé, l’endeuillé…

Préparez le chemin

Is 40, 3 Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. 4 Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! 5 Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »

La voix des consolateurs

Louis-Felix Legendre, La prophétie d'Isaïe, XIXe

Ils ont entendu. La voix du Seigneur ne fut pas un vain prêche dans un désert d’indifférence. Bien au contraire, au sein de ce désert aride que sont l’exil et la détresse, la parole de Dieu a porté du fruit. Une autre voix s’en fait l’écho, c’est la voix des consolateurs. Ils proclament comme le Seigneur leur a demandé. Ils proclament la consolation et la délivrance, paix et justice retrouvée, amour et vérité réconcilié pour inviter au chemin.

Car, il faut rejoindre Jérusalem, la désolée, au plus vite. Et pour cela, faire en sorte que le chemin soit le plus droit et le plus plat, le plus aisé. Tracer la route. La consolation divine n’est pas une parole en l’aire, venue du haut. C’est une réelle mise en route à laquelle tous participent : une communion. Un travail aussi harassant qu’arasant. La consolation et l’Espérance n’enlèvent ni la sueur, ni les larmes, ni les difficultés. Au contraire, elle permet d’affronter les épreuves, sans les éviter. Car aucun ne reste sur le bord de la route, tous y œuvrent à l’écoute de Parole du Seigneur. La bouche du Seigneur a parlé.

La gloire du créateur à l’œuvre

Peter Wenzel, le Paradis Terrestre, 1829

Comme toujours le texte biblique est là pour nous surprendre. Car le Seigneur n’est pas un spectateur lointain, mais un Sauveur proche, au plus proche de son peuple. Comme en réponse à ce mouvement de communion, apparaît la Gloire de Dieu, sa présence au milieu de son peuple, et Sa Parole pour le guider sur cette route. Il est déjà là. Bien souvent dans la Bible, l’action divine est décrite au moyen de verbes conjugués au passif. Alors comment ne pas reconnaître dans ces actions, l’œuvre même du Créateur déplaçant les montagnes ? Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées. Les consolateurs portent cette Parole d’un Dieu qui œuvre en premier à la consolation.

Voici votre Dieu

Is 40, 9 Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » 10 Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. 11 Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Le berger

Une autre voix doit retentir maintenant à l’appel des consolateurs. La route semble déjà achevée comme si la communion avait rapproché les fils exilés de Sion, leur Jérusalem désolée. Comme si le Consolateur et Créateur avait permis l’avènement de cette Espérance. La voix qui s’élève maintenant porte une bonne nouvelle, ou pour le dire autrement l’évangile. La consolation annoncée advient en personne : Voici votre Dieu. Dieu vient ici-bas, au grand étonnement de tous. Jamais le Très-Haut ne fut si proche pour soulager les cœurs éplorés, pour consoler l’inconsolable.

C’est à sa voix que le peuple dispersé enfin se rassemble, que les fils exilés retrouvent leur enclos maternel, son bras rassemble les agneaux, il mène les brebis qui allaitent. La vie reprend autrement fructueux.

Consolez, consolez mon peuple !

Pieter Brueghel l'Ancien, 1564
Pieter Brueghel l’Ancien, le portement de croix, 1564.

Image grand format : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pieter_Bruegel_d._%C3%84._007.jpg

Activité
Dans le tableau ci-dessus, avez-vous repéré 1.Jésus 2. des consolateurs ?

Réponse à l’activité précédente. Avez-vous retrouvé Joseph, Marie, l’âne, le bœuf, le bureau du recensement ? mais aussi la couronne de l’avent ? Et peut-être en avez-vous découvert d’autres ?

Pieter Bruege l'Ancien, Recensement à Bethléem, 1566

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).