La joie mise en Avent

3ème dimanche de l’Avent (B)
Is 61,1…10

Le troisième dimanche de l’Avent est traditionnellement appelé le dimanche de la joie ou Gaudete (en latin Réjouissez vous  (1Th 5,16). Les textes liturgiques soulignent particulièrement cette joie liée à la venue de Dieu. Alors certes, les circonstances de ce confinement d’Avent ne sont pas réjouissantes. Est-ce bien le moment de se réjouir ou devons-nous attendre que tout soit enfin plus sûr et plus clair ? Une fois encore, Isaïe éclaire notre propos.

La joie du messie

Is 61, 1 L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, 2a proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.

Au milieu des ruines

Schnorr von Carolsfeld, Retour d'Exil, 1860

Avec ces versets, nous nous rendons au temps du retour d’exil, entre 535 et 520. Ce retour avait été un grand moment de consolation et d’espérance, comme l’avait évoqué le passage commenté précédemment (Is 40,1-11). Mais cette joie première doit se confronter à la dure réalité.

Les juifs déportés revenus sur leur terre avec une foi ardente doivent cohabiter avec celles et ceux qui sont restés et installés sur les anciennes propriétés des premiers ; comme aussi quelques étrangers venus vivre en Judée. Faute de moyens et en raison de conflits, Jérusalem tarde à se relever de ses ruines. Le zèle pieux des anciens exilés doit composer avec la foi moins rigoureuse, voire syncrétiste, du peuple. Malgré le retour, tout reste à faire, et la joie des retrouvailles n’est pas au rendez-vous… L’action du Seigneur semble se tapir sous les ruines de Jérusalem.

Consacré par l’onction

Isaïe, Raphaël, Basilique saint Augustin, Rome, 1512

Pourtant, en ces temps difficiles, le prophète Isaïe exhorte à l’espérance et à la joie. Mieux encore, ce n’est ni sa joie propre, ni son espérance seule, mais bien celle de Dieu et d’un mystérieux sauveur auquel Isaïe donne la parole : le messie que tous attendent et espèrent, celui qui a été oint pour diriger Israël au nom du Seigneur. Cette onction sainte était destinée aux rois (Jg 9,8 ; 1S 16,13) et aux prêtres du Sanctuaire (Ex 28,41 ; Nb 3,3). Cependant, celui que nous présente Isaïe paraît bien différent. Ce messie-là reçoit son onction du Seigneur lui-même, et non d’un prophète, d’un prêtre ou du peuple. Le Seigneur m’a consacré par l’onction. Son programme d’action est aussi bien singulier. Délivrance, soin, et proclamation d’une année de bienfaits destinés aux humbles, ou plus exactement aux humiliés, aux captifs, à ces cœurs brisés, sans espérance. Un programme qui ressemble fort à la proclamation d’une année jubilaire. Le même passage sera repris par l’évangéliste Luc lors de la prédication de Jésus à Nazareth (Lc 4,16-21).

Jubilez pour le Jubilé

Dante Gabriel Rossetti, Ruth et Boaz, 1855

Tous attendent dans l’allégresse ce Messie, mais son propos est plus qu’inattendu. Sa présence et ses paroles exigent un réel bouleversement pour chacun, une exigence de conversion à la charité de Dieu. Le texte n’évoque pas encore cette joie jubilatoire, mais plutôt l’année jubilaire dont le livre du Lévitique se fait l’écho (Lv 25). Toutes les cinquante années, selon la Loi, la terre d’Israël fait l’objet d’un temps de repos sabbatique d’un an. Jachère, mais aussi remise des dettes, pardon, libération des esclaves… comme pour mettre les compteurs (et les comptables) à zéro. Les injustices sont réparées et les terres spoliées rendues lors d’une année d’indulgence et de pardon.

Pas Joie sans bien

Guercino, la femme adultère, 1621

Ainsi le Messie d’Isaïe vient pour restaurer les comportements, éclairer les consciences et la foi. Comme si la véritable joie, la joie de Dieu, ne saurait passer outre les injustices et les conflits. Isaïe rappelle que l’espérance en un temps nouveau demande aussi pour chacun un profond renouvellement. Saint Paul le redit à son tour. Lorsqu’il exhorte les chrétiens de Thessalonique à se réjouir, il n’oublie pas de leur demander de retrouver le bien avec la joie. Soyez toujours dans la joie, N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. (1Th 5,16-24)

La joie de l’Alliance

L’année jubilaire et l’invitation à faire le bien ne sont pas destinées à une rédemption uniquement personnelle. Elles visent la constitution d’un peuple aussi soucieux des plus fragiles que de son Dieu, veillant avec zèle à la justice fraternelle et à la miséricorde. C’est le vœu cher d’Isaïe, c’est la prière de Paul : vivre de l’Alliance. Car rien ne sera possible sans la grâce de Dieu. Is 61, 8 Parce que moi, le Seigneur, j’aime le bon droit, parce que je hais le vol et l’injustice, loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle.

La joie dont témoignent les textes n’est pas pour demain. Elle est pour aujourd’hui. Ce Christ annoncé inaugure déjà l’Alliance entre Dieu et les hommes, présence bénéfique de Dieu au milieu de son peuple et communion fraternelle des ses enfants. Avant de connaître un résultat probant, avant de savoir si chacun réussira, ou si tous y parviendront, le prophète et l’apôtre se réjouissent. De même, Jean le baptiste se réjouit à la venue du Christ avant même de l’avoir croisé. Car pour ces derniers, Dieu est déjà à l’œuvre par son Messie. Le renouvellement des cœurs et du peuple trouve sa source en Lui. C’est sans doute cela l’Espérance.

Je trésaille de joie

Is 61, 10 Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. 11 Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Justice et louange.

Jean-François Portaels, 1869, Esther

Maintenant le prophète Isaïe nous fait entendre la voix de Sion, Jérusalem. Elle est encore en ruine et il reste beaucoup à faire pour apaiser les conflits. Mais la joie est déjà présente. Car le Seigneur œuvre en premier. Il habille son peuple du vêtement des noces pour cette nouvelle Alliance. Les vieux amants sont redevenus de jeunes mariés. Tout est renouvelé. La joie de Dieu n’est pas la récompense d’un travail, la conséquence d’une réussite, mais la certitude d’une présence féconde et aimante, dans la louange et la justice, dans la jubilation et le jubilé.

Brueghel l’Ancien, La prédication de Saint Jean-Baptiste, 1566.

Activité
Dans ce troisième tableau de Brueghel l’Ancien (ci-dessus), sauriez-vous :
1. reconnaître Jésus parmi la foule ?
2. repérer une scène de baptême ?

Une image zoomable sur Google Art : https://g.co/arts/mnhheZ9h9MdadD8p6

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).
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