Et vous me reverrez (Jn 16,16-24)

Le discours de Jésus à ses disciples, peu avant sa Passion, a rappelé, la promesse du don de l’Esprit de Vérité pour être aux côtés des disciples, à l’heure des épreuves. Cette fois, le ton se veut encore plus rassurant : Jésus annonçant, non seulement son départ vers le Père, mais aussi son retour vers les siens.

Czechowicz Szymon, Le Chrsit ressuscité et ses disciples, 1758

Encore un peu de temps (16, 16-19)

Jn 16,,16 Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps, et vous me reverrez. » 17 Alors, certains de ses disciples se dirent entre eux : « Que veut-il nous dire par là : “Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps, et vous me reverrez”. Et puis : “Je m’en vais auprès du Père” ? » 18 Ils disaient donc : « Que veut dire : un peu de temps ? Nous ne savons pas de quoi il parle. » 19 Jésus comprit qu’ils voulaient l’interroger, et il leur dit : « Vous discutez entre vous parce que j’ai dit : “Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps, et vous me reverrez.”

L’annonce du départ

Le départ de Jésus vers le Père est rappelé pour être aussitôt associé à son retour, un retour, sinon imminent, du moins proche : un peu de temps. Ces paroles, qui se voulaient rassurantes, suscitent pourtant l’incompréhension des disciples. En cette seconde moitié du premier siècle, les chrétiens attendaient la proche parousie du Seigneur, son retour pour le jugement final. Cette attente devait être encore plus forte pour la communauté johannique faisant face aux épreuves : exclusions des synagogues, oppressions, et même divisions en son sein. D’où ici l’écho de ce questionnement : « que veut dire un peu de temps ? » que le texte va éclairer.

Alexey Tyranov, Moses' Mother, 1839-42

Votre peine se changera en joie (16,20-21)

Jn 16,, 20 Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. 21 La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde.

Vous allez pleurer

Les pleurs et les lamentations, suscitant la réjouissance du monde, peuvent s’entendre de deux manières. D’une part, la phrase peut faire référence au départ du Christ lors de sa Passion. Les passages précédents ont montré combien l’absence de Jésus, ici-bas, laisse les disciples dans la crainte. Mais, d’autre part, ces pleurs et lamentations font aussi référence aux afflictions que subit la communauté johannique au temps du rédacteur. Ces deux interprétations ne sont pas contradictoires, puisque la croix et les épreuves de la communauté s’ouvriront, selon les paroles de Jésus, sur un temps de joie. Celle-ci peut évoquer le jour de la résurrection mais, surtout, le jour du retour du Christ, sa parousie.

Il nous faut garder ce parallèle : la passion révèle tout l’amour du Père à travers le fils crucifié, qui a aimé les siens jusqu’au bout (13,1). De même, au sein des épreuves, la communauté est d’autant plus invitée à manifester l’amour du Christ, comme véritable réponse au mal et au monde. Et cet amour divin, donné et vécu, est promis à la joie, qui est celle de la Résurrection et qui sera celle de la parousie.

Comme la femme qui enfante

L’image de la femme, qui accouche dans la douleur pour enfin connaître la joie, est parlante. A cette image est associée également la mention de l’heure venue, si chère à l’évangéliste, exprimant la Révélation de la croix. La vie de la communauté est attachée (comme un sarment à la vigne) à la vie du Christ. La foi au Fils n’empêche nullement les épreuves et les tribulations. Mais ces dernières sont l’occasion de témoigner davantage de l’amour du Père, avec, pour la communauté, le soutien et la grâce de l’Esprit. Ce passage par les épreuves est ainsi décrit comme une naissance. La communauté porte la vie du Christ. Là est déjà sa joie, y compris dans les épreuves ; une joie qui trouvera son achèvement lors de la parousie.

Jan van der Elburcht, Le repas au bord du lac, 1500

Je vous reverrai

Jn 16,, 22 Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. 23 En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. Amen, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. 24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite.

Demandez, vous recevrez

Malgré la peine, la joie demeure et, dans la fidélité au Christ, nul ne peut la ravir. La joie est ainsi assimilée au don du Christ. Ce don s’associe aux précédents : le don du commandement de l’amour mutuel, le don de la paix, le don de l’Esprit. La joie exprime donc, non pas un sentiment – toujours passager – mais ce temps-là, ce jour-là que l’heure de la croix a inauguré. La joie est celle du temps eschatologique et de la nouvelle alliance en Christ. Elle est, par la mention de la prière, l’expression de la communion de la communauté au Père que le Christ a révélé à la croix. Si bien que, par ces phrases, Jésus relativise cette attente d’une parousie merveilleuse. La joie est déjà donnée.

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).