Pierre et la Pentecôte (Ac 2,14-41)

3e dim. Pâques A (2,14.22b-33)
4e dim. Pâques A (2,14a.36-41)

Le récit de la Pentecôte a montré combien le don de l’Esprit Saint aux Apôtres et disciples leur offrait de proclamer, en diverses langues les merveilles de Dieu, paroles destinées à un public juif très divers. Mais quel est ce propos des disciples ? Qu’est-ce que cela signifie ? Le discours de Pierre en donne maintenant l’interprétation.

Sens et organisation du discours.

Ces 28 versets pourraient comporter deux parties : le propos de Pierre (14-36) suivi des réactions et de la réponse de l’Apôtre (37-41). Le discours (14-36) est ponctué par trois adresses : Hommes de Judée (andrés ioudaioï, ἄνδρες Ἰουδαῖοι 2,14) , Hommes Israélites (andrés Israèlitaï, ἄνδρες Ἰσραηλῖται ,2,22), et Hommes frères (andrés adelphoï, ἄνδρες ἀδελφοί 2,29). Elles montrent la progression du propos jusqu’à la qualification de frères au fur et à mesure des arguments. Ces derniers sont concentrés sur la personne même de Jésus, mort et ressuscité, venant inaugurer ce Jour du Seigneur par le don de l’Esprit.

Le discours de Pierre s’appuie sur divers passages de l’Écriture qui permettent, avec le vocabulaire, d’organiser ainsi ces versets pour mieux saisir son argumentation :

  • 14-15 1ère réponse de Pierre aux réactions (13b) : non pas ivres
    • 16-21 L’Esprit répandu selon le prophète de Joël (promesse, nom du Seigneur )
      • 22-24 Jésus le Nazaréen : accrédité par DIEU, crucifié par VOUS, ressuscité par DIEU
        • 25-28 David et le psaume 16,8-10
        • 29-31a Interprétation : prophète, Seigneur, promesse (2S 7)
        • 31b David et le psaume 16,10
      • 32 Ce Jésus : ressuscité par DIEU, NOUS témoins
    • 33-36 L’Esprit promis répandu, Ps 110,1 Jésus Seigneur
  • 37-41 Dernière réponse Pierre aux réactions ; appel à la conversion.

2,14-15 Non pas ivres

2, 14 Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Hommes de Judée1, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. 15 Non, ces gens-là ne sont pas ivres comme vous le supposez, car c’est seulement la troisième heure du jour.

Pierre et les onze

Le texte présente Pierre comme le porte-parole des Douze, tous debout. Les groupe parle d’un seul homme et c’est bien ainsi que l’entendent les personnes présentes. Celles-ci, à la fin (v.36) s’adresseront « à Pierre et aux autres Apôtres » (v.37). Les Galiléens, à la mauvaise réputation, sont placés dans une posture d’autorité et d’enseignement. L’expression, ou ses synonymes, prêtez l’oreille à mes paroles (v.14 ; 22 ; voire 29), ponctue l’ensemble du message. Cette triple adjuration annonce déjà l’accueil de la Parole qui constitue, dans les Actes des Apôtres, un élément important dans la conversion des auditeurs (v.37.40.41). La puissance de l’Esprit, comme nous l’avons souligné précédemment, se confond avec celle de la Parole. Le message importe davantage que les signes ; message qui sera aussi rejeté par d’autres.

La 3e heure matinale

Pour réfuter l’accusation d’ivresse, Pierre souligne l’heure matinale du moment : la 3e heure, c’est-à-dire, neuf heures du matin, au cadran solaire. Trop tôt pour qu’un groupe puisse être déjà ivre, d’autant que le premier repas, en cette époque, se prend vers la 4e ou 5e heure (10-11h). Il est difficile de trouver un caractère symbolique à cette heure. Matthieu l’emploie également dans son sens obvie lors de sa parabole des ouvriers de la dernière heure (Mt 20,3). Il faudrait puiser dans l’évangile de Marc (Mc 15,25), pour l’associer à l’heure du crucifiement, alors que Luc et Matthieu, mais aussi Marc, n’indique que la 6e et 9e heure pour l’obscurité et la mort de Jésus (Mt 27,46.45 ; Mc 15,33.34 ; Lc 23,44 ) ; tandis que Jean ne mentionne que la 6e heure à propos de la condamnation à mort (Jn 19,14).

S’il faut trouver un sens particulier à cette 3e heure, c’est, peut-être, en la remettant dans le contexte de la Pentecôte. L’heure devient liturgique avec l’évocation de la « parasha » (péricope) du don de la Loi (Ex 19), les citations du livre de Joël, suivi de son commentaire, ainsi que des psaumes 16 et 110. Les différentes adresses exhortatives (Hommes d’Israël… écoutez mes paroles…) de l’assemblée des Douze offrent également au texte un caractère homilétique. Luc, de manière subtile, suggèrerait que cette communauté de disciples fonctionne telle une communauté synagogale, comme pourrait le confirmer la fin de ce chapitre 2 (2,42-47).

Johann Spillenberger, discours de Pierre à la Pentecôte, 1675

2,16-21 Je répandrai mon Esprit

2, 16 Mais ce qui arrive a été annoncé par le prophète Joël : 17 Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature : vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos anciens auront des songes. 18 Même sur mes serviteurs et sur mes servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là, et ils prophétiseront. 19 Je ferai des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, un nuage de fumée. 20 Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune sera changée en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et manifeste. 21 Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

La prophétie de Joël

Le don de l’Esprit divers avait suscité un malentendu qui l’attribuait à l’ivresse des Apôtres. Pierre, au nom des Douze, vient donc en donner l’interprétation en s’appuyant sur la prophétie de Joël (Jl 3 ;1-5).

L’argument aurait pu porter sur des textes plus connus ou évidents comme l’annonce de la nouvelle Alliance (Jr 31,31-34) ou la promesse d’une recréation selon Ézéchiel (Ez 34,36) que j’avais évoqués précédemment (2,1-13). Pourquoi Luc a-t-il préféré ce passage ?

L’évangéliste cite le chapitre 3 du livre de Joël, tiré de la version grecque de la Septante (LXX), en lui apportant quelques modifications, ajouts et suppressions, afin de, déjà, en donner une interprétation. Je ne considèrerais que trois ajouts majeurs : « en ces derniers jours », « ils prophétiseront », « des signes ».

En ces derniers jours, ils prophétiseront

L’objectif de la citation scripturaire est de relier l’événement de la Pentecôte à l’avènement eschatologique annoncé par les prophètes. Le don des langues diverses manifeste non pas un miracle particulier, mais fait signe de l’avènement des « derniers jours » expression que Luc a inséré dans le texte de Joël – lui-même s’inscrivant dans un contexte eschatologique. l

L’évangéliste a ajouté « ils prophétiseront » (v.18). Il faut rappeler qu’à cette époque du Judaïsme, une croyance, admise et partagée, considérait que , depuis Malachie, Dieu n’appellerait plus de prophète avant ces « derniers jours »2. Jean le baptiste revêt ce caractère prophétique en  lien avec la venue du Messie. Un peu plus loin, le discours de Pierre mentionnera David, non comme roi mais aussi comme prophète. Mais ici, les prophètes sont désormais les Apôtres investis de cette mission par l’Esprit : leur langage en est le signe.

Signes et prodiges

Le don de l’Esprit annonce le temps eschatologique du règne de Dieu par des prodiges et des « signes ». Ce dernier terme est introduit par Luc. Et cela n’est pas anodin. En effet, ce couple de mots, signes et prodiges, renvoie, bibliquement, à la sortie d’Égypte et l’exode des Hébreux. Il est essentiellement utilisé en ce sens.

Dt 6, 22 Le Seigneur a fait sous nos yeux de grands signes et de grands prodiges pour le malheur de l’Égypte, du Pharaon et de toute sa maison. 23 Et nous, il nous a fait sortir de là-bas pour nous faire entrer dans le pays qu’il a promis par serment à nos pères, et pour nous le donner.

Signes et prodiges comportent ainsi une dimension pascale qui rend compte des merveilles salvifiques de Dieu. Luc reprendra à plusieurs reprises cette expression durant la première partie des Actes (2,19.22.43 ; 4,30 ; 5,12 :6,8 ; 7,36 ;14,3 ; 15,12).

La manifestation de l’Esprit s’accompagne ainsi d’un bouleversement cosmique, langage apocalyptique pour exprimer l’avènement soudain du jour du Seigneur. Ce jour où le nom du Seigneur sera proclamé tant il sera grand et manifeste. Ces signes et prodiges étaient-ils en filigrane lors de la scène du don de l’Esprit avec ce bruit comme un vent violent, et ces langues comme de feu ? Sont-ils encore à venir ? ou bien ne se sont-ils pas déjà produits ?

En effet, en citant ces versets du prophète Joël, Luc renvoie son lecteur à la passion et la mort de Jésus, lors de laquelle l’évangéliste décrivait ces signes : ténèbres sur toute la terre et soleil qui s’obscurcit, avant que le voile du Sanctuaire ne se déchire (Lc 23,44-45). Luc avait déjà utilisé ces images lors du discours apocalyptique de Jésus annonçant la venue du Fils de l’Homme (Lc 21,25).

Ainsi, le lecteur sait que ce jour du Seigneur a déjà commencé, accompagné de signes et prodiges. Ce que va nous confirmer la suite du discours de Pierre.

Christ guérissant la Belle-mère de Simon Pierre, John Bridges, 1839

2,22-24 Hommes d’Israël

2, 22 Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. 23 Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. 24 Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir.

Une proclamation ?

On définit souvent ce passage comme la première annonce de la foi, un kérygme. Il reprend en effet, les éléments essentiels de la foi chrétienne : Jésus, homme de Dieu, condamné et crucifié par les hommes, ressuscité par Dieu. Certes. Mais nous ne pouvons nous contenter de cette simple analyse. Il faut nous interroger sur le rôle que jouent ces versets, au sein de ce discours. Luc reprend le vocabulaire des signes et prodiges qui viennent définir et préciser les miracles de Jésus. C’est donc par lui, comme autrefois Moïse, qu’advient ce Jour du Seigneur. Mais plus encore, les propos de Pierre associent de manière étroite la personne de Jésus le Nazaréen à l’action de Dieu en faveur d’Israël, représenté par le public de la Pentecôte. Dieu est présenté comme l’initiateur de l’action de ce Jésus. Ces versets peuvent être ainsi visualisés :

JÉSUS –>DIEU –>VOUS
Jésusaccrédité par DIEUpour vous, par des signes et prodiges
qu’a fait, par lui,DIEUau milieu de vous, vous le savez.
Celui-ciselon le dessein de DIEUvous l’avez supprimé en le fixant (à la croix)
Luique DIEU a ressuscitéet délivré de la mort, car … (–> 2,25-31)

La croix comme dessein de Dieu

Ainsi les signes et prodiges attendus à la fin des temps sont déjà advenus par Dieu, en ce Jésus le Nazaréen. Luc renvoie son auditeur à son évangile, et le public à sa mémoire : vous le savez. En lui s’exprimait ces temps derniers apportant la délivrance de peuple. Or, bien qu’accrédité par Dieu en faveur du peuple d’Israël, les signes et prodiges n’ont pas été reçus par ces derniers. Pour autant, le discours de Pierre affirme bien que cette mort, à laquelle aurait pu échapper celui qui opère ces signes et prodiges, s’accorde au dessein et à la préscience de Dieu.

Non que Dieu ait voulu que Jésus soit crucifié, mais que la passion et sa mort sur la croix font partie de la Bonne Nouvelle : le Fils de l’homme  – dit Jésus lors de la Cène  – s’en va selon ce qui a été fixé (Lc 22,22). Il nous faudrait encore rappeler la péricope des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35) dans laquelle la mort de Jésus vient faire taire toutes les espérances des eux compagnons, avant que celui-ci ne l’éclaire par les Écritures et sa Parole. L’avènement du règne de Dieu s’est ainsi confronté à l’opposition des autorités du Temple. Pour autant, loin de réduire à néant le dessein de Dieu, la croix vient lui donner sens : Jésus demeure le sauveur jusque sur la croix (Lc 23,39-43).

La résurrection rend manifeste Celui que Dieu a accrédité pour la délivrance de son peuple. Dieu ne l’a pas abandonné, pas plus que son dessein. Pour le moment, le discours ne mentionne ni les mots Christ, Messie ou fils de l’Homme. Le discours attend encore quelques éclairages.

2,25-31 David le prophète

2, 25 En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. 26 C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : 27 tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. 28 Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. 29 Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. 30 Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. 31 Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption.

Le messie royal attendu

Le mot est lâché : Seigneur (v.25) auquel sera associé le nom de Christ (v.31). Ces deux titres seront explicitement attribués à Jésus en conclusion de ce discours (v.36). Pour l’instant, il convenait de montrer que mort et résurrection accomplissent l’Écriture. Toute affaire, notamment judiciaire, doit être convenue sur la base de deux témoins. Après Joël, Luc fait appel à un second témoin : David qualifié lui aussi de prophète, celui qui dévoile le dessein de Dieu, et révèle son accomplissement. Le psaume de David est cité (Ps 15/16,8-10) à deux reprises (v.25-28 et v.31b) et encadre son interprétation christologique qui permet un véritable déplacement.

Après le couple signes et prodiges, c’est celui de mort et résurrection qui est mis en avant. Dans la tradition juive, ce psaume 16 est lu lors des cérémonies en mémoire d’un décès3. Or ici, David parle d’un vivant. Mais de qui parle-t-il : de lui ou d’un autre ? (Ac 8,34) Comme souvent, Luc cultive subtilement l’ambiguïté. Le psaume 16 concerne bien David qui met sa confiance dans celui qui ne le laissera pas au  fond du shéol, de l’hadès. La foi en la résurrection est ainsi confirmée par David. Pour autant, avec l’interprétation de Pierre, le lecteur peut y lire une parole prophétique annonçant l’intronisation du Christ crucifié auprès de Dieu. Il a vu d’avance la résurrection du Christ.

D’ailleurs David est mort, son corps déposé en un tombeau encore visible (à l’époque). A l’inverse, Jésus est mort, mais son tombeau est vide, manifestant l’acte résurrectionnel de Dieu pour son Messie et successeur de David. Cette succession n’a pas pour but unique de placer Jésus dans une liste généalogique. La royauté de Jésus devient l’accomplissement d’une promesse : introniser par Dieu, Jésus assure la pérennité de l’Alliance davidique : Ps 131/132, 11 Le Seigneur l’a juré à David; c’est la vérité, il ne la reniera pas: « C’est quelqu’un sorti de toi que je mettrai sur ton trône (lire aussi 2S 7,16). Mais la royauté du Christ, est désormais céleste et correspond à ces temps eschatologiques.

2,32-36 Frères

2, 32 Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. 33 Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. 34 David, en effet, n’est pas monté au ciel, bien qu’il dise lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite, 35 jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds.” 36 Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. »

Ce Jésus, Christ et Seigneur

Ce passage permet d’affirmer les effets de la résurrection du Christ. Le premier est l’inauguration de ces jours derniers, par l’envoi de l’Esprit – comme annoncé par Joël. Ces bénéficiaires de l’Esprit de Dieu sont les témoins de foi en ce Jésus de Nazareth, qui crucifié par les hommes, fut ressuscité par Dieu – comme annoncé par David. La mention du psaume 110 introduit un élément nouveau : celui du jugement et donc du salut : jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds. Ce Jésus de Nazareth peut être ainsi qualifié de Christ mais aussi recevoir le titre de Seigneur. Or ce dernier terme nous permet de rappeler la prophétie de Joël : Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Ce nom du Seigneur est maintenant associé à la personne même de Jésus Christ. C’est par lui seul, dans la foi, que peut advenir ce salut.

Il faut souligner que la parole de Pierre n’est pas un propos qui dénonce et condamne à la damnation éternelle ceux qui ont crucifié ce Jésus. Bien au contraire, la croix et la résurrection inaugurent ce temps de réconciliation comme le montre la suite du récit. Tous sont à même de bénéficier du salut, mais comment ?

2,37-41 Que devons-nous faire ?

2, 37 Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » 38 Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. 39 Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » 40 Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » 41 Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

L’accueil de la Parole

La question « que devons-nous faire ? » ne correspond pas à une interrogation d’ordre éthique. Elle rend compte de la réaction de l’auditoire. Ces paroles qui les ont touchés au cœur (katanussomai, κατανύσσομαι). Luc évoque ainsi une douloureuse prise de conscience comme le suggère le verbe grec katanussomai désignant un profond remord, un sentiment de perdition (Gn 37,3, 34,7 … Is 6,5 …) : ils ont condamné ce Jésus que Dieu a révélé Christ et Seigneur, s’opposant ainsi à son dessein. Il n’y pas pire situation en matière de péché.

La demande de Pierre, convertissez-vous, permet d’ouvrir au salut.

La réaction de l’auditoire montre qu’elle est déjà sur le chemin de la conversion, que Pierre va ainsi développer. Cette conversion n’est pas d’ordre moral mais christologique :reconnaître dans la foi Jésus, Christ et Seigneur, invoqué ce « nouveau » nom du Seigneur pour être sauvé (2,21). Ainsi l’écoute et l’accueil de la Parole, par la prédication des Apôtres, constituent l’élément premier de la conversion (2,37).

Le baptême et l’Esprit

Le baptême n’est plus une immersion purificatrice dans les eaux du Jourdain. Il est donné au nom de Jésus Christ. Il devient une plongée dans le mystère du Christ qui offre pardon et salut de Dieu. La réception de l’Esprit (Lc 3,15-17) advient avec de ce baptême, tel le don de Dieu face au pardon. Il manifeste ce temps dernier, mais nouveau : cette alliance nouvelle (Jr 31,31 sq), dans laquelle le croyant est désormais intégré. L’Esprit de Dieu promis agit maintenant en lui. Et cette promesse s’étend non seulement à ce public de Pentecôte mais aussi leurs enfants, leurs fils et leurs filles (Jl 3,1 ; Ac 2,17). De même, l’appel de Dieu agira bien au-delà du cercle de ces auditeurs : à ceux qui sont loin.

La nouvelle communauté

La défiance vis-à-vis d’une génération tortueuse ou dévoyée n’est nullement une critique envers l’immoralité du monde, ou d’un groupe particulier. L’expression renvoie à l’obstination de celles et ceux qui, parmi les fils d’Israël, se refusent au dessein de Dieu. Un psaume déclare : Ps 77/78, 7 Qu’ils placent en Dieu leur espérance, qu’ils n’oublient pas les œuvres de Dieu, qu’ils recherchent ses commandements, 8 afin de ne pas devenir comme leurs pères, une génération dévoyée (tortueuse), une génération rebelle, au cœur inconstant, dont l’esprit ne se fiait pas à Dieu.

Pierre annonce déjà les confrontations à venir en suivant la voie de salut du Christ. Pour autant, la Parole des Apôtres, remplis d’Esprit Saint, produit son effet à Jérusalem au-delà de toute espérance :

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

Ce petit sommaire insiste sur l’accueil premier de la Parole, mais aussi sur ce rassemblement eschatologique que permet ce baptême. C’est cette nouvelle communauté que nous décrira le passage suivant.

  1. Je modifie la traduction liturgique qui a préféré le mot : Juifs ↩︎
  2. Za 13,2-6 ; 1Ma 4,46 ; 9,27 ; 14,41 ; Dn grec 3,38 ↩︎
  3. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Psaume_16_(15) ↩︎
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