2 0 1 8 – Et prendre ce temps

L’exercice est conventionnel, l’intention louable et  l’art dupliqué d’année en année. Il est aisé de souhaiter, surtout à cette distance anonyme, une année tout aussi bonne et heureuse que la santé, le travail, la vie familiale ou la vie spirituelle… Ne soyons pas naïfs, vous et moi, nous savons le peu d’emprise que nous possédons sur les évènements à venir et que notre bonheur ne dépend pas d’un cumul de ces vœux annuels et encore moins de nos résolutions récurrentes. Pourtant tout serait si “joyeux”, “doux”, “bon”… à l’image de ce vocabulaire infantile et de ces rêves adolescents “carte-postalisés” que nous savons promouvoir en ce début d’année. (suite…)

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Rencontre #12 … avec Joseph, en quête d’un possible

saint-josephJoseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret.” (Mt 1,16-24)

Effectivement ça change tout : au lieu de livrer Marie à l’opprobre public, au risque de peut-être subir la lapidation (selon Dt 22,3-24), Joseph préfère la répudier en secret. En secret ? Est-ce possible ? Aurait-il pu renvoyer Marie chez elle sans que cela ne se sache ? Il n’aurait pas fallu longtemps pour qu’à Nazareth, le lien soit fait entre ce mariage rompu et la grossesse de Marie. Quel avenir pour elle in fine ? Ce projet de répudiation en secret est pour le moins étrange et cela n’a certes pas dû échapper à l’évangéliste Matthieu. Dès lors pourquoi n’a-t-il pas clarifiié son récit ? Pourquoi ajouter cette mention ‘en secret’ ? (suite…)

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Sal*** de Cendres !

cendres“Sal*** de Cendres” – mea culpa –  c’est parfois ce qui me vient à l’esprit juste après avoir marqué le front des fidèles présents à la cérémonie de ce mercredi, premier jour de Carême. Ces cendres qui vous collent aux doigts, s’immiscent jusque sous les ongles… juste avant l’eucharistie que l’on voudrait célébrer dignement les doigts blanchis : impossible ! Il en restera toujours, à moins d’y passer au moins quinze minutes à récurer. L’opération  ‘mains propres’ devient impossible : heureux présage pour un début de Carême ! (suite…)

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Pour la gloire de Dieu et le Salut des jean-foutre

Cliquez pour agrandirRécemment, lors d’une visite au Louvre, une œuvre a particulièrement attiré mon attention. Dans le coin d’une des salles, sans mise en valeur particulière, de loin, se laissait deviner une scène de repas. En m’approchant, je reconnus le Christ : Emmaüs, repas chez Lévi, noces à Cana ou repas chez Simon le pharisien ? Non pas. Ce tableau de Gérard de Lairesse était intitulé L’institution de l’Eucharistie. Pourtant je ne retrouvai aucun des codes habituels d’autres œuvres : une longue table où les Cène - champaignedisciples étonnés, priant, parfois dévotement, assis du même côté, entourent un Christ lumineux et extatique. Ici, rien de tout cela : c’est le bordel à table ! Aucun ordonnancement, le Christ lui-même n’est pas au centre du tableau, ni même devant, il semble caché, en arrière, à gauche. Non, vraiment rien de commun avec d’autres œuvres plus connues. Quant aux disciples… de vrais  jean-foutre, quoique… (suite…)

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Les (salades de) fruits de l’Esprit Saint

Fruits

Jésus élevé vers le Père, loin de leurs yeux scrutant le Ciel, les disciples sont désormais invités à regarder vers cette terre humaine où Il les avait rencontrés. Ce qu’ils avaient vu de leurs yeux, les voilà maintenant appeler à en témoigner (Ac 1,8). Témoigner non d’hier, non d’un passé, mais de cet Avenir glorieux qui a marché à leur côté.

Pourtant ils ne seront pas seuls, ni abandonnés à eux-mêmes. A ces douze, à ces cent-vingt (Ac 1,15), jusque dans leur diversité, Dieu se donne encore, les marquant de son propre Esprit, leur apprenant un langage nouveau pour une Parole unique .

Pentecôte : mélange des idiomes, confusion des langues ? Non, juste une salade de fruits où chacun à sa place : fruits trop communs et fruits trop exotiques, goût sucré et acidulé… Non pour se diluer mais pour mieux se Le révéler, pour mieux donner goût à cet Evangile. Et ce bon dosage, ces saveurs, ces senteurs… tous ces fruits sont ceux de cet Esprit promis aux disciples afin qu’ils deviennent ensemble témoins (Ac 1,8) : une bonne salade de fruits… des fruits de l’Esprit Saint. (suite…)

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L M N O Pâques !

ForrestUne lettre parmi d’autres, insignifiante, peu courante, ignorée, pauvre : K… comme carême, ce Karaoké aux airs des quarante couplets de la Parole de Dieu, la ballade du carême. Cette parole nous a parfois déroutés ou remis en route. On m’a qualifié récemment de marathonien1 des mots. Mais, ok ! J’accepte car un marathon c’est 42,195 km… en quarante jours, ça va c’est de la balade. Une balade que j’ai faite avec vous, lecteurs, blogueurs et twitteurs2. Mais voilà, le marathon a pris fin et aujourd’hui c’est le jour du sprint final !

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Paulo l’avorton

On a vite fait de Paul LE héros d’une évangélisation à succès, christianisant à tour de bras l’ensemble de l’Europe méditerranéenne. Et que je voyage, marche infatigablement que même les pèlerins de Compostelle passent pour des promeneurs du dimanche. Et que je te prêche sur les places publiques accomplissant des conversions à faire s’évanouir le responsable des adhésions d’un parti à la veille d’une élection présidentielle. Et que je te fonde des communautés chrétiennes comme autant de clubs Mickey sur nos plages estivales. Et que je t’admoneste une bonne  morale à faire passer le premier des ascètes pour le dernier des épicuriens. Et que je t’écrive des lettres à succès à faire pâlir l’éditeur de celles de Mon-Moulin…Bref, le héros parfait, inégalé, voire inégalable à rendre jalouses les plus ‘missionnaires’ des communautés nouvelles. Oui, mais voilà qu’il nous faut peut-être descendre de notre cheval d’orgueil, cheval aussi illusoire que celui de Paul sur son chemin de Damas1. (suite…)

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Ordination 2001. dessin : J.O.Héron

A qui irions-nous ? dix ans déjà…

signet d'ordination, auteur:J.O.HéronSorti d’une page du tome  de la Liturgie des Heures, comme oublié, je regarde ce signet, celui du jour de mon ordination. Je me souviens… dix ans (déjà !)… La chaleur accablante que les épaisseurs d’une aube, puis d’une lourde chasuble rendaient encore plus  intenable. Je me souviens de la foule, de ces visages familiers qui nous avaient accompagnés durant ces années de discernement et de formation, de ce presbyterium fraternel, heureux de nous accueillir, de ces paroles épiscopales, profondes et encourageantes…

Loin de moi toute nostalgie, mais un sourire amusé en relisant ce signet inspiré de l’Evangile selon St Jean  :  Alors, beaucoup de ses disciples le quittèrent et ne marchaient plus avec lui.  Alors, Jésus  dit aux Douze : ‘Et vous, vous ne voulez pas partir  ?’ Simon-Pierre lui répondit :’A qui irions nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous nous avons cru, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu‘ (Jn 6,66-69).

A qui irions-nous ? A l’heure où certains s’inquiètent d’une Eglise en perte de vitesse, d’autres, et aujourd’hui encore, font le choix de marcher à la suite du Christ. Le temps des ordinations presbytérales nous rappellent que le Christ, dans le discernement, appelle, choisi – pour reprendre le terme johannique – ceux qui, dans leur innocence et leur faiblesse pétriniennes, sauront devenir des serviteurs de la Parole.   Car, dans cet aveu de Pierre, l’essentiel est dit : ‘A qui (d’autres) irions-nous ?’ Découvrir le Christ, l’aimer au point de tout quitter pour le suivre, pour vivre et faire vivre, éternellement, de sa Parole : quoi de plus ? quoi de plus beau ?

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Binge Drinking à Jérusalem : les ivrognes de la Pentecôte

Discours de PierreIls sont pleins de vin doux” (Ac 2,13)

Comment ces provinciaux de Galilée pourraient-ils parler d’autres langues ? Comment ces pouilleux du bord du Lac pourraient-ils, au coeur même de la Jérusalem en fête,  s’adresser à tant de pèlerins de toutes nations, si le vin ne leur était monté à la tête… Binge drinking 1 à Jérusalem. Le jugement est rapide : ‘Ils sont pleins de vin doux’. Le sentiment (qu’ils sont ivres) l’emporte sur toute recherche de vérité.

Les véritables ivrognes ne sont pas ceux qu’on croit: l’altération du jugement (du discernement) n’est-il pas le propre des effets de l’alcool ? Le sentiment immédiat semble être le critère de vérité. Je dis cela de la vie courante comme de la vie de foi. L’immédiateté, c’est-à-dire le refus de toute médiation temporelle ou/et sociale et/ou évangélique, devient force de loi et parfois force de foi. Car il en est de même de certaines interprétations de cet événement.  Le récit de la Pentecôte, ces sortes de langues de feu, ces bruits comme s’il y avait un violent coup de vent, tout cela n’est-il pas extraordinaire ?  Devons-nous donc nous enivrer de prodigieux, devenir saoul de Dieu, jusqu’à en perdre la raison ? Réduire cet évènement à ses effets emplis de merveilleux (ou de suspicions),  n’est-ce pas passer à côté de l’essentiel ? J’entends déjà certains me rétorquer : Mais c’est l’Esprit Saint ! (suite…)

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