Ton bol de riz… je le vomis !

vomirCher pénitent-blogueur,
(et cher lecteur-jeûneur),

Ces jours derniers, j’ai lu avec quelle gourmandise ton blog catho s’est jeté sur le pape carême. Je me dois de te dire (charité fraternelle oblige) que je n’y ai lu qu’une déplorable litanie de ton “Je”.

Tes efforts individualistes individuels me fatiguent ! Ta course à la masturbation mortification personnelle m’épuise.

A quoi bon chanter (ou titrer) “Avec toi, NOUS irons au désert” si c’est pour t’y retrouver seul ?
A quoi bon pleurer la renonciation de Benoît XVI et louer, à juste titre, le ministère de ce ‘chef’ de l’Eglise… si  cette même Eglise est absente de ton carême ?
A quoi bon s’être glorifié de ta participation à des manifestations contre ‘le mariage pour tous’, si, durant ce carême, les seules manifestations de tes ‘pénitences’ se résument à un ‘pour moi’  ou à ‘un moi pour les autres’ ? (oui, il y a des charités égoïstes)

Ton volontarisme ne te mènera à rien, sinon à recommencer ces mêmes efforts de carême en 2014, 2015… ces jeûnes que chaque année tu répètes sans pouvoir rien changer – et je parle par expérience !! Je ne renie pas ta volonté de te conformer davantage au Christ en te débarrassant de ces attitudes qui t’éloignent de la Charité, de la Foi, de l’Espérance ou de la sanctification. Au contraire, je t’envie. Mais y arriveras-tu seul ? Si tu réussis : tout cela ne sera qu’orgueil, si tu échoues : vanité ! Ton carême n’est pas un JE. Ton carême est aussi un NOUS ecclésial pour le Christ et pour le monde.

Le carême, temps de conversion et temps liturgique, n’est-il pas un temps que l’Eglise nous donne ? Or, je ne suis ni l’Eglise, ni le Christ, ni le Saint… Dès le mercredi des Cendres,  L’Eglise nous invitait à recevoir la marque des Cendres en assemblée, lors d’une eucharistie ou d’une liturgie de la Parole. Et cette Parole de Dieu, proclamée ce jour-là, nous invitait à vivre ce temps aussi, et peut-être surtout, d’une manière ecclésiale :

Reviens Revenez à moi de tout ton votre cœur” (Jl 2,12-18); “Je suis Nous sommes les ambassadeurs du Christ” (2Co 5,20-21)… et si tu jeûnes, partage ou prie, que ton JE “reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.” (Mt 6,1…18).

Certes, en tant que prêtre, je ne suis pas fier de n’avoir su proposer une véritable démarche de carême (même pas un pain-pomme ou un bol de riz famélique !) pour la communauté chrétienne. Mea culpa. Pourtant n’y a-t-il pas là un enjeu véritable ? N’y a-t-il pas un défi pour nous tous, chrétiens ? Celui de témoigner au monde, ensemble, Corps du Christ, Peuple de Baptisés… de la charité de Celui qui nous rassemble et nous fait vivre. Serons-nous les ambassadeurs du Christ ? N’y a-t-il pas de la beauté à se laisser convertir avec (et par) nos frères et soeurs de la paroisse, ou de la communauté chrétienne, (et non seulement par ma bande de copains).

Et si le Carême ne te concernait pas seulement, mais aussi l’Eglise, mais aussi ta (et ma) manière vivante, incarnée, de faire Eglise même hors des célébrations piétistes liturgiques ? Et si nous faisions le carême ENSEMBLE, non par soustraction de nos sacrifices personnels, non par additions de nos actes individuels de charité, non par nos divisions, mais par multiplication de notre amour du Christ et de l’Eglise, par exposition de notre Espérance en Celui qui est venu pour le salut du Monde ?

Ne sais-tu pas que j’ai besoin de toi pour me conduire vers Pâques, pour m’aider à aller vers nos frères les plus fragilisés ! Et si tu me parlais de ton NOUS en ce Carême ? Et si tu m’invitais à Nous rejoindre pour mieux le rejoindre ?

Merci d’avance et bon chemin vers Pâques,

Un Je râleur et rêveur.

 

P.S. : Spéciale dédicace à Isaïe 58, David, Zabou, Corine, Stéphane, Anne-Claire, Jibitou et les autres. Je ne voudrai pas vous fâcher : je vous aime à la mesure de la générosité de vos articles. Mais il fallait que ça sorte !

 

François BESSONNET

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

Cet article a 6 commentaires

  1. chroniquesdudesert

    Avec un peu de retard, je lis votre billet. Comme les autres fâché ? Pourquoi ? Nan ! Je prend note (simplement comme tu le dis dès le début) par charité fraternelle !
    Merci de ce rappel ! Je tenterais de faire mieux !

    Je me confie donc à votre prière et vous assure de la mienne,

  2. François

    @Zabou_pdlg : me voilà soulagé… quoique j’aurais bien partagé (et rompu) le pain avec toi.
    @David : Soulagé ! Mais fais gaffe David, Nous veillerons jusqu’à Pâques !
    @Jibitou : Oui le carême est bien un temps de conversion personnelle… mais cela concerne le for interne, ce ‘dans le secret’ que seul voit le Père.

  3. Anne-Claire

    Bon, ok, et tu as complètement raison ! Y manquerait plus que NOUS soyons fâchés 😉

  4. jibitou

    Fâché ? Non pas, au contraire. Je mets cet article dans la catégorie “Corrections fraternelles”, dont j’ai éminemment besoin.

    Oui, je veux passer du “je” au “nous”, du “moi” aux “autres”. Mais je ne crois pas y parvenir sans d’abord faire le ménage au sein de ce “je” si envahissant. Et c’est aussi ce à quoi le carême m’invite.

    Je compte sur vos prières. Les miennes iront (aussi) vers vous ce week-end.

  5. David

    Ah ben nous, on l’a organisé le bol de riz et je me disais bien que cette commande de billet pour le site paroissial, c’était pas une bonne idée… mais que ceux tu, #lesmots, #lesactes toussa. Sinon…
    Attention petit lecteur, si tu lis seul devant ton écran, le SuPere François va venir te tancer.
    (j’espère que ça t’a soulagé, sinon, on priera, dimanche, en communauté (et nommément) pour toi 🙂 )

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