Kouign-amann … avec un K comme carême

  • Post published:mardi 3 avril 2012
  • Post category:Carême

Kouign-amannKouign-amann : gâteau breton, spécialité de Douarnenez1 dont le nom signifie ‘gâteau beurré’2. La recette est simple : pour 1kg de pâte à pain levée, 500g. de beurre salé ou demi-sel3 et 300g. de sucre. Autrement dit, la valeur calorique d’une part de kouing-amann nourrit la moitié de la population du Soudan. Accompagné d’un bon verre de chouchen, vous aurez l’impression d’une sortie en mer … par gros temps. Bref, c’est bon mais un peu bourratif !

Il n’y avait pas de kouign-amann au dernier repas de Jésus4 sinon nous saurions le motif de la trahison de Judas5. Mais ce n’est pas le traitre qui nous occupe ici6. Jésus trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote. Ce qui peut paraître, au premier abord, un geste de dénonciation, est en fait très paradoxal. Donner une bouchée, un morceau du plat (même s’il s’agit d’un kouign-amann) à une personne, est une marque d’honneur. Tout en désignant celui qui va le trahir, Jésus semble ainsi l’honorer : m’étonne que les onze autres n’aient pas tout saisi !

Et pourtant, Jésus demeure cohérent. Mais pour mieux comprendre ce geste, il nous faut le replacer dans son contexte7. Ce chapitre 13 de l’évangile selon Jean met en en relief, trois dons de Jésus. Le premier don a lieu après le geste du lavement des pieds8. Jésus donne à ses disciples un geste exemplaire qui résume tout le sens de sa vie : servir et se donner. « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13,14-15)

Le troisième don aura lieu plus loin : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,34-35)

Don de la bouchée à JudasA ses disciples, Jésus donne un exemple, puis il donne un commandement. Notre évangile du jour : le don de la bouchée se trouve au cœur de ces récits des trois dons. « Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote. »

Il vrai que nous pourrions nous demander jusqu’où va l’amour du frère, jusqu’où va le service du frère. Le geste de Jésus envers Judas vient concrétiser ces adages. A travers ce don de la bouchée Jésus précise ainsi : lavez-vous les pieds les uns aux autres… comme je l’ai fait pour vous, y compris pour Judas. Et encore : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé et comme j’ai aimé Judas. Amour infini, impossible dirions-nous. A la rigueur aimer celui qui vous a trahi est encore pensable, mais pas forcément facile, cela s’appelle le pardon. Mais aimer celui qui va vous trahir ? Y’a de quoi s’étouffer comme avec un kouign-amann. Moi-même, je crois ne pas en être capable… et pourtant Jésus nous y invite. Sans doute faut-il nous attacher à ce ‘comme moi’ de Jésus, à suivre le Christ jusqu’à la Croix pour pouvoir non seulement l’entendre mais aussi le vivre. Jésus aura vraiment aimé les siens, et encore aujourd’hui, jusqu’au bout y compris dans la trahison.

A suivre…

Les lectures du jour.

K… comme Carême. Le principe : chaque jour (sauf le dimanche), dire le carême par un mot commençant  par K. Quarante jours donc quarante mots pour (re)découvrir le carême. Retrouvez tous les articles déjà parus de la série “K… comme Carême“.
  1. Il est bon de préciser car le breton est régionaliste et donc susceptible.
  2. Oui, le breton a une prédilection pour tout ce qui est beurré.
  3. Il est bon de préciser car le breton est attaché à ses traditions et donc susceptible.
  4. Le breton n’avait pas encore conquis le monde.
  5. Fort heureusement pour moi, le breton a beaucoup d’humour.
  6. Nous en parlerons demain : d’ici là vous pouvez essayer de deviner le mot en K qui illustrera la trahison de Judas.
  7. Excusez-moi d’être un peu technique aujourd’hui, mais ce sera moins complexe que la recette du kouing-amann
  8. Dont nous parlerons jeudi.

François BESSONNET

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

Cet article a 5 commentaires

  1. Laurent

    Parler de Kouign-amann pendant de le Carême, tu veux nous torturer! 😉

  2. François

    @Zabou@Corine – Eh non, ni kafard, ni kouglof… un indice : http://youtu.be/OA5Z9AsMOto

    @PJ – Aïe ! Je savais que cet article m’apporterais quelques ennuis. Pour le kouign-amann c’est ok, mais je t’en supplie : ne le cuisine pas, laisse faire les professionnels ! Kénavo ??

  3. PJ

    Dis-donc le vendéen, si tu mets les pieds en Bretagne, sache que tu n’échapperas pas Kouign-amann maison (on doublera la dose de beurre et tu n’en auras pas qu’une seule bouchée !!) De toute façon ça te changera de ton jambon-mogettes, Judas !

  4. Zabou

    Demain… Kafard ? :-p

  5. Corine

    Je ne crois pas en être capable non plus. Trop infini, trop grand cet Amour-là.

    Sinon, enfin!!! je l’attendais, et je l’envoie ce billet à tous les amis Bretons, on verra bien s’ils ont beaucoup d’humour 😉 et… François, c’est pas bourratif ni beurré c’est juste BON… !!!
    Le K de demain, je tenterais bien kouglof pour pas faire de jaloux et puis la trahison c’est toujours un truc qui a du mal à passer,ça reste là sur l’estomac, un truc pour s’étouffer aussi non ?

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