En Avent, le prophète Jérémie

1er dimanche de l’Avent, année C (Jr 33,14-16)

Nous sommes dans les années 590 avant J.C. Et ces paroles d’Espérance retentissent depuis une prison, celle du prophète Jérémie détenu dans la cour de garde (Jr 33,1).

Jr 33, 14 Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : 15 En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. 16 En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : «Le-Seigneur-est-notre-justice.»

Horace Vernet, Jérémie, 1844

La prison de Jérémie et les ruines de Jérusalem

Nabuchodonosor et ses armées ont mis Jérusalem en ruine, une première fois en 597. Elle n’est plus qu’un désert sans hommes ni bétail (33,10). Mais Jérémie ne soutient pas les élans nationalistes de ses concitoyens. Pour lui et le Seigneur, la prochaine victoire babylonienne et le pillage de Jérusalem[1. En 587, après deux années de siège, la ville sera effectivement prise et le Temple détruit, et de nombreux habitants déportés en Mésopotamie.] sont inéluctables : Je vais livrer cette ville aux mains du roi de Babylone qui la prendra (32,3). On imagine bien que ces paroles ne plurent ni au roi, ni au peuple.

Michel Ange, Les lamentations de Jérémie, 1560

L’infidélité et l’injustice d’un peuple gras et repus

Un prophète n’est pas un illuminé aux dons de voyances. Il est, étymologiquement, celui qui porte la parole en avant, et cette Parole est celle du Seigneur. L’homme de foi inspiré pose un regard lucide sur le présent. Jérémie voit le mépris de la Loi, l’injustice fait aux pauvres.

Jr 5, 28 Gras et repus, ils ont même franchi les limites du mal ; ils n’ont pas jugé selon le droit la cause de l’orphelin, et ils en tirent profit. Ils n’ont pas rendu justice aux malheureux. 29 Et je pourrais ne pas sévir contre eux, – oracle du Seigneur –, ne pas me venger d’une telle nation ?

Bien plus, les cultes aux divinités païennes Baal ou Moloch se sont multipliés. Ces idoles font – selon la superstition – germer les cultures, naître les veaux, accorder protection et bénédictions, mais au prix du sacrifice des fils. Jr 32, 35 Ils ont édifié, au Val-de-la-Géhenne, les lieux sacrés de Baal pour y faire passer par le feu leurs fils et leurs filles en l’honneur de Moloch. Cela, je ne l’ai pas ordonné, ce n’est pas venu à mon esprit. Le peuple a préféré les divinités des moissons au détriment d’un Dieu de passion.

La fidélité intangible de Dieu

Mais si le peuple s’est détourné de Dieu, Celui-ci ne l’a pas oublié. Si ses péchés l’ont mené à la ruine, au désastre, la bonté et le pardon du Seigneur le mènera au salut. C’est là l’Espérance du prophète : Dieu sauve et pardonne les outrages. C’est l’Espérance en l’amour passionné du Seigneur pour son peuple. Il peut faire renaître la confiance et l’alliance sur des ruines. Ce que l’homme faillible n’a pu accomplir, Dieu – à jamais Créateur – le fera. Le cri du prophète se fait l’écho de la parole divine qui veut renouer, encore et toujours, le dialogue que son peuple avait rompu : Invoque-moi, et je te répondrai, dit le Seigneur (Jr R3,3)  … La parole vient, le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14).

Jérémie

Une parole de bonheur

Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda.

Dieu redonne sa parole, littéralement des paroles bonnes. À cause de son péché, le malheur avait atteint le royaume de Juda, désormais, en réponse à sa prière, la bonté de Dieu vient tout recréer. Et cette parole de Dieu va au-delà des espoirs immédiats. Car ce bonheur atteint aussi le royaume d’Israël, disparu depuis l’an 721. La vie rejaillit en plénitude pour recréer ce qui paraissait mort.  Ainsi le bonheur n’est plus lié à la possession de richesses mais tient à l’unité fraternelle évoquée par le rappel des royaumes autrefois unis de Juda et d’Israël.

Et bientôt encore, en ces jours-là, une parole de bonheur jaillira. Ce ne sera que le cri d’un enfant (Mt 1-2). Un enfant de la crèche qui nous fera entendre, adulte, cette parole bonne qu’est l’Évangile. Heureux êtes-vous …. Réjouissez-vous (Mt 5). Cet enfant de la crèche rassemblera autour lui depuis les anges d’en haut jusqu’aux bergers d’en bas (Lc 2) ; ce Fils de Dieu appellera jusqu’aux publicains pécheurs à devenir ses frères (Lc 8,21).

Icône de la Nativité, 1405

Le germe de justice pour David

En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. Peu importe les moissons, le germe attendu est tout autre. L’image du germe est peu glorieuse pour parler de l’avènement d’un roi. Mais l’orgueil des rois précédents a montré ses limites. Ce germe royal exprime l’humilité et la patience de Dieu à notre égard. Dieu tient sa promesse d’asseoir sur le trône un digne héritier de l’humble David. En ce temps de batailles et de guerre, le prophète ne chante pas ‘victoire’ mais ‘justice’,  justice de faire droit au malheureux. Un fils de David nous est promis, et il viendra.  Né dans la paille, ce roi portera le pardon et la paix du Seigneur jusque sur sa croix, un Christ-Roi qui nous fait renaître.

Peter Paul Rubens, Le Christ entre les deux larrons, Musée des Augustins, 1635

Un nom nouveau pour Jérusalem

En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : “Le-Seigneur-est-notre-justice.” L’Espérance tient dans cette foi en l’action de Dieu. Il sauvera. Il ne nous abandonnera pas et nous fera habiter, ensemble, en sécurité.  Mais, il ne s’agit pas d’un retour à une situation passée, mais d’une ère nouvelle et d’un nom nouveau. Une véritable renaissance. La prison de Jérémie, les ruines de Jérusalem, l’exil des habitants feront place à une nouvelle demeure, à jamais : le Seigneur lui-même.

En ces jours-là... ce refrain dit tout de la certitude du prophète mais aussi de la grâce de Dieu. En réponse au  cri des hommes et du prophète, le Seigneur va agir. Sa volonté s’exprimera dans cet inattendu d’une (re)naissance. Cette Espérance convertit ainsi nos désirs d’immédiateté, nos revendications en patiente persévérance dans la Foi et en Charité fraternelle. Un nom nouveau nous attend : un nom nouveau dans l’inattendu d’une mangeoire, une nouvelle Alliance dans l’inattendu de la Croix, une nouvelle Espérance dans l’inouï d’un tombeau vide.

À la suite de Jérémie, l’Espérance  tient dans cette conviction que Dieu, pour nous et pour plus que nous, offre en son Fils un “à-venir” : une rencontre pour une renaissance.

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