Désert 8 – Va sur la route déserte (Ac 8)

C’est avec le livre des Actes des Apôtres que nous découvrons notre huitième désert…

Rembrandt , le baptême de l'eunuque éthiopien par Phiippe,1650

Quitter Samarie

L’ange du Seigneur adressa la parole à Philippe en disant : « Mets-toi en marche en direction du sud, prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » 27 Et Philippe se mit en marche. Ac 8 26

Ce n’est pas exactement un désert mais une route déserte. Cependant la mention du sud, la direction de Gaza, plus loin l’évocation de l’Éthiopie, donnent une couleur de désert au cadre géographique. Loin des grands espaces désertiques, il existe aussi ces lieux déserts, c’est-à-dire inhabités et très peu fréquentés, ou mal fréquentés.

prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. Nous pouvons souligner la demande incongrue de l’Esprit-Saint à Philippe. Que faire sur une route déserte ? Lorsqu’il reçoit cette mission divine, Philippe est en Samarie, au nord de la Judée, où il a trouvé refuge après les persécutions à Jérusalem. Et la mission de Philippe prend là un tournant intéressant. Les vingt-cinq premiers versets de ce chapitre 8 évoquent le succès de l’Évangile. A la parole de Philippe, des Samaritains se convertissent, et la venue des Apôtres Pierre et Jean confirme et amplifie le triomphe de la Bonne Nouvelle.

Alors pourquoi le Seigneur, par l’Esprit, oblige-t-il Philippe à quitter, à déserter, le succès de la mission samaritaine, pour aller non vers une autre ville, pas même Jérusalem, mais sur un chemin désert vers le sud – qu’on pourrait traduire aussi en plein midi c’est-à-dire à l’heure la plus chaude où encore moins de monde peut s’y trouver ?

La voix de Seigneur résonne encore pour « secouer » son fidèle. Et Philippe se mit en marche.Comme Abraham (Gn 12) Philippe ne marque aucune hésitation. La parole de Dieu guide ses pas et sa vie. Le désert n’est donc pas pour Philippe un lieu de drame et de désolation. Il devient un lieu de mission. Mais pourquoi ? ou plutôt pour qui ?

Le désert de l’Éthiopien

Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer. Il en revenait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Approche, et rejoins ce char. » Philippe se mit à courir, et il entendit l’homme qui lisait le prophète Isaïe ; alors il lui demanda : « Comprends-tu ce que tu lis ? » L’autre lui répondit : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui. 8,27-31

Qui est ce personnage ? C’est un sympathisant du Judaïsme. Pieux, il revient de pèlerinage à Jérusalem. Lecteur croyant de la Parole de Dieu, il a en sa possession le livre du prophète Isaïe (ou une partie). C’est un homme de foi, et un homme riche ayant une bonne situation sociale et les moyens qui y correspondent comme le suggère la mention du char. C’est lui que Philippe doit rencontrer. Mais notre personnage est aussi un croyant seul, isolé et perdu : il n’a personne pour le guider. Il est le désert que Philippe doit rencontrer, ou plutôt l’homme déserté.

Car notre homme n’est pas seulement Éthiopien, il est surtout eunuque. Il ne pourra donner la vie. Il n’aura pas de descendance et donc ne peut accomplir cette parole du Seigneur : « Soyez féconds et multipliez-vous» Gn 1,28. Si la fécondité est comprise comme un commandement et une bénédiction de Dieu, on se doute bien que la stérilité était vue comme une malédiction. C’est bien d’ailleurs ce qui questionne notre Éthiopien en ce chemin désert.

Serviteur souffrant

Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche. Dans son humiliation, il n’a pas obtenu justice. Sa descendance, qui en parlera ? Car sa vie est retranchée de la terre. Prenant la parole, l’eunuque dit à Philippe : « Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ? De lui-même, ou bien d’un autre ? » Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus .8,32-35.

Ce serviteur souffrant, et énigmatique, d’Isaïe (Is 53,7-8), humilié et sans descendance, interroge notre éthiopien eunuque. Comme ce serviteur, sa vie est comme un désert. Sa situation aisée ne lui assurera pas son bonheur, et sa blessure ne lui permet pas d’accomplir la Loi. De plus, il ne pourra être pleinement ce croyant juif circoncis et lors de ces pèlerinages ; il restera en dehors de l’espace réservé aux seuls juifs. Peut-il être considéré juste aux yeux de Dieu, s’il ne peut accomplir tous ses commandements ?

Avec lui Philippe ouvre à frais nouveau la Parole de Dieu depuis Isaïe jusqu’au Seigneur Jésus-Christ. L’humilié sans descendance chanté par Isaïe c’est aussi – et peut-être surtout – le Messie même de Dieu, qui en Jésus est mort sur la Croix. Bafoué, mort de manière cruelle et injuste, sur un supplice symbole de malédiction… Pourtant ce serviteur souffrant du Golgotha est justifié par Dieu, glorifié par lui et révélé sauveur de tous les hommes. Dans le désert de l’Éthiopien, apparaît une source qui lui ouvre un avenir et une fécondité. Or, dans ce désert, il y a une source bien réelle : cette eau dans laquelle il sera baptisé.

Ethiopian Biblical Manuscript U.Oregon Museum Shelf Mark 10-844

Source féconde

Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque. Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe ; l’eunuque ne le voyait plus, mais il poursuivait sa route, tout joyeux. Philippe se retrouva dans la ville d’Ashdod, il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes où il passait jusqu’à son arrivée à Césarée. 8,37-40.

Rien n’empêche et n’empêchera ce baptême dans la foi au Christ pas même son état d’eunuque. Plongé dans la parole et le mystère du Christ, par Philippe serviteur ecclésial de l’Esprit, le désert devient fécond, la source baptismale fait renaître l’homme sec au salut et à la joie. Son chemin au désert se poursuit bien différemment. En Christ, il a trouvé la source de vie féconde.


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