Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Les ponts de l’Ascension (1)

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Si je vous parle du « jeudi de l’Ascension », il est fort probable que vous pensiez « jour férié » et peut-être « pont de l’Ascension ». Cette dernière expression est d’ailleurs bien étrange :  bâtir un pont pour une ascension, une montée, est-ce une bonne idée ?

Ascension, n.f.

Ascension, alpinisme

Ascension sociale ou professionnelle, ascension de l’Annapurna ou du Mont Blanc. Ascension due à ses compétences ou à son ambition, à la force de ses mains ou encore ascension en montgolfière. Le mot ascension recouvre dans notre vocabulaire plusieurs réalités mais qui concernent toutes la notion de montée, d’élévation physique ou imagée. Et puis évidemment pour notre « jeudi de l’Ascension », ce mot évoque la fête célébrant la montée de Jésus dans les cieux, quarante jours depuis sa résurrection fêtée au dimanche de Pâques, donc cette année 2019, le 30 mai. Et peut-être que toutes ces réalités sont liées comme le suggère Victor Hugo :

La création est une ascension perpétuelle,
de la brute vers l’homme, de l’homme vers Dieu.

Victor HUGO, Post-scriptum de ma vie, œuvre posthume 1901.

Les représentations

Ascension

C’est de cet étrange événement de Jésus s’élevant vers le cieux que nous allons parler durant 8 ou 10 épisodes, je ne sais pas encore. Jésus montant au ciel :dans l’imaginaire des enfants (ou même des adultes ) on se représente Jésus montant telle une fusée jusqu’au-dessus des nuages, c’est ainsi d’ailleurs que de nombreux peintres ont représenté l’Ascension.

Cette représentation est due au récit de l’Ascension dans l’évangile selon saint Luc Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel (Lc 24,51). Je cite ici l’évangile de Luc mais j’aurais également pu lire le récit des Actes des Apôtres (Ac 1,9) ou le verset de la finale de l’évangile selon saint Marc (Mc 16,19), ou d’autres passages. Car les récits sont multiples et donc divers voire différents. Nous verrons ce que chacun apporte à la compréhension de cet événement.

Les cieux et le divin

Giovanni Battista Cima, Dieu le père, XVI

Forcément avec notre pensée moderne axée sur la technologie la question du comment cela peut-il se faire se pose obligatoirement, surtout depuis la conquête des airs et de l’espace. Mais dans la pensée des rédacteurs et lecteurs du premier siècle qu’ils soient d’origine païenne ou juive, cela était différent. S’élever vers les cieux ne signifiait pas seulement ou uniquement une élévation spatiale mais une montée vers le monde du divin. Encore aujourd’hui on aime à se représenter Dieu, au ciel, au -dessus des nuages.

Effectivement depuis des millénaires, les cieux sont le domaine du divin, ce sont depuis les cieux que viennent les bienfaits ou les malheurs, pluie ou tempête. Mais surtout le ciel est l’espace inaccessible à l’homme. Le mythe d’Icare qui se fit des ailes pour rejoindre les cieux avant sa chute, rappelle à l’homme cet inaccessible. La Bible elle-même à travers des psaumes place le Seigneur, le Très-Haut, au-dessus de la voûte céleste, le Créateur étant distinct de la Création.

C’est ce que nous entendons dans le psaume 102 (103) le Seigneur a établi son trône dans les cieux, et sa royauté domine tout. Ou encore Le ciel est mon trône et la terre l’escabeau de mes pieds dit le Seigneur dans le livre du prophète Isaïe ? (Is 66,1), et je pourrais continuer ainsi. Il y a donc deux espaces, celui du divin céleste inaccessible à l’homme habitant le monde terrestre. Inaccessible, ne signifie pas pour autant qu’il ne peut y avoir de rencontre entre Dieu et les hommes, comme le pensait l’infortuné Job corrigé à ce propos par son ami Elifaz qui lui dit : Dieu n’est-il pas en haut des cieux ? Vois la voûte étoilée, comme elle est haute. Tu en as conclu: « Que peut savoir Dieu ? Peut-il juger à travers la nuée sombre ? Les nuages lui sont un voile et il n’y voit pas, il ne parcourt que le pourtour des cieux. » (Jb 22,12-14)

Descendre et monter

Sébastien Bourdon, Le buisson ardent, 17°s.

Effectivement, Dieu « descend » parfois sur la terre comme dans le jardin d’Éden quand le Seigneur se promenait dans le jardin à la brise du jour. (Gn 3,8), ou alors par l’envoi d’un messager ou d’un ange comme auprès du patriarche Jacob (Gn 32) ou de Moïse au buisson ardent (Ex 3,2). Les exemples ne manquent pas. De même, les montagnes comme le Sinaï pour ce même Moïse ou le prophète Élie (1R 19) seront des lieux privilégiées pour la rencontre, au sommet, entre Dieu et les hommes. La naissance et la venue de Jésus, le Fils de Dieu, sont également perçues comme une descente divine parmi son peuple notamment dans l’évangile de Jean : Le Verbe (de Dieu) s’est fait chair et il a habité parmi nous (Jn 1,14) et plus loin Jésus déclare : Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé (Jn 6,38).

Si la descente de Dieu ou de son messager parmi les hommes nous est contée de manière récurrente dans la Bible, la montée du croyant vers Dieu, vers les cieux, est plutôt rare. En dehors de Jésus, le Fils de Dieu, seuls deux hommes ont bénéficié d’un tel privilège, ce sont le patriarche Hénoch (Gn 5,24) et le prophète Élie (2R 2,11).

D’autres ascensions

Elie et le char de feu, Giuseppe Angeli, 1750

Je reviendrai la prochaine fois sur ces ascensions d’Hénoch et d’Élie mais aussi d’autres élévations célestes décrites dans la littérature juive du Premier siècle. Ils constituent un cadre de référence pour le rédacteur et le lecteur. Effectivement, lorsque les premiers chrétiens évoquent l’Ascension de Jésus après sa résurrection, ils ne peuvent ignorer ces récits anciens. Nous commencerons donc par ces écrits qui précèdent l’événement de l’Ascension du Christ avant de nous intéresser au témoignage de saint Paul, puis de chaque évangéliste, dans la manière qu’ils ont de raconter l’Ascension, ou justement de n’en rien dire.

Bien évidemment nous gardons en tête la vraie question : pourquoi monter au ciel ? que signifie aujourd’hui encore l’Ascension vers Dieu et le ciel ? Pour cela nous aurons besoin de chars, de nuées, ou d’anges, ou d’échelles mais bien plus encore nous devrons construire des ponts entre ces récits : les véritables ponts de l’Ascension.

Références et citations

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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