Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Assis à la droite de Dieu (3)

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Qui n’a jamais rêvé de monter en grade, ou dans l’estime de son entourage, de gagner en popularité. C’est un réflexe bien humain… L’ascension de Jésus serait-elle de cet ordre : une récompense pour ses actes méritoires ? Si tel est le cas, sommes-nous concernés par ce petit miracle ?

L’épisode précédent nous avait fait entendre les récits d’ascensions bibliques d’Élie et Hénoch, et ceux de la littérature apocalyptique de Pinhas et Esdras. Nous avions vu que ces rares ascensions auprès de Dieu venaient réhabiliter le juste dans son innocence, ou le rétribuer pour sa fidélité dans les épreuves. Mais s’agit-il d’une réhabilitation ou d’une juste récompense qui ferait de l’Ascension de Jésus une ascension au mérite ?

Une autre ascension

Gaudenzio Ferrari, Christ Ressuscité,1550

Pour commencer, il nous faut revenir sur quelques éléments qui distinguent les récits bibliques d’ascension comme pour Élie ou Hénoch de l’Ascension du Christ. Le premier élément, et non des moindres, concerne la mort de Jésus. Effectivement, Hénoch, Élie et les autres furent enlevés au ciel de leur vivant. Or, Jésus a connu la mort sur la croix. Son ascension est liée à ce fait et à la résurrection. La croix est pour ainsi dire le point de départ de l’Ascension du Christ. Quant à la destination, elle est pour Jésus plus précise que celle d’ Élie, d’Hénoch et des autres s’élevant dans la demeure céleste de Dieu.

Assis à la droite de Dieu

Au terme de son Ascension, Jésus est « assis à la droite de Dieu »., une expression que l’on retrouve souvent (25 fois) dans les Écritures du Nouveau Testament à propos de l’Ascension de Jésus. Avant de revenir à quelques-uns de ces passages, on peut déjà noter que beaucoup d’entre eux font allusion ou référence au psaume 109(110) : Oracle du Seigneur à mon seigneur : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. ». Ce Psaume chantait à l’origine la grandeur du souverain intronisé sur le royaume de Juda. Plus tard, notamment à l’époque de Jésus, il évoque la figure du Messie attendu, le juge des temps dernier, le juge eschatologique, et sa victoire sur le mal. Jésus cite lui-même ce psaume dans les évangiles (Mt 22,44 ; Mc 12,36 ; Lc 20,42) pour évoquer justement l’identité du Christ.

Depuis la croix

Guido Reni, Le Christ ressusicté embrassant la croix, 1621

L’Ascension de Jésus à la droite de Dieu, manifeste donc, non pas seulement une réhabilitation ou une rétribution, mais, et c’est ce que les passages et récits vont souligner, la place qu’il lui revient dès l’origine. Il est désormais assis à la droite de Dieu, place qui lui confère une autorité souveraine et divine. Cela peut nous paraître logique pour ce fils de Dieu et Messie. Cependant l’affirmation selon laquelle Jésus est désormais assis à la droite de Dieu, ne peut se comprendre indépendamment de la croix, c’est-à-dire de son abaissement. Celui que les hommes ont rabaissé au rang des coupables, Dieu l’exalté dans sa seigneurie comme en témoigne le l ivre des Actes des Apôtres, lorsque Pierre s’adresse aux membres du sanhédrin  :

Ac 5 30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. 31 C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés.

L’Ascension n’est donc pas une fin mais un commencement, celui du règne salvateur du Christ. Le Christ élevé joue encore un rôle dans l’histoire des hommes, une action de salut qui demeure dans la logique folle de la Croix. L’Ascension à la droite de Dieu n’est donc pas un fait miraculeux qui s’ajouterait à d’autres comme pour compléter une liste des récits extraordinaires concernant la vie de Jésus. L’Ascension telle que l’envisage les premiers chrétiens, ceux qui nous ont laissé leur témoignage de foi, est un message qui nous est destiné. Nous sommes concernés par cette élévation céleste, comme l’évoque une fois encore le livre des Actes des Apôtres :

Ac 2 32 Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins.33 Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

La foi au Fils crucifié

Le plus ancien témoignage nous est livré par saint Paul qui nous rappelle combien l’Ascension ne peut être séparé du mystère de la croix. En l’élevant auprès de lui, Dieu manifeste qu’en lui et jusque sur la croix, l’amour de Dieu s’y révélait. Ainsi paradoxalement, l’Ascension du Christ nous appelle à vivre dans l’humilité. Son élévation n’a de sens qu’à l’aune de son abaissement comme Saint Paul en témoigne dans sa lettre aux Philippiens :

Ph 2, 5 Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, 6 ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. 7 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, 8 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. 9 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, 10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, 11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

L’élévation dans l’amour

Cependant, l’Ascension n’a pas seulement une valeur exemplaire. Dans sa lettre aux Romains, Paul rappelle que l’élévation du Christ auprès de Dieu lui confère un rôle salvifique à l’égard de son peuple. Il devient celui qui intercède, c’est-à-dire qui devient notre juge et notre défenseur y compris, et surtout, dans les épreuves.

Rm 8, 33 Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : 34 alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : 35 alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? 36 En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. 37 Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés.

Francesco Cairo, Trinité, 1630

L’Ascension manifeste ainsi l’amour gratuit de Dieu pour son fils, et l’amour gratuit du fils pour les croyants. Il n’intercède pas pour les plus méritants uniquement, mais pour les humiliés à cause de son nom. L’Ascension signe sa victoire sur la mort, l’injustice et la haine dont nous-mêmes pouvons être victimes. Sa place à la droite de Dieu est cette place destinée au juge des temps dernier mais ici, non pour nous condamner mais pour nous élever à la hauteur de son amour.

L’Espérance du salut

Son ascension désigne le but ultime auquel chacun est appelé. Non les mondanités d’en-bas, non le rabaissement dont les hommes sont capables, mais il désigne notre relèvement, notre vie de baptisés-resuscités à l’amour de Dieu, comme le dit la lettre aux Colossiens :

Col 3, 1 Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. 2 Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.

L’Ascension de Jésus n’est donc pas un simple événement miraculeux, ni un phénomène extraordinaire qui ne le concernerait que lui seul et le Père. Comme nous le verrons bientôt avec les récits des évangiles, l’Ascension du Crucifié-Ressuscité est destiné à nourrir et convertir notre vie d’ici-bas.

Références et citations

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