Pâques, un chemin déroutant

  • Post published:mercredi 22 avril 2020
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3ème dimanche de Pâques (A)
Lc 24,13-35

Après la pierre du tombeau, la maison des disciples, l’évangile de ce dimanche nous envoie sur un chemin, celui qui mène à Emmaüs. Je ne ferai pas de commentaire détaillé de cette page d’évangile – vous le suivez en ce moment pas à pas, en podcast – mais je veux m’intéresser à ce ‘personnage’ qu’est ce chemin.

Dans l’évangile de Luc, les chemins sont nombreux : chemins de Galilée, voies maritimes sur la mer de Tibériade, route menant à Jérusalem, sans compter ces bords du chemin des paraboles … jusqu’à cet ultime trajet menant à Emmaüs. Sur ce dernier chemin, on passe plus de temps qu’à la maison des disciples et qu’à l’entrée du tombeau vide. Ce chemin mène à Emmaüs mais nous n’y resterons pas.  Il faudra faire demi-tour, reprendre la route et changer de cap. Emmaüs ne sera pas la destination finale, pas plus que la maison des disciples. Pâques a tout bouleversé.

Chemin des Écritures

Franz de Paula Ferg, vers Emmaus, 1740

Si les disciples cheminent vers Emmaüs c’est tout en dialoguant ou plutôt en discutant sévèrement. Le chemin d’Emmaüs est houleux, difficile, rocailleux, sans doute à l’image du chemin de nos vies qui rencontre parfois des difficultés. Les premiers pas sont lourds, rendus pénibles par le poids injuste de la croix du Christ. Celle -ci a – pour nos deux marcheurs –  mis à mal un autre chemin ; celui qu’ils faisaient plein d’espérance à la suite de Jésus – je vous renvoie encore aux épisodes du podcast concernant cet aspect. Cléophas et son compagnon de route parlent, débattent, expriment leurs incompréhensions…  mais ils devront aussi écouter un troisième homme : Celui qui leur ouvre la route des écritures. Et plus il leur parle, plus ils devront se défaire de leur apriori, de leurs idées toutes faites. La marche de la révolte devient compagnonnage des Écritures. Leur cœur hier meurtri est devenu cœur brûlant, peu à peu, pas à pas. Ils pensaient avoir écrit le mot « Fin » et voilà que tout recommence mais autrement…

Chemin d’une rencontre invisible

Sur ce chemin, Jésus se fait entendre, mais ils ne le voient pas. C’est plus tard qu’ils sauront qu’il était présent à travers sa Parole. Ils comprendront qu’il s’est manifesté d’une manière furtive dans le geste de la fraction pain pour mieux encore disparaître à leurs yeux. L’accent de ce récit est véritablement mis sur la Parole, mais une Parole qui se fait rencontre et dialogue. Elle vient rétablir ici, la paix, et réunir les disciples. L’invisible n’est donc plus l’absence et la fin, ici c’est même tout le contraire. Le Christ ressuscité, glorifié est bien présent et c’est dans cet invisible que résonne mieux sa Parole. C’est déroutant. Toujours déroutant.

Chemin de conversion

Duccio, les disciples d'Emmmaüs, 1300

Demi-tour. Immédiatement, en pleine nuit. Ils n’ont pas le temps de s’arrêter, ni même de garder tout cela pour eux-mêmes. Le pire serait de s’installer, de se raconter mélancoliquement l’histoire en boucle, sans en tirer la leçon, sans être poussés par sa Parole vivante. Le pire serait de rester là, à table pour en récolter les saintes miettes, nostalgiquement, sans être réveillé par ce pain partagé. Alors, ils repartent mais pas comme avant. Ils reviennent en arrière mais non par nostalgie. Le chemin ne sera plus le même, car toujours différent et même déroutant. Ainsi, ils étaient partis en se séparant, désormais ils accourent nuitamment pour se rassembler et apporter une nouvelle, une bonne nouvelle et d’abord à leurs frères et sœurs restés à la maison. Et Il les a déjà devancés : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » Déroutant ! Sur ce chemin, le Ressuscité nous devance, toujours et toujours déroutant, toujours pour aller ailleurs.

Et si vous ne l’avez pas encore entrepris, je vous invite à vous rendre sur le chemin d’Emmaüs en podcast.

François BESSONNET

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).