A Capharnaüm, guérison d’un possédé (Lc 4,31-37)

Parallèle : Mc 1,21-28 

Après Nazareth, d’où Jésus fut rejeté manu militari, l’évangile nous amène à Capharnaüm, petit village du bord de Lac de Galilée, témoin d’une série de miracles.

Jésus, exrocisme d'un homme possédé à Capharnaüm

Capharnaüm, le jour du sabbat (4,31-32)

4, 31 Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait, le jour du sabbat. 32 On était frappé par son enseignement car sa parole était pleine d’autorité.

Une parole pleine d’autorité

L’introduction à ce récit n’est pas sans rappeler celle du passage précédent : un jour de sabbat, Jésus enseigne, enseignement qualifié ici de parole d’autorité. Cette expression vise à reconnaître dans les discours de Jésus, un discours qui, par ses arguments, suscite l’étonnement, l’intérêt, le débat ou la conversion. De manière narrative, cette autorité (exousia, ἐξουσία) des paroles de Jésus s’oppose à celle du diable. Ce dernier offrait à Jésus, le pouvoir (4,6 exousia, ἐξουσία) sur les royaumes et pour la gloire des hommes. Ici, l’autorité de Jésus s’exprime dans cette lutte contre le mal,  pour faire advenir la bonne nouvelle (4,18). Dans l’évangile de Luc, cette autorité de Jésus manifeste l’avènement du temps messianique : elle est évoquée pour le pardon (5,24), la guérison et la lutte contre les esprits impurs (9,1 ; 10,19) et est associée au jugement eschatologique (12,5 ; 22,53). Ce même mot exousia (ἐξουσία) encadre ce récit d’exorcisme (4,32.36).

Synagogue de Capharnaüm (IVe s.) aquarelle

Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? (4,33-35)

4, 33 Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par l’esprit d’un démon impur, qui se mit à crier d’une voix forte : 34 « Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » 35 Jésus le menaça : « Silence ! Sors de cet homme. » Alors le démon projeta l’homme en plein milieu et sortit de lui sans lui faire aucun mal.

Une opposition

L’épisode décrit reprend de nombreux points présents dans l’évangile selon Marc, à savoir : la guérison d’un homme possédé par un esprit impur (Mc 1,21-28 commenté). Cependant, situé juste après la prédication à Nazareth, l’épisode reçoit un sens un peu différent. Exit d’ailleurs la présence des scribes tandis que la guérison de l’homme voit le démon sortir de lui.

Comme à Nazareth, la synagogue devient le lieu de contestations. Là se tient un homme à l’esprit impur que tout oppose à Jésus, établi dans l’Esprit saint. L’homme crie alors que Jésus enseigne (4,31). A la parole de salut, évoquée à Nazareth (4,16-21), s’oppose une parole de perdition : es-tu venu pour nous perdre ? Au cri, Jésus invoque le silence. Ainsi, en tout, l’homme possédé se distingue de Jésus.

L’esprit d’un démon impur

Comme en Marc, l’homme possédé désigne Jésus par un titre divin et messianique : le saint de Dieu. L’esprit du démon impur reconnait en lui le juge eschatologique venu combattre le mal et l’injustice. Il rejoint en cela la figure du diable évoqué lors des tentations. Diable, démons,… représentent, chez Luc, l’ensemble des puissances qui s’opposent au dessein de Dieu et surtout à son messie humble.

Plusieurs fois, ces démons désignent Jésus par un titre messianique : Fils de Dieu (4,41) ou Fils du Dieu Très-Haut (8,27), titre associé au temps du jugement eschatologique, supposé terrifiant, comme le laisse entendre justement la question de l’homme possédé : que nous-veux tu ?

Le récit porte en lui un caractère programmatique et indique, à juste titre, combien l’avènement de la bonne nouvelle, terme définissant une victoire, est aussi un combat contre la multiplicité du mal, et dont le point commun sera la domination des uns sur les autres. Ce n’est pas un hasard, si le premier acte de Jésus concerne un homme possédé : c’est-à-dire dépossédé de sa liberté, dominé ici par un démon à l’esprit impur.

L’homme retrouvé

Un combat est annoncé mais les armes sont bien étranges. L’autorité de Jésus se manifeste clairement et demeure dans sa parole : aucun geste, aucune prière… deux seules injonctions : silence ! Sors ! La parole de Jésus est victorieuse du mal.

Le récit opère alors un renversement en s’intéressant davantage à l’homme et à son salut. La parole de Jésus vient donc redonner à l’homme sa véritable liberté de créature de Dieu. Il est redonné à lui-même, dépossédé, délivré ; tandis que le démon le projette comme une vulgaire marchandise. L’homme est désormais délivré mais aussi en plein milieu comme s’il avait rejoint le cœur de l’assemblée écoutant les paroles de Jésus.

©Photo. R.M.N. / R.-G. OjŽda - Riches Heures de Berry -XVs. - Guerison epileptique

Quelle est cette parole ? (4,36-37)

4, 36 Tous furent saisis d’effroi et ils se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! » 37 Et la réputation de Jésus se propageait dans toute la région.

Avec autorité et puissance

La synagogue ne s’y méprend pas et permet à Luc de nous offrir une interprétation : la parole de Jésus, le saint de Dieu, est une parole de Salut qui vient délivrer Israël et les nations. Les esprits impurs sortent, comme on évacue un ennemi de son royaume.

Si à la synagogue de Nazareth, Jésus a été sorti, il affirme ici dans une autre synagogue la puissance de sa Parole de grâce, qui fait sortir ce démon du dedans de l’homme sans lui faire de mal. Les épisodes sont donc à mettre en parallèle voire en opposition avec le récit précédent : les Nazaréens veulent précipiter Jésus du haut de la colline, tandis que Jésus relève et restaure l’homme possédé. À une volonté de mort, Jésus répond par un don de vie.


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François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée). cf. bio