La belle-mère de Simon (Lc 4,38-44)

Parallèles : Mc 1,29-39 et Mt 8,14-17

Nous restons à Capharnaüm avec ce qui suivant nous mène aussitôt à la maison de Simon-Pierre. Luc se différencie de l’évangile de Marc (Mc 1,29-39 commenté). Ce dernier nous présentait cet épisode après l’appel des disciples (Mc 1,14-20). Dans l’évangile de Luc, la guérison de la belle-mère de Pierre, avec l’exorcisme de la synagogue, précède l’appel des pécheurs de Galilée (5,1-11).

Christ guérissant la Belle-mère de Simon Pierre, John Bridges, 1839

La maison de Simon-Pierre (4,38-39)

4,38 Jésus quitta la synagogue et entra dans la maison de Simon. Or, la belle-mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle. 39 Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. À l’instant même, la femme se leva et elle les servait.

Une forte fièvre

La guérison de la belle-mère de Simon-Pierre ouvre cet épisode qui se déroule en trois temps : la guérison le jour du sabbat, d’autres guérisons le soir et au lendemain le départ obligé.

La première scène est rédigée d’une manière particulière dans cet évangile. Alors que chez Marc, Jésus sait la femme par la main et la fait se lever (Mc 1,31), ici il menace la fièvre. Le récit ressemble ici davantage à un récit d’exorcisme. La guérison de la belle-mère de Simon n’est donc pas sans lien avec ce qui précède, comme le montrera aussi la suite de ce passage. Luc insiste, une fois encore, sur le caractère performatif de la Parole de Jésus qui vient délivrer la femme de sa maladie. La forte fièvre indique un état inquiétant, pouvant mettre en danger la vie de la personne. Une fois encore, dans cette narration particulière, Jésus se penche pour mieux s’intéresser à la personne souffrante et la faire se lever, signe d’un retour à la vie.

Rembrandt, guérison de la belle-mère de Pierre, XVIIe s.

Au coucher du soleil (4,40-41)

4, 40 Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. 41 Et même des démons sortaient de beaucoup d’entre eux en criant : « C’est toi le Fils de Dieu ! » Mais Jésus les menaçait et leur interdisait de parler, parce qu’ils savaient, eux, que le Christ, c’était lui.

C’est toi le Fils de Dieu

La Bonne nouvelle annoncée (4,16) offre ainsi la vie aux malades et aux infirmes accomplissant pour une large part les versets d’Isaïe : Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés.

L’annonce de cette Bonne Nouvelle s’exprime une fois telle une délivrance des démons. Luc emploie à nouveau le verbe menacer (épitimao, ἐπιτιμάω ) pour souligner davantage la puissance de sa parole sur le mal. L’évocation du soir souligne aussi cette victoire au sein des ténèbres.

Comme dans l’épisode précédent, les démons sortent, désignant Jésus comme Fils de Dieu. Cependant Jésus interdit de parler de lui en ces termes de Fils de Dieu et Christ. Ces titres, pour être véritablement compris et proclamé par les hommes, devront attendre la passion qui leur donnera leur véritable sens. Comme Jésus l’indiquera aux disciples d’Emmaüs : 24, 26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?

Illustration, 1869

Quand il fit jour (4,42-44)

4, 42 Quand il fit jour, Jésus sortit et s’en alla dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui, et elles le retenaient pour l’empêcher de les quitter. 43 Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » 44 Et il proclamait l’Évangile dans les synagogues du pays des Juifs.

Aux autres villes

La scène n’est pas sans évoquer les récits de résurrection : au jour, on cherche Jésus et on essaie de le retenir (24,5.24.29) Mais, dans notre contexte, elle peut aussi nous rappeler la récente prédication de Jésus à la synagogue de Nazareth. D’une autre manière, moins controversée, les foules essaient de garder Jésus, chez eux, pour eux, voulant l’empêcher de les quitter.

La scène permet à Luc de souligner le caractère universel de l’Évangile qui n’est pas destiné à un seul groupe mais à d’autres villes. Il s’agit d’un impératif : il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu.


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François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).