Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Le pharisien et le publicain (Lc 18,9-14)

Évangile du 30ème dimanche ordinaire (année C)
Lc 18,9-14

La parabole précédente de la veuve et du juge appelait à tenir dans les épreuves, à prier sans se décourager. Évidemment c’est une phrase bien plus facile à écrire qu’à vivre. La parabole de ce jour nous fait comprendre l’importance de cette prière. Avec celle de la veuve, l’évangéliste définit la prière non comme la solution, ni même comme un moyen de négociation, mais comme un cri de foi. Avec cette parabole du pharisien et du publicain elle est maintenant décrite comme un lieu de vérité et de rencontre salutaire.

ATTENTION un autre passage d’évangile sera proclamé en France lors de ce dimanche en raison de la fête de la Dédicace des églises au 27 octobre. Un autre article paraîtra vendredi à ce propos.

Au temple

Lc 18 9À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : 10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).

James Tissot, Le pharisien et le publicain, 1894

Le verset introductif permet à l’évangéliste de préciser un des points auquel la parabole de la veuve et du juge n’avait peut-être pas répondu. Si la veuve a fait entendre sa prière, nous ne savons rien du jugement et son verdict. Les deux paraboles se succèdent avec pour points communs la prière et l’opposition de deux personnages. Ici le cadre est d’ordre cultuel. Nous sommes au Temple, lieu sacré de la présence divine. La prière au Temple est l’occasion de connaître la « plaidoirie » de deux hommes face au Seigneur. Dans cette section de l’évangile, Luc fait de la prière un prétexte à une réflexion sur le jugement et la justification. Qu’est-ce que cela signifie « être juste » aux yeux de Dieu ?

Être juste

Être juste peut se comprendre de diverses manières qui ne sont pas incompatibles. Est déclaré juste celui qui œuvre pour la justice et le bien. Mais dans le langage biblique est juste celui qui est « ajusté » à la volonté du Seigneur, celui qui demeure fidèle à la Parole de Dieu et ses commandements. Ainsi, on se souvient de Noé (Gn 6,9 qui fut un homme juste, parfait. Noé marchait avec Dieu.)… et d’Abraham (Gn 15,6 qui eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste). Être juste c’est être garanti d’un salut (comme à travers le déluge) et d’une bénédiction divine pour soi et sa maison.

Le choix des personnages dans cette parabole va dans ce sens. Le pharisien est un homme qui met un soin scrupuleux à suivre, dans la foi, les volontés du Seigneur à travers ses lois et commandements. Mais le collecteur d’impôt est un juif qui met ses compétences au service du pouvoir romain. Il collecte l’impôt auprès de ses coreligionnaires au bénéfice de Rome en prenant, en sus, sa libre part de rémunération selon ses besoins ou ses envies. Autant dire qu’il n’est pas bien vu parmi les autres Judéens ou galiléens. Sa proximité avec le monde païen fait de lui un homme infréquentable pour les justes.

La prière du pharisien

11 Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. 12 Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” 13 Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”

Le pharisien peut être satisfait de ses actes. Il remercie le Seigneur car sa pratique fidèle de la Loi, comme le jeûne ou l’offrande, lui permet de se « sentir » ajusté à Dieu, et loin du péché. Il a bien agi et se situe du bon côté, celui que de la faveur et de la bénédiction divine et non du côté du mal et du péché. D’une manière rationnelle et objective, le pharisien est « bon » et « juste » et cela grâce à sa fidélité aux commandements.

La prière du publicain

L’attitude du pécheur pharisien est décrite de manière opposée. Il est à distance. Si le pharisien se tient debout, les mains levées aux ciel comme tout bon priant, le collecteur d’impôt baisse les yeux dans une attitude de contrition. Et sa prière est courte, concise. Les mots sont rares mais pleins de vérité.

Là est la différence. La prière du Pharisien se contente d’un « JE NE SUIS PAS comme… » et d’une liste de bonnes œuvres exprimée dans ce ‘JE FAIS…’. Son action de grâce n’a que JE pour sujet. Il ne manque qu’une chose à sa prière, une chose que le publicain livre pleinement : un JE SUIS et un TU FAIS. Un aveu, un regard plein de vérité sur lui-même, sur ce qu’il a de plus lourd et de moins avouable.

Pourtant pécheur, il sait qu’il ne peut compter que sur Dieu, que Lui seul pourra le sauver. Le pharisien identifiait son salut à ses bonnes actions. Le publicain reconnaît humblement son Salut dans la seule action miséricordieuse de Dieu. Le riche collecteur d’impôt livre ici sa pauvreté d’homme et d’âme. Face à Dieu, il se sait pécheur, mais espère que le Seigneur aura un regard bienveillant à son encontre. Là est toute sa foi.

L’homme juste

14 Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Par définition l’homme juste s’oppose au pécheur, car il est celui qui marche dans les voies du Seigneur (Gn 6,9), et est accordé à sa volonté et à ses lois (Ez 18,5). La parabole de Jésus, propre à l’évangéliste saint Luc, renverse une fois de plus les perspectives. Car selon les pharisiens, leur fidélité à la Loi leur garantit d’être des justes, à l’inverse de ces pécheurs et publicains. Or voilà qu’un de ces derniers est déclaré juste uniquement en raison de sa prière. À l’inverse le pharisien qui a mis tout en œuvre pour obéir à la volonté du Seigneur, y compris dans l’aumône et la charité, ne reçoit pas ici le titre de juste.

Cela est inconcevable et voire même scandaleux. À quoi bon tant faire, si rien qu’une prière de pécheur (qui plus est, collecteur d’impôt) rend juste ? Mais les actes du pharisien ont plus nourri son arrogance que sa foi et sa miséricorde envers le pécheur. Sa rectitude est même devenue un mur de mépris qui ne laisse rien passer aux autres. Le publicain de la parabole ne peut donc compter que sur Dieu seul, Celui qui entend son mal-être et son désir d’obtenir sa faveur. L’accès à la justice ne se mesure donc plus aux œuvres bonnes, mais à l’humble sincérité d’une seule : la foi en la grâce à Dieu.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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