Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Le Dieu des Vivants (Lc 20,27.34-38)

Évangile du 32ème dimanche ordinaire (année C)
Lc 20,27.34-38

Après l’épisode de Zachée à Jéricho, Luc nous a fait parvenir à Jérusalem après nous avoir fait entendre la parabole des mines (19,11-27). L’entrée triomphale dans la ville (19,28-44) est aussitôt suivie de la purification du Temple (19,45-48). Un drame s’installe. Comme dans l’évangile de Marc, Jésus est alors assailli de questions pièges à propos de son autorité (20,1-8) dont la contestation ultime est annoncée par la parabole des vignerons homicides (20,20-26). Le débat se poursuit avec l’interrogation sur l’impôt à César (20,20-26), la résurrection et la Loi. Le passage de l’évangile de ce dimanche appartient à cette confrontation entre Jésus avec les sadducéens sur la résurrection des morts à laquelle ils ne croient pas.

Des Sadducéens

Lc 20 27 Quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus 28 et l’interrogèrent [ …] 34 Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. 35 Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari,36 car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.

Bien évidemment, sans avoir entendu la question des sadducéens, la réponse de Jésus paraît étrange. Rappelons que les sadducéens ont soumis à Jésus le cas hypothétique d’une femme qui, suite à leur décès successif, a épousé sept frères.

« Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » (Lc 20,28-33)

Scribes et pharisiens questionnant Jésus, Tissot,1894

Leur question : à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? n’en est pas une. Elle vise à montrer l’absurde théorie de la résurrection (à leurs yeux). Les sadducéens critiquent ici l’idée de résurrection tel un retour à la vie ‘comme avant’. Cette croyance était partagée par les pharisiens qui eux croyaient en cette résurrection aux jours derniers. Mais la Résurrection de Jésus viendra bouleverser toute compréhension antérieure et le récit évangélique évoque cette nouveauté.

Être digne d’avoir part

Jésus répond aux Sadducéens en décrivant d’abord la Résurrection non pas comme une ‘machine’ à revivre mais comme une élection. Avoir part à la Résurrection c’est être appelé à vivre dans un monde nouveau. Elle est un don gracieux et une promesse. Les Sadducéens évoquaient la résurrection après la mort. Ici, Jésus évoque une participation à un monde à venir et à la résurrection d’entre les morts. Le discours de Luc indique ainsi que la Résurrection est déjà agissante dans la vie du croyant et ne limite pas à une vie après la mort.

L’étrange affirmation

Jean-François Portaels, 1869, Esther

Pour les Sadducéens, comme pour tous leurs contemporains juifs, il était un devoir vital pour le croyant de prendre femme ou mari en vue de la procréation, c’est-à-dire en vue de donner la vie. Les enfants garantissaient la pérennité de l’héritage matériel et spirituel, c’est-à-dire la pérennité de la foi d’Israël et de l’Alliance.

L’affirmation de Jésus : ils ne prennent ni femme ni mari,36 car ils ne peuvent plus mourir apparaît comme une véritable provocation et un non-sens. En effet, ne prendre ni femme, ni mari, c’est bien refuser la procréation, c’est-à-dire le don de la vie et le commandement du Seigneur : Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre (Gn 1,28). Prise au pied de la lettre, la parole de Jésus équivaut justement à la disparition du peuple des croyants. Prise au pied de la lettre, la phrase ‘ils ne peuvent plus mourir’ paraît même abracadabrantesque. Et l’expérience montre bien qu’on « meure encore ».

Ressusciter aujourd’hui

Alors que comprendre en définitive de cette résurrection ? Jésus essaie ici de déplacer la croyance en la résurrection d’une compréhension trop mécanique. D’une part la Résurrection est ramenée dans le présent et l’aujourd’hui du croyant appelé à une vie nouvelle : ils sont (et non ils seront) … semblables aux anges. Enfin Jésus oriente ses auditeurs non vers le quotidien terrestre et mondain, mais vers le Ciel, c’est-à-dire vers la volonté de Dieu, en évoquant les anges. Enfin, en révoquant maris et femmes, Jésus renvoie les sadducéens vers un autre lien ou plutôt à une autre alliance : celle de Dieu et son peuple. C’est lui qui agit et garde les siens dans sa vie : (désormais) ils ne peuvent plus mourir.

Résurrection et enfantement

Mais pour Jésus, la Résurrection n’est pas de l’ordre d’un retour au passé ‘de qui cette veuve aux sept maris sera-t-elle l’épouse ?’ mais d’une nouvelle existence : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. La Résurrection ne peut plus être définie comme un « retour » à la vie  mais comme une « entrée » dans la Vie, à l’image d’un enfantement. La comparaison avec les anges invite à voir dans cette renaissance, une proximité avec Dieu. Être enfant de Dieu et enfant de la résurrection est une même réalité. La résurrection a déjà commencé pour qui se laisse enfanter à Dieu et à sa grâce, chaque jour.

Tous vivent pour lui

Lc 20 37Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.38 Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

La Résurrection est œuvre permanente de Dieu… Ce Dieu que les sadducéens avaient omis dans leur question-piège destinée à Jésus, jésus le donne à contempler ici. Ressusciter, tel que le révèle son Fils, c’est vivre de Dieu, et vivre pour Lui, dans le présent même du croyant, enfant de Dieu à jamais. Le matin de Pâques ouvrira sur une cette nouveauté alors insaisissable : il est vivant et nous fait vivre, celui que Dieu a ressuscité.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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