La prédication de Jean le baptiste : Que devons-nous faire ? (Lc 3,7-14)

3ème dim. de l’Avent (C) Lc 3,10-18

Après la présentation de Jean (3,1-6), Luc nous fait entendre la voix du baptiste. D’abord, lors d’un dialogue avec ceux qui sont venus le voir (3,7-14) et, par la suite, à l’occasion d’un discours sur le Messie (3,15-18), avant son arrestation (3,19-20).

Pour les questions historiques concernant Jean et son baptême, se reporter au dossier : « Jean le baptiste : de l’histoire aux évangiles. »

Alessandro Allori, La prédication de Jean le baptiste, 1603

Engeance de vipères (3,7-9)

3, 7 Jean disait aux foules qui arrivaient pour être baptisées par lui : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? 8 Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion. Ne commencez pas à vous dire : “Nous avons Abraham pour père”, car je vous dis que, de ces pierres, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. 9 Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »

La colère qui vient

Les dialogues entre Jean et ses visiteurs sont construits autour de trois interrogations (3,10-14). Mais celles-ci sont d’abord précédées de ce discours virulent à la foule (3,7-9). Le ton est typique des discours prophétiques comme ceux de Sophonie, d’Isaïe, d’Ézéchiel et bien d’autres.

  • So 2, 1 Serrez-vous, entassez-vous, nation sans désir, 2 avant que vous soyez chassés comme la paille qui disparaît en un jour, avant que vienne sur vous la brûlante colère du Seigneur, avant que vienne sur vous le jour de la colère du Seigneur. 3 Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.
  • Is 13, 9 Voici venir, implacable, le jour du Seigneur, la fureur et l’ardente colère, pour faire de la terre un lieu désolé, pour en supprimer les pécheurs.

Luc tient à souligner cette stature prophétique de Jean, porte-parole de Dieu annonçant le temps du jugement eschatologique et la venue de son messie. Cette colère divine annoncée doit se comprendre d’abord, comme il en est chez les prophètes, tel un appel à la conversion et à se préparer à ce jour. Le souci du croyant juif, face au jugement divin, est d’être trouvé juste afin d’obtenir le salut, pour faire face au verdict de Dieu que subiront, en premier, les impies et les nations païennes. Luc, à travers Jean, montre que l’appartenance au peuple de Dieu, enfants d’Abraham, ne représente plus une condition suffisante et nécessite les fruits, c’est-à-dire les actes et les attitudes qui doit en découler. Bien, plus, en soulignant que Dieu peut faire surgir de vulgaires pierres, arides et sans vie, des enfants à Abraham, il annonce déjà la portée universelle du salut, en raison d’abord de la grâce de Dieu et non de l’héritage des pères. Ainsi, Jean le baptiste invite à la conversion cette engeance de vipères pour devenir enfants d’Abraham, par grâce, produisant de bons fruits.

Adam van Noort, La prédication de Jean le baptiste,1601.

Aux foules, aux publicains et aux soldats (3,10-14)

3, 10 Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? » 11 Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » 12 Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » 13 Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » 14 Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »

Des présents, des absents

La parole de Jean suscite alors une série de questions : que devons-nous faire ? Autrement dit : que devons-nous faire pour être trouvés justes devant Dieu et son jugement ? Luc présente trois catégories de personnages tandis que d’autres ne sont pas évoqués, tels les sadducéens ou les pharisiens. Jean prône une conversion dont ces derniers n’ont nul besoin. Les sadducéens ont l’assurance du Temple et ses sacrifices, les pharisiens ont l’assurance de la Loi de Moïse et des règles de pureté.

Le choix du public présent auprès de Jean représente donc ceux qui ressentent ce besoin vital d’être en véritable adéquation avec Dieu et accueillir son pardon par le baptême. Et cela, en dépit de leur vie-même qui les écarte du Temple et de la Loi :  publicains et soldats.

La foule, les publicains, les soldats

L’ordre n’est pas anodin : il révèle une gravité croissante vis-à-vis du péché, selon la Loi de Moïse. D’abord, Luc présente la foule (anonyme) se sachant pécheresse, puisqu’en désir changer d’attitude. Puis, viennent les collecteurs d’impôts. Ces publicains sont des hommes juifs au service du pouvoir romain, chargés de collecter l’impôt de Rome, spoliant leur propre peuple sur lequel ils prélèvent aussi leurs revenus. Ils sont considérés comme les voleurs de leurs compatriotes et des gens impurs, complices de l’idolâtrie, puisqu’ils aident la Rome païenne à financer aussi ses temples.

Quant aux soldats (strateuoménoï, στρατευόμενοι, ceux qui combattent), ils sont plus difficiles ici à définir. Dans ce contexte narratif, ils sont associés à ce monde juif auquel s’adresse le baptiste. Il pourrait alors s’agir d’hommes armés au service d’Hérode Antipas, appartenant au Judaïsme, ou – moins probable en Judée – de soldats juifs embrigadés dans l’armée romaine. Dans l’un ou l’autre cas, leurs activités ne permettent pas de respecter ni le sabbat, ni les lois de pureté, ni bien d’autres préceptes de la Loi de Moïse. Dès lors, Luc décrirait ici deux groupes de gens, publicains et soldats, dont la vie et le métier rendent impossible le respect de la Loi de Moïse (comme c’était aussi le cas des bergers de la nativité). Mais, à travers ces militaires, Luc peut aussi évoquer des figures de soldats païens, symboles d’un salut universel attendu.

En tout état de cause, ces deux groupes nous invitent à faire deux remarques.

Charité fraternelle, justice et paix

D’abord, Jean ne demande à aucun de changer de métier. La première exigence de conversion (qui les concerne tous) et destinée à la foule, est la charité fraternelle. Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas. Si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. L’autre exigence, destinée aux collecteurs d’impôt, est dans cette même ligne, et dans celle de la justice : N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. Les collecteurs d’impôt prélevaient la somme due à Rome et s’attribuait, en plus (selon leur désir), leur part. Ici, Jean leur demande de verser l’impôt, mais de cesser de spolier leurs compatriotes. Pour les soldats, l’exigence demeure encore dans la charité et la justice afin de réorienter leur vie dans la paix : Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. La violence dont il est question n’est pas celle des batailles, mais surtout celles des pillages et des exactions gratuites que les soldats commettaient, impunément, lors des campagnes militaires (et parfois même en temps de paix). Plus fondamentalement, les trois réponses de Jean renvoie chacun à ses responsabilités, notamment dans le souci du frère, en se refusant à toute tentation d’égoïsme, de domination, d’abus et de violence.

Que devons-nous faire ? Le refus de la domination

Enfin, auprès de Jean, ce ne sont ni des notables du Temple, ni des savants de Loi, mais une foule de pêcheurs notoires qui s’interrogent et demandent le salut. Ils portent la même question : que devons-nous faire ? La réponse de Jean ne réside pas, justement, dans un « faire » mais dans un « défaire » : partagez votre manteau…, n’exigez rien …, ne faites ni violence, ni tort…  Derrière ces verbes, qui se refusent à toute velléité de domination, se profilent déjà toute la figure de Jésus : Celui qui vient (3,16).

La suite de ce récit portera, justement, sur la question du Messie (3,15-17). Or, ce Christ qui vient après Jean, ce Jésus de Nazareth, annoncera un royaume de paix et non de vengeance. Il sera celui qui accueille les pécheurs, mangeant avec eux, leur offrant le pardon du Père, et cela même à ces accusateurs et bourreaux lors de la crucifixion.


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François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée). cf. bio