Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

(8) La paix menacée

Le manuscrit de la Pentecôte

8. La paix menacée

En revenant parmi les disciples, je retrouvais cette paix que j’avais laissée mais qui désormais était aussi la mienne1. Le sourire de Thomas2 suffisait pour comprendre qu’à lui aussi, il s’était manifesté. Les jours qui suivirent furent plutôt calmes. Nous pouvions sortir sans trop de crainte : les soldats, les grands-prêtres paraissaient nous avoir oubliés. Chaque matin, nous allions ainsi au Temple avant de nous rendre au jardin des Oliviers. Là, nous nous faisions mémoire de Jésus, de ses paroles et ses actes. Nous apprenions encore de lui, comme si désormais tout prenait sens, tout s’éclairait : chacun de ses mots, de ses gestes d’hier nous amenait à saisir davantage ce lien si intime avec ce Père qu’il nous révélait et qui il était : Jésus, Christ, Fils de Dieu. Sa croix, sa résurrection prenaient alors tout leur sens. Sa parole nous nourrissait encore et forgeait notre unité.

Les jours passèrent sans qu’Il se manifeste à nouveau. Pourtant, loin de nous désoler, nous étions dans la joie de le savoir vivant. Notre unité et notre joie furent ainsi notre premier témoignage. En effet, beaucoup au Temple, qui avaient autrefois suivi ou écouté Jésus, furent intrigués par une telle attitude et voulaient savoir d’où venaient notre joie. Parmi eux, deux grecs3 Philippe et Etienne4 vinrent conforter notre groupe. Mais, cette joie fut passagère. La fête de la Pentecôte approchait et les pèlerins commençaient à affluer. Les grands-prêtres craignaient une révolte de notre part, suite à la condamnation injuste de Jésus. Et alors que nous vivions dans la paix, les gardes du Temple nous surveillaient chaque jour davantage. Même les pharisiens nous regardaient avec méfiance. Notre foi devenait une menace.

Alors qu’un jour nous nous trouvions en prière, un des chefs des pharisiens, nommé Gamaliel5, vint nous trouver à la maison. Il était accompagné de quelques pharisiens dont un jeune homme appelé Saul6. Gamaliel, nous fixant du regard, dit : « Vous commencez à professer une doctrine que nous ne pouvons accepter. Vous affirmez que ce Jésus de Nazareth, qui a été crucifié, est vivant et vous le dites Christ et Seigneur, Fils de Dieu ! Plus encore, les grands-prêtres craignent, qu’en son nom, vous vous souleviez contre le Temple. Cela serait un grave danger pour notre nation. Aussi, je vous demande, par le Dieu de nos pères, de quitter la ville ! » Pierre prit alors la parole : « Frères, nous ne pouvons taire ce que nous avons vu de nos yeux et dont nous témoignons aujourd’hui : Jésus de Nazareth s’est relevé d’entre les morts et s’est manifesté à nous, ses disciples, en disant : ‘La paix soit avec vous !’. Cette paix, qui nous habite et que nous tenons de lui, ne nous inspire nul autre désir de soulèvement que celui d’annoncer cette bonne nouvelle. Vous croyez vous en la résurrection des morts, croyez aussi en nous et en notre paix. Qu’avons-nous fait pour sortir hors de la ville : voulez-vous nous condamner, nous aussi, injustement ? » Gamaliel répondit : « Que votre paix vous garde de toute volonté de révolte ! Mais je vous le dis : c’est en restant à Jérusalem que vous vous condamnerez aux yeux des grands-prêtres. »  Lorsque les pharisiens eurent quitté la maison, la peur commença alors à nous envahir. Beaucoup voulurent alors quitter la ville aussitôt.

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Découvert récemment, un papyrus du IInd siècle retrace les faits et gestes des premiers disciples depuis la découverte du tombeau vide jusqu’à la Pentecôte. Ce manuscrit rapporterait le témoignage même de Matthias, disciple du Seigneur, celui qui sera appelé à devenir Apôtre (Ac 1,25).
  1. Voir épisode précédent
  2. Voir épisode 6
  3. Il s’agit ici de juifs de la Diaspora
  4. Ac 6,5
  5. Ac 5,34 ; 22,3
  6. Saul Ac 7,58 appelé aussi Paul

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).
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