Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

(9) Le retour de Barabbas

Le manuscrit de la Pentecôte

9. Le retour de Barabbas

A l’approche de la fête de la Pentecôte, notre présence à Jérusalem gênait les autorités pharisiennes comme les chefs du Temple1. Les uns comme les autres craignaient une insurrection de notre part. S’ils avaient pu nous voir, pourtant, tout tremblant, nous : pêcheurs, publicains, zélotes, … petit groupe interlope sans animosité aucune, ni défense. Lorsque la délégation des pharisiens nous eut quittés, un homme alors se présenta à la porte de la maison. Certains d’entre nous l’avaient déjà aperçu depuis quelques jours : un homme, caché sous son manteau, semblait nous suivre, nous épier.

L’homme dit se nommer Jésus Barabbas2. A ce nom, beaucoup reculèrent ayant reconnu en lui, celui qui fut relâché à la place de Jésus de Nazareth. Depuis quelques temps, nous dit-il, lui et ses compagnons surveillaient le quartier afin de nous protéger des gardes du Temple et des romains. Il disait avoir une dette envers notre maître et qu’il mettait ses armes à notre service, prêt à nous défendre et à nous servir pour une révolte. Ce que les grands-prêtres et les pharisiens craignaient, les zélotes, eux, l’espéraient. Simon-Pierre, Jacques et Jean lui redirent que pour nous, notre espérance était désormais en Christ. Barabbas se mit en colère. Simon qui le connaissait3 et, qui hier aurait volontiers pris les armes4, essayait de convaincre Barabbas que nos intentions n’avaient rien de belliqueuses.

L’homme parti, les onze décidèrent aussitôt de se réunir pour décider ce que devait être notre attitude, car il était évident que notre présence à Jérusalem suscitait autant de craintes infondées que de vains espoirs. C’est ainsi que le lendemain, les Onze se rendirent au Temple. Je les accompagnais, ainsi que quelques autres disciples, sans savoir ce qu’ils avaient convenu. A chaque coin de rue, nous apercevions un homme de Barabbas comme s’il voulait s’assurer de notre sécurité ou de nos intentions. Arrivés sur la place, les Onze se procurèrent tout le nécessaire pour le sacrifice : le mouton, les gâteaux et les pains5. Lorsqu’ils arrivèrent près de l’autel, les prêtres, les ayant reconnus, furent pris de panique. Les gardes s’approchèrent, et derrière nous un groupe de zélotes. Il y eut un long silence dans le Temple. Le Grand-Prêtre lui-même vint à notre rencontre. Les Onze lui demandèrent alors d’offrir un sacrifice de paix. D’un air grave, Caïphe6 pris l’animal tandis que d’autres prirent les offrandes. Nous chantâmes alors les louanges, nous, les prêtres et derrière nous les zélotes et quelques pharisiens curieux. Je ne sais si les grands-prêtres furent rassurés par notre geste, mais nous pûmes ainsi rester sans crainte à Jérusalem jusqu’à la Pentecôte.

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Découvert récemment, un papyrus du IInd siècle retrace les faits et gestes des premiers disciples depuis la découverte du tombeau vide jusqu’à la Pentecôte. Ce manuscrit rapporterait le témoignage même de Matthias, disciple du Seigneur, celui qui sera appelé à devenir Apôtre (Ac 1,25).
  1. Cf. épisode précédent
  2. Mt 27,16 ; Mc 15,7 ; Lc 23,18 ; Jn 18,40
  3. Il s’agit ici de Simon le zélote
  4. Voir épisode 4
  5. Ces offrandes sont destinées au sacrifice de communion (ou de paix) décrit en Lv 3,1-17 ;7,11-15
  6. Le grand-prêtre Mt 26,3 ; Jn 11,49

Cet article a 1 commentaire

  1. 🙂 Votre description de Barabbas, somme toute sympathique, n’est finalement pas si éloignée de celle que fit Marek Halter dans son “Marie”… Un jeune Barabbas sauvé des Romains par la toute jeune Marie, choisissant certes la voie de la violence pour répondre à la violence d’Hérode, mais aussi capable d’amour et de fidélité.

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