Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Une belle-mère contagieuse (Mc 1,29-39)

Après la synagogue du village, nous ne quittons pas Capharnaüm où nous allons passer une journée et une nuit, Marc égrenant pour nous les heures.

À la maison, aussitôt.

Et aussitôt, sortant de la synagogue, ils vinrent dans la maison de Simon et d’André, avec Jacques et Jean. Or, la belle-mère de Simon était couchée, souffrant de fièvre ; aussitôt ils lui parlèrent d’elle.  Et, s’approchant, il la fit lever en lui prenant la main. La fièvre la quitta, et elle les servait. (1,29-31)

Comme à son habitude, Marc enchaîne très rapidement les événements  : et hop, à la maison où l’on évoque la belle-mère fiévreuse ! Et hop, il la guérit et elle fait le service ! Je devine déjà les pensées de certains et je leur dis : Non, Jésus n’a pas guéri cette femme contre l’avis de Simon, son gendre, ni parce qu’il lui manquait une boniche. La succession rapide de ces actes vient en conséquence de ce qui advint dans la synagogue. À l’autorité de sa parole succède maintenant l’autorité de son action. Le règne de Dieu qu’il annonçait en enseignant (1,14-15.21) s’accompagne de faits bien réels : l’Évangile en paroles se déploie dans des actes.

Maison fraternelle et ecclésiale

L’annonce du Royaume n’est pas circonscrit à la sphère religieuse d’un lieu de prière mais déborde jusqu’au sein de la maison, jusqu’au lit d’une femme malade qui ne pouvait être à la synagogue. L’Évangile se déplace vers la maison du souffrant. Cette situation devait rejoindre la condition bien réelle des premiers chrétiens juifs exclus de leurs synagogues. Mais pour nous, ce texte nous invite à ne pas enfermer l’Évangile dans un cadre exclusivement cultuel et à le vivre jusque dans notre quotidien. La maison de Simon et André devient comme un nouveau lieu de mission pour Jésus et ses disciples qui reprennent le devant de la scène. André, au prénom grec, et Simon, au prénom hébreu, symbolisent ainsi l’unité fraternelle des chrétiens appelés à devenir une famille, une même fratrie ecclésiale. Et ce ne sera pas aisé.

Maudite fièvre

Ils lui parlèrent d’elle. En venant demeurer dans la maison, Jésus inspire l’intercession des disciples et frères en faveur de celle qui souffre de fièvre. Il ne s’agit pas d’une simple migraine que l’on soignerait grâce à un petit cachet effervescent mais d’une fièvre brûlante que l’on doit prendre avec sérieux en ce premier siècle. La femme souffre d’une maudite  fièvre1 de celle dont le Seigneur use lui-même pour avertir ceux qui désobéissent à sa Loi : Le Seigneur te frappera de langueur, de fièvre, d’inflammation, de chaleur brûlante… (Dt 28,22). Maladie et malédiction divine se confondaient souvent dans les croyances populaires (ou rigides).  Ici, les gestes pacifiques de Jésus soulignent que sa guérison tient lieu de restauration, de retour en grâce, de résurrection !

Sans esbroufe

Et une fois encore, Marc décrit les actes de Jésus en termes des plus communs : s’approcher, prendre la main, et faire lever, choses que chacun d’entre nous pourrait reproduire. Rien d’extraordinaire, nul besoin d’être spécialiste en guérison. De même, Jésus ne prononce pas une seule parole, pas même une prière. Cette pauvreté et ce silence souligne la délicatesse efficace de Jésus, sa tendre miséricorde envers l’impure malade et couchée. Et maintenant la voilà debout, relevée de son mal, bien vivante, pour les servir. Jésus redonne vie et vigueur en vue d’un bien qui dépasse la personne : la belle-mère devient humble servante, pas même sujet d’éloges ni de louanges, faisant bénéficier de son retour à la vie toute la maisonnée. La guérison d’un seul sert la vie de tous.

Au soir, la contagion

Le soir venu, après le coucher du soleil, ils lui apportèrent tous les malades et les démoniaques, et la ville entière était rassemblée à la porte. Il guérit beaucoup de malades aux maux divers, et il chassa beaucoup de démons ; mais il ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savaient qui il était. (1,32-34)

En mettant fin à ces maudites maladies et en chassant les  démons, Jésus vient rétablir l’humanité dans un corps sain, un esprit sain, mais surtout dans la sainteté. Ses guérisons annoncent ce temps de réconciliation entre Dieu et les hommes. Un règne nouveau commence où le Messie évacue les maux les plus divers qui rongent l’humanité. Les guérisons, ici, n’expriment pas seulement un retour à la santé, mais une véritable restauration de l’homme dans son lien social, bien sûr, mais aussi et surtout spirituel. Nous aurons l’occasion, très bientôt, d’y revenir.

Nous le savons, la maladie est souvent contagieuse et l’impureté qu’elle suscite en ce Ier siècle également. Du moins pourrait-on le penser. Dans la maison d’André et Simon, il y a bien une contagion, une transmission. Les disciples parlent de la belle-mère à Jésus. Guérie, cette dernière les sert. Et les voici qu’ils lui apportent beaucoup de malades. La guérison et le service de la belle-mère semblent avoir fait des émules y compris parmi les disciples. S’il y a contagion c’est celle, non des maux, mais du règne de Dieu à travers la grâce du Christ. Les malades et les démoniaques ne viennent pas d’eux-mêmes. “Ils” lui apportèrent . Ne caricaturons pas ces ‘ils’ à des gens avides de miraculeux. ‘Ils’ sont ceux, et en premier lieu les disciples eux-mêmes, qui à la suite de la belle-mère de Simon se mettent au service de ces impurs, de ces malades et pire, de ces démoniaques, pour les faire s’approcher du Fils. Il n’y a plus de fatalité. La foi en Jésus ouvre à une espérance nouvelle et à une charité inattendue.  En écho à notre épisode précédent, le merveilleux et le savoir sont, encore ici, amenés à se taire… pour mieux contempler cette grâce du Christ.

Au matin, la quête

Au matin, alors qu’il faisait encore sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert. Là, il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui le poursuivirent ; et l’ayant trouvé, ils lui dirent : “Tout le monde te cherchent !” Mais il leur dit: “Allons ailleurs dans les bourgades voisines, afin que j’y prêche là aussi ; car c’est pour cela que je suis sorti.” Et il prêchait dans leurs synagogues, parcourant toute la Galilée, et chassait les démons. (1,35-39)

C’est le matin, mais il fait encore sombre. Ce que nous venons de vivre n’est qu’un début qui demande encore à être éclairé. Premiers rayons d’un soleil qui se lève peu à peu et nous sort de l’obscurité. Jésus ne reste pas profiter d’une gloire pourtant bien méritée. Il part au contraire pour le désert, le lieu de la parole divine (Mc 1,1-13). Sa prière, son lien au Père céleste, n’est pas de l’ordre de l’ostentatoire mais de l’intime et du sincère.

Déjà, il manque aux siens. Sa présence devient nécessaire et vitale à ses disciples qui le poursuivent. Ce n’est pas seulement une simple recherche, mais une véritable quête. Ainsi, nous aussi, sommes-nous un peu perdus par ce Messie bien ordinaire qui nous transporte toujours vers un ailleurs, vers d’autres Capharnaüm, d’autres Galilée.

Durant cette journée à Capharnaüm, Marc nous a promenés en quatre lieux : la mer, la synagogue, la maison, le lieu désert. Un lieu de travail, un lieu de culte, un lieu de vie domestique, un lieu de ‘solitude’ spirituelle. Aucun espace n’échappe à la mission de Jésus qui visite le moindre de nos recoins; rien ni personne ne sera délaissé. Il part en quête d’une humanité en attente et sa présence vient emplir l’ensemble de nos vies en vue d’un restauration, d’une réconciliation.

à suivre


Mc 1,29-39

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  1. le terme grec puretos  πυρετός n’est utilisé qu’un fois dans le Premier Testament en Dt 28,22

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).
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