Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

En Avent, le prophète Sophonie

3ème dimanche de l’Avent (So 3, 14-18a)

Au temps du roi Josias

Avec le prophète Sophonie nous sommes transportés au début du règne du jeune roi Josias (So 1,1). C’est donc vers les années 640-630 que le prophète Sophonie dénonce l’infidélité de Juda et Jérusalem.  La présence de cultes païens, introduits sous l’influence du pouvoir assyrien, est une provocation envers le Seigneur. Dans ses premiers oracles (So 1-2), Sophonie dénonce cette compromission envers ces modes étrangères dans lesquelles se fourvoient les princes et les prêtres.

Cinquante ans avant la déportation de Juda et des prophètes Jérémie et Baruch, Sophonie se désole de la perdition des fils d’Israël et annonce déjà sa ruine, mais aussi son Salut.


Je supprimerai de ce lieu le reste des adorateurs de Baal, le nom des desservants d’idoles, ainsi que les prêtres. […] Il arrivera, en ce jour du sacrifice du Seigneur, que je visiterai les princes, les fils du roi, et tous ceux qui s’habillent à la mode des étrangers. (So 1,4.8)

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Le jour du Seigneur

Michée, Hubert van Eyck, 1426

Dans ses oracles Sophonie annonce l’avènement d’un grand jour de Jugement, jour de fureur, de détresse, de ténèbres2,15 Ce jour exprime – paradoxalement – l’attachement de Dieu envers son peuple : il ne peut rester indifférent à ses agissements. Il doit intervenir, supprimer la racine du mal et leurs auteurs – ces vantards orgueilleux 3,11 – pour rétablir la justice auprès d’un petit reste, celui des humbles et des pauvres du pays. Car le jour du jugement est aussi pour Sophonie, un jour qui annonce une victoire, une renaissance et une joie profonde.

La joie de Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. » (So 3,14-18a)

Jean-François Portaels, 1869, Esther

En entendant ces paroles, vous avez certainement fait le rapprochement avec les passages précédents de Jérémie et de Baruch. Effectivement nous y retrouvons des mêmes termes destinés à une Jérusalem personnifiée, l’annonce d’une joie faisant suite à un malheur… Tous ces textes semblent se répéter. Cela est normal. Leur choix pour la liturgie de l’Avent où l’on célèbre l’attente de la venue du sauveur y contribue. Mais à bien lire et écouter, des nuances apparaissent. D’abord il y a ce crescendo. Depuis l’attente patiente et confiante de Jérémie, aux noces festives de Baruch voici maintenant l’exultation victorieuse de Sophonie. Comme si le sauveur se rapprochait davantage. Mais Sophonie se distingue par son vocabulaire : ennemis, sentences, ovations, héros, roi, salut… beaucoup de ces termes appartiennent au domaine du combat et de la victoire militaire.

Le combat du Seigneur

Rembrandt, Le combat de Jacob (Gn 32),1659

Face aux malheurs, aux infidélités, face aux injustices nous pouvons avoir – comme première réaction – d’attendre une justice d’en haut. Qu’un seigneur descende tout épurer. Que la violence et la vengeance viennent nous satisfaire hic et nunc. Certes c’est bien ce qu’annonce le prophète. Cependant, si le Seigneur écarte les ennemis, l’insistance de Sophonie porte d’abord sur la nécessaire conversion de Jérusalem. La première action du seigneur fut d’en ôter l’opulence et l’orgueil 3,11. Dès lors, sa sentence est levée, le pardon se fait jour. La peur laisse  place à la joie. Et la seule arme capable de tout changer, fut celle de la passion même du Seigneur envers son peuple et non sa vengeance : il te renouvellera par son amour. Le vrai combat de Dieu est celui de lutter pour aimer et être aimé. Dieu est un héros bien singulier.

Le Seigneur est en toi.

L'Annonciation, Henry Ossawa Tanner ,1896

Répétée deux fois, l’expression le Seigneur est en toi affirme la présence de Dieu au sein d’une Jérusalem absoute. C’est lui qui désormais y siège victorieux mais non comme un despote. Son amour royal vient tout bouleverser. Il vient, non effacer, ni détruire mais renouer un lien brisé, relever cette Jérusalem tombée dans l’idolâtrie. C’est lui qui l’a vidée de ses idoles et vanités pour la remplir de son amour. Le Seigneur est en toi : telle est l’annonciation d’un salut et d’une victoire.

Espérer sans naïveté

Georges de La Tour, 1640, Le Nouveau-né, Rennes

L’Espérance n’est pas la négation des épreuves et des douleurs contre bien des oppresseurs, bien des oppressions… et parfois même contre l’inaction supposée de Dieu, au point de s’en détourner. Il n’y a rien de naïf dans l’Espérance de Sophonie, il sait qu’il y aura des chutes, des cris, des larmes. Il sait aussi que son peuple pécheur – comme nous-mêmes – ne pourra affronter seul les épreuves. Dieu lutte pour nous, en raison de son amour et de nos faiblesses. Il lutte non pas d’abord contre ceux que l’on a désigné comme adversaires, mais pour nous qu’il désigne comme ceux qu’Il aime. Son salut vient de l’intérieur parfois en dépit de nos forteresses orgueilleuses. Il veut simplement, prendre une place au milieu de nous, nous remplir de Sa présence. Il veut être là – avec nous – au cœur de chacun, de nos familles et entourage, au sein de son peuple.

Le Seigneur est en toi : voilà le chant de joie du prophète, son annonciation, son cri de foi ! La présence de Dieu est déjà une victoire. Elle est sans doute discrète et souvent inattendue, mais elle veut toujours faire notre joie, notre paix et notre bonheur, même face à l’adversité.


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