Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Désert 3 – Il rend son désert pareil à un Éden (Is 51)

Le retour au jardin espéré

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Le premier désert (Gn 2) nous avait fait découvrir l’oasis édénique. Dans ce désert sans vie, le Seigneur avait fait surgir un jardin (paradeisos παράδεισος en grec qui donnera notre mot de paradis). Ce jardin appelé Eden (délices) est destiné à un homme qui n’était que poussière. Dieu a tout fait pour son bonheur, notre bonheur. Mais voilà que la transgression de la Parole de Dieu – le péché – brise le lien originel d’avec Dieu. Avec ce péché et la sanction du divine, l’homme est retourné à la poussière du désert c’est-à-dire à une vie hors d’Eden, marquée par la souffrance, le mal et la mort. Ézéchiel a vu ainsi son pays, son roi et son temple dévastés et devenir désert et désolation à cause de l’idolâtrie, de l’injustice et de l’égarement du peuple de Dieu. A la suite d’Ézéchiel, au temps de l’Exil, le prophète Isaïe porte son regard sur un horizon plein d’Espérance.

Henri Rousseau, le combat du tigre et du buffle, 1909

Regardez Abraham votre père, et Sara qui vous a enfantés ; car il était seul quand je l’ai appelé, mais je l’ai béni et multiplié. Oui, le Seigneur console Sion, il la console de toutes ses ruines, il va faire de son désert un Éden, de sa steppe un jardin du Seigneur. On y retrouvera l’allégresse et la joie, l’action de grâce et le son de la musique. Is 51,2-3

Dieu va faire du désert de Sion, du désert d’Israël un nouvel Éden. Isaïe annonce au peuple exilé que si le mal et l’infidélité l’ont jeté au désert d’exil, seul Dieu saura les en tirer. Car il est le seul capable de faire renaître l’Éden, de faire de nos déserts un lieu de paix où rien ne vient blesser la création, ni même les relations humaines et les relations à Dieu. Ce nouvel Éden, Isaïe le nomme le Jardin du Seigneur… Le prophète est plein d’Espérance, mais est-là une certitude ou juste un espoir ? de la naïveté ou de l’utopie ?

Le jardin révélé

Car depuis beaucoup cherchent à savoir où se situe ce nouvel Éden ou bien s’il existe vraiment un jardin dans nos déserts de souffrance et d’exil ? Eh bien, Isaïe a raison. Ce jardin existe et nous le connaissons. Ou du moins, il nous est donné à connaître notamment grâce à son gardien, son jardinier. C’est l’évangile selon saint Jean, au chapitre 20 qui nous en dessine la carte  :

Jn 20, 11 Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. 12 Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. 13 Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » 14 Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. 15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » 16 Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. 17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » 18 Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

Rembrandt, 1638, Marie Madeleine et le Ressuscité

Le Jardin du Seigneur est le jardin de Pâques dont le Christ est le jardinier, le nouvel Adam, et l’arbre de vie. Car Marie de Magdala inconsolable cherchait un mort, mais c’est lui, le Ressuscité, qui la trouve et lui redonne vie. La rencontre entre la femme de Magdala et le Seigneur tient lieu de réconciliation définitive entre Dieu et l’humanité. Le Christ est celui qui restaure une fraternité perdue : va trouver mes frères, et celui qui instaure une vraie filiation ‘je monte vers mon Père et votre Père’. Pâques est le jardin du Seigneur, l’Éden retrouvé. Et cette oasis n’est plus en un lieu, elle est désormais une personne, celle du Christ qui met fin à nos déserts de mort et d’errance.

Jean n’est pas le seul à évoquer cet avènement d’un nouvel Éden en Christ. Luc (23,43) lui-même, et de manière plus explicite, dépeint Jésus en croix comme celui qui ouvre les portes de ce jardin de Salut : « Aujourd’hui, dit Jésus au larron en croix, tu seras avec moi au paradis. »  Ce dernier mot fait explicitement référence à l’Éden de Gn 2,8. Marc (1,12-13) évoque ce même retour lorsqu’il décrit le séjour de Jésus au désert. Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Lire l‘article à propos de ces versets.

Du désert à la joie

Mais revenons à Isaïe qui nous décrit ce jardin du Seigneur comme le dessein de Dieu pour son peuple lui procurant l’allégresse et la joie, l’action de grâce et le son de la musique. Ce n’est pas un bonheur personnel mais celui d’une multitude. Allégresse et joie que d’autres traductions nomment enthousiasme et jubilation expriment la plénitude d’une joie communicative, c’est-à-dire d’une joie qui se partage et se donne dans la charité fraternelle. De même l’action de grâce et le son de la musique évoquent une liturgie festive. Le jardin du Seigneur, le nouvel Éden n’est pas un parc zoologique, ni jardin public silencieux. Il est une assemblée vivante, liturgique, joyeuse et fraternelle, bref : une pâque éternelle.

Mais comment parvenir à ce nouveau jardin… Que devons-nous-faire ? Quels obstacles avons-nous encore à franchir ? Nous pouvons penser que nous ne le méritons pas à cause nos faiblesses, de nos imperfections, de notre péché… mais ce serait une erreur de croire que seule notre volonté et nos seuls efforts peuvent nous sortir d’un désert. Il n’y a pas un passage à franchir pour passer de nos déserts à ce jardin pascal, il y a un jardinier à suivre, celui-là même qui vient nous rejoindre dans nos déserts.

Les références du podcast

Souffrir par toi n’est pas souffrir, chanson de Julien Clerc et Etienne Roda-Gil (1975), album « N° 7 » youtube https://youtu.be/De2EQ-oyhVY

Isaïe 51,2-3 – Le retour espéré au Jardin édénique https://www.aelf.org/bible/Is/51

Jean 20,11-18 – L’ouverture du Jardin https://www.aelf.org/bible/Jn/20

Luc 24,43 Jésus et le bon larron https://www.aelf.org/bible/Lc/23

Marc 1,12-13 Marc t l’Eden retrouvé : https://www.aularge.eu/blog/2017/12/01/eden-retrouve/

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