Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

L’incrédulité de Thomas (5/7) Jn 20,24-31

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Nous voici au cinquième épisode (Jn 20,24-31) de notre série sur l’évangile de Jean et le Ressuscité. Cette fois-ci nous allons nous intéresser à ce personnage qu’est l’apôtre Thomas, connu pour ses doutes. Mais était-il si incrédule que cela ?

L’absent

Jn 20,24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. 25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Iványi, L'incrédulité de Saint Thomas, XXe

Alors que l’absent, qu’est le Christ, se rend présent, l’un des apôtres qui aurait dû être présent était absent. Et paradoxalement, cet apôtre absent se plaint de ne pas avoir vu et touché le Seigneur présent au milieu des disciples. Nous nageons en plein paradoxe. En réalité, Thomas, le disciple absent, représente l’ensemble des disciples de la seconde génération qui vont rejoindre la communauté après la Résurrection du Seigneur.

Dans l’évangile selon Jean, Thomas n’est pas tant la figure de celui qui doute que le personnage de l’Évangile qui, par ses questions soi-disant innocentes, oriente le lecteur vers la foi en Christ  :

Jn 11,14 Jésus leur dit alors ouvertement : « Lazare est mort, 15 et je suis heureux pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui ! »  16 Alors Thomas, celui que l’on appelle Didyme, dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui. »

Jn 14,5 Thomas lui dit: « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? »  6 Jésus lui dit: « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. 7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. »

Ici le récit introduit la question du « voir » et du « croire ». Il faut voir pour croire comme Saint Thomas dit l’adage populaire tiré de cet épisode de l’évangile. Cette interrogation de Thomas est destinée avant tout au lecteur qui lui n’a pas connu Jésus de son vivant. Finalement que doit-il croire puisque même le Ressuscité n’est plus visible ? Thomas permet à l’évangéliste de répondre à ce questionnement, en plusieurs étapes. Thomas veut « voir de ses yeux » ce crucifié ressuscité, mais aussi le toucher. On saisit bien qu’il souhaite une confirmation concrète de la résurrection de Celui qu’il a connu. Le voir et le toucher infirmeraient l’hypothèse d’un fantôme ou d’une hallucination.

Mais bien plus, car le doute de Thomas ne concerne pas tant la réalité du ressuscité que la parole de ses compagnons. Thomas à l’inverse de ses compagnons, n’a pas vu le Seigneur. Il ne met pas sa foi dans la parole des disciples. Il veut voir et rencontrer Jésus par lui-même, en dehors du témoignage de la communauté, c’est-à-dire de la foi de l’Église.

Huit jours plus tard

20 26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » 27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » 28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » 29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Le Caravage, l'incrédulité de thomas, 1601

Le récit se situe dans un cadre liturgique d’une assemblée : huit jours plus tard, un autre premier jour de la semaine. Cette indication est d’importance, car elle donne à la manifestation du Ressuscité un cadre éminemment liturgique et ecclésial. Le Seigneur se donne à voir, huit jours plus tard, c’est-à-dire un même premier jour de la semaine, un dimanche, jour de la célébration du repas du Seigneur. La volonté personnelle de Thomas : « Je veux voir » doit rejoindre le « nous avons vu » de la communauté.

La scène se déroule sur le même schéma que la première manifestation aux disciples  : Jésus se tient au milieu d’eux, et nous entendons une salutation de paix suivi d’un  geste ou plutôt ici invitation au geste dont on ne sait s’il sera effectif. En définitif justement, Thomas n’a plus besoin de « toucher », il croit comme les autres disciples qui avaient déclaré : « nous avons vu le Seigneur » (20,25). Cette présence du Seigneur au sein de l’assemblée des disciples suscite en lui la foi. Il reconnaît en Jésus la figure même de Dieu et la présence de sa Seigneurie. « Mon Seigneur et mon Dieu »

Cette profession de foi clôture ainsi l’ensemble de l’Évangile qui, dans le prologue, affirmait cette même divinité et seigneurie du Christ Jésus : Jn 1,1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.  2 Il était au commencement tourné vers Dieu. Jn 1,18 Personne n’a jamais vu Dieu; Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.

L’évangile : une parole pour croire sans voir

Heureux ceux qui croient sans avoir vu.  La foi de Thomas et des disciples n’aura plus besoin d’un « voir », la parole de Jésus rapportée par l’évangile du disciple bien-aimé suffit désormais à faire naître la foi.

20 30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Jean l'évangéliste

Ce passage du « voir et croire » au « croire sans voir », destiné à tous les croyants, est un chemin que nous propose l’évangéliste depuis la découverte du tombeau vide. En effet le récit a comme point de départ Marie de Magdala qui cherche le corps de son seigneur. Elle ne le voit pas son Seigneur et demeure dans l’incompréhension. Seul le disciple bien-aimé, qui fut aux côtés de Jésus à la Cène et au pied de la croix, peut voir et croire en contemplant le tombeau vide. Il vit et il crut (cf épisode 2/7 #60). Mais il faut maintenant sur la parole de ce même disciple, sur le témoignage de son évangile dit évangile selon saint Jean, croire sans voir.

Les figures de Marie et de Thomas encadrent le récit de la manifestation de Jésus à ses disciples. Ces deux disciples rencontrent le Ressuscité, les deux veulent le retenir ou le toucher. Marie dira aux disciples ‘J’ai vu le Seigneur’, et les disciples transmettent ce même témoignage à Thomas ‘nous avons vu le Seigneur’. Mais pour Marie comme pour Thomas, ainsi que pour les disciples, c’est la parole de Jésus qui oriente vers le « croire sans voir »

  • Marie de Magdala : Jn 20, 18J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit
  • aux disciples : Jn 20,20Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté.  …
  • à Thomas : Jn 20 ;27Jésus dit à Thomas: « …cesse d’être incrédule, sois croyant. »

La foi de Thomas ne naît pas du seul fait qu’il ait vu le Seigneur, mais résulte de la Parole même du Christ, son commandement : cesse d’être incrédule, sois croyant.  La foi au Ressuscité naît de l’écoute du verbe fait chair donné à entendre et à contempler par le témoignage du disciple bien-aimé.

C’est avec cet épisode que se conclut, une première fois, l’évangile selon Jean. Le chapitre 21 ouvre ce qu’on pourrait appeler un épilogue que nous entendrons au prochain épiusode.

Références et citations

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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