Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? (8)

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Pour notre huitième épisode à propos de l’Ascension du Christ, nous allons nous attarder, entre autres, sur cette interpellation faite aux disciples dans les Actes des Apôtres : « pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » comme s’il y aurait désormais mieux à faire…

Dans le livre des Actes de Apôtres, Luc conclut ainsi le récit de l’Ascension de Jésus au ciel :

Ac 1,10Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, 11qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » 12Alors, ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.

De l’absence à la Parole

Alberto Piazza, Apostoles entorno al Sepulcro,, XVIe

J’avais déjà évoqué ce passage la semaine passée (épisode 7 du podcast n° #72) à travers la figure de ces deux hommes en blanc rappelant ceux qui se manifestèrent aux femmes près du tombeau vide (Lc 24,4). Leurs paroles commençaient d’ailleurs par un même pourquoi : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite. » Lc 24,5-7. Le vide du tombeau et l’absence du corps étaient ainsi éclairés par la Parole du Christ à son propos, rappelée aux femmes et aux lecteurs. Ces derniers sont invités à reprendre à nouveau le chemin de l’évangile commencé depuis la Galilée.

La parole des personnages célestes au jour de l’Ascension reprend le même schéma : une interpellation sous forme interrogative : pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? suivi du constat de l’absence visible du Christ : Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous.  Enfin l’orientation vers un avenir : il viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.

Il reviendra

Cette annonce peut nous sembler énigmatique : il viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. On se sait trop à quoi fait référence l’expression « de la même manière ». Fait-elle écho à la modalité : il redescendra dans la nuée comme il s’est élevé ? ou bien renvoie-t-elle à un autre mystère ?

Master of Hohenfurth, Ascension, 1350

La foi en un retour du Christ, la « parousie du Seigneur », est très présente parmi premiers chrétiens. Les lettres de Paul, les premiers écrits chrétiens connus, font mention de cette espérance qu’un jour le Christ reviendra pour le jugement définitif. Mais ici Luc ne décrit pas cette parousie dans sa modalité mais dans sa signification. La présence des deux êtres célestes renvoie aux événements que sont la Passion et la Résurrection. Cette manière que vous l’avez-vu s’en aller vers le ciel peut très bien se référer à ce don plein et entier que Jésus fait de sa vie. D’ailleurs, ce récit d’Ascension dans les Actes se déroule au cours d’un repas (Ac 1,4) tout comme la Cène annonçant et la Passion et l’avènement du règne de Dieu (Lc 22,16).

Une fois encore, l’Ascension n’est pas le terme de l’histoire. L’annonce d’un retour du Christ vient justement ouvrir un présent et un avenir : l’aventure des disciples doit se poursuivre autrement jusqu’à son retour et la mission des disciples est ainsi tendue entre la croix et la résurrection, entre sa Vie livrée par amour et l’amour reçu pour la vie, à jamais. Il ne s’agit pas d’une parenthèse ouverte mais d’un déploiement de la foi au Christ désormais autrement présent à ses disciples.

Le divin juste là …

Singleton Copley, Jésus montant aux cieux, 1775

Dès lors il n’est pas nécessaire de restez-là à regarder vers le ciel. Il ne faut ni rester, ni regarder vers le ciel continuellement. D’ailleurs paradoxalement, alors que les disciples semblent interdits et médusés lors de l’Ascension de leur Seigneur, alors qu’ils fixent le ciel, espace du monde divin, comme pour ne plus en être séparer, se tiennent à leurs côtés, ces deux hommes célestes. Le monde de Dieu n’est donc plus seulement dans un ciel inaccessible, il se tient là à leurs côtés, à leur niveau, audible et proche.

On pourrait dire encore, que ces deux êtres les obligent à baisser les yeux, à contempler désormais le monde pour y retrouver Dieu et y annoncer son évangile. Nos deux messagers divins les ramènent à terre. Ils rappellent aux disciples leur première qualité, bien basse : ils ne sont que des Galiléens. Non pas des surhommes, ni des princes, ni des anges, mais de vulgaires provinciaux. Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  C’est à leur pauvreté que la parole divine s’adresse à eux et les renvoie à leur humilité, l’arme la plus dangereuse pour annoncer l’évangile, comme le montrera la suite du livre des Actes des Apôtres.

Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? L’interpellation divine invite donc les disciples à sortir de cette attitude immobile et coupée du monde, à quitter cette contemplation piétiste et quiétiste. Ils n’ont pas à rester-là, un ailleurs les attend. Un ailleurs dans le monde.

A la distance d’un sabbat

Alors, ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.

Tout est donc si proche : les messagers à leurs côtés et leur premier espace de vie et de mission, entre le mont des Oliviers et Jérusalem, une fois de plus, entre la Gloire et la Croix, si proches, si communes : gloire et croix ne font qu’un. Ils ne restent donc pas à regarder le ciel. Les disciples désormais marchent vers la ville et vers la vie. L’Ascension de Jésus oblige ainsi les disciples à marcher et même à descendre vers la ville que surplombe le mont des Oliviers.  

Czechowicz Szymon, Le Chrsit ressuscité et ses disciples, 1758

La mention du sabbat ne vise pas seulement à établir la distance entre le mont des Oliviers et Jérusalem. Ici, sa référence reçoit plus probablement une connotation symbolique. Les disciples sont renvoyés par la Parole divine à un espace géographique mais aussi à un temps spécifique. Dans la tradition juive, le sabbat, septième jour et jour chômé de la semaine, correspondant à notre samedi, est aussi interprété comme l’évocation du repos à venir et de la paix donnée par Dieu à ses fidèles lors de l’avènement de son messie. Il semble bien qu’un temps nouveau et messianique se déploie également avec le royaume inauguré par le Christ, le fils de l’Homme et maître du sabbat (Lc 6,5) et déjà ouvert lors de la Passion selon saint Luc : C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Lc 23,54.

Je vous l’avais dit, l’Ascension est bien est pont qui nous oblige à nous élever pour mieux redescendre et rejoindre d’autre rive. L’Ascension n’est donc pas une destination finale mais le commencement d’un temps et d’une aventure nouvelle qui va encore être éclairée par le don prochain de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte… ce que nous verrons la prochaine fois.

Références et citations

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François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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