Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

La porte étroite (Lc 13,22-30)

Évangile du 21ème dimanche ordinaire (année C)
Lc 13,22-30

De la tour à la porte

Lc 13 En ce temps-là, 22 Tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. 23 Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Depuis le départ de Jésus vers Jérusalem (Lc 9,51), l’évangile selon Luc insiste sur la condition et les qualités assez exigeantes du disciple : une vie faite de conversions, de renoncements, à la suite de Jésus. De fait, n’y aura-t-il donc que peu de gens à être sauvés ? Pourtant, la question vient à la suite de passages où l’évangéliste Luc insistait sur la grâce providentielle et la patience de Dieu. Telle est l’orientation des épisodes, omis par la liturgie, qui met en contraste l’offre première de Dieu face à la lenteur de la conversion des hommes :

  • Lc 12,54-59 L’appel à la justice humaine devant l’avènement du Règne de Dieu. Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ?
  • Lc 13,1-5 L’appel à la conversion : Ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.
  • Lc 13,6-9 La parabole du figuier et du patient vigneron. Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?” Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.
  • Lc 13,10-17 Guérison d’une femme infirme, un jour de sabbat à la synagogue. Cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? 
  • Lc 13,18-21 Les paraboles de la graine de moutarde et du levain. Le règne de Dieu [ …] est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dansson jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches.

Bref, l’avènement du Règne de Dieu advient mais attend une adhésion et une conversion de chacun à la Parole de Jésus-Christ. Le salut est cette rencontre entre la patiente miséricorde de Dieu et la libre volonté des hommes à en vivre. Si bien que les images utilisées par Jésus nous font passer du haut de la tour de Siloé au bas de la porte étroite, lieu d’une rencontre déterminante.

La porte étroite

Lc 13 Jésus leur dit : 24 « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. 25 Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes.” 26 Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” 27 Il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.”

Porte étroite de la basilique de la Nativité (Bethléem)

À une époque où l’espérance de vie était plus courte (35/40 ans), les personnes étaient beaucoup plus sensibles à la question du salut. Face à la maladie, aux accidents et autres malheurs chacun souhaitait s’assurer d’un salut auprès de Dieu par sa bénédiction et protection durant sa vie, et par une place auprès de lui après la mort.

L’image de Jésus n’est en rien restrictive : la porte du salut est ouverte à toutes et à tous. Certes, elle est étroite, il faut se faire petit, s’abaisser pour y passer. C’est la porte d’une humble maison, non celle d’un palais ou d’une ville. Aucune entrée triomphale n’est donc possible. Jésus n’insiste pas dans cette parabole sur les conditions d’accès mais sur son caractère temporel. Quand la porte sera close, il sera trop tard, quand bien même les candidats auraient mangé, bu avec le maître, figure de Jésus, et écouté ses enseignements. Cette temporalité est liée à la personne même du maître de la maison de la parabole.

Je suis du Christ

Ethiopian Biblical Manuscript U.Oregon Museum Shelf Mark 10-844

 ‘Je ne sais pas d’où vous êtes ?’ Ce premier reproche pointe celles et ceux qui pensent, par leur naissance, par leur sagesse, être assurés de leur salut. L’appartenance ethnique ou sociale ne suffit pas à garantir le salut que donne désormais l’adhésion au Christ. Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus dira Saint Paul à ce propos (Ga 3,13). Passer la porte, c’est passer par le Christ en professant « Je suis du Christ »

Vous qui commettez l’injustice’ Ce deuxième reproche ne vient pas insister sur une exigence éthique où seuls ceux qui seraient parfaitement justes accéderaient au salut. Ce serait contredire la condition précédente. Ce reproche vis-à-vis de l’injustice pointe l’absence même de conversion. Passer par le Christ dans cet abaissement que signifie la porte étroite, est aussi un passage dans une vie nouvelle qui exprime toute la justice et la miséricorde du Père.  

Derniers mais premiers

Lc 13 28 Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. 29 Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. 30 Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

Dierick Bouts, Le repas chez Simon, 1440

La parabole de Jésus peut rendre compte de l’attitude d’une partie du Judaïsme, peuple élu et choisi, qui a, en son temps, renié le Salut du Christ. Ce dernier a partagé avec eux le repas et proclamé ses enseignements. Ces premiers ‘élus’ restent pourtant à la porte, laissant passer devant eux, une cohorte de païens venus des quatre coins du monde. L’adhésion au Christ et la conversion à sa parole devient dès lors le critère salvifique majeur pour le monde, juif et grec. Mais, ne réduisons pas seulement cette parabole à une interprétation historique. Car cette assurance orgueilleuse d’être sauvé en raison de sa naissance et de sa participation au repas du Seigneur peut concerner encore beaucoup de chrétiens dont l’adhésion de foi, l’inscription en Christ, ne les ouvrent à aucune humilité et à aucune conversion.

Or, le salut n’est jamais gagné par avance à cause de sa naissance ou de ses mérites. Il est seulement donné dans une rencontre qui révèle le croyant à sa vocation. Un salut décrit comme ce repas eschatologique annoncé par Isaïe (Is 66,18-21) dans le rassemblement de tous les hommes et le renouveau de son peuple : je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe. Ce signe est désormais celui de la croix du Christ.

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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