Le bon berger (3) Mes brebis écoutent ma voix (Jn 10,22-42)

4ème dimanche de Pâque (C) – Jn 10,27-30

La narration semble ouvrir une autre section en plaçant la scène quelques mois plus tard, lors de la fête de la Dédicace. Mais la mention des brebis oblige à rester dans le thème développé précédemment.

Ravenne, Mosaïque

A la fête de la Dédicace (10, 22-25)

Jn 10 22 Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. 23 Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. 24 Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » 25 Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage.

La fête de la Dédicace

La fête de la Dédicace (Hannukha) célèbre ( vers décembre) la consécration  du Temple de Jérusalem en 164 après la profanation de celui-ci par Antiochus Épiphane (1M 1,54-59 ; 4,36-39). Elle se déroulait environ trois mois après la fête des Tentes (ou Huttes, Cabanes). A l’aspect provisoire et faillible des tentes succède ainsi le Temple unique. Le passage d’une fête à l’autre sert davantage la symbolique que la chronologie. L’inauguration du prochain Temple, présence de Dieu en son Christ, permet de rassembler les brebis d’Israël et des autres enclos.

Maintenant, en pleine fête, la tension devient extrême entre Jésus et les responsables juifs qui l’encerclent tels des loups autour d’un troupeau. Ces derniers lui demandent de se proclamer Christ ouvertement et non plus en images. Depuis le début de l’évangile, Jésus a en effet multiplié les allusions à propos de son identité : Je suis le Pain de Vie (6,35.48) ; Je suis la Porte des brebis (10,7.9), Je suis le bon berger (10,11.14)… Même les affirmations franches de Jésus par un divin Je Suis (8,24.48.58) ne semblent pas avoir été entendues.

Stanz Widum, XXe

Je connais mes brebis (10, 26-30)

26 Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. 27 Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. 28 Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. 30 Le Père et moi, nous sommes UN. »

Le témoignage de la Parole

Jésus renvoie ses opposants à ses œuvres, c’est à dire aux signes accomplis et à sa paroles Il reprend alors l’image des brebis qu’il fait sienne : à l’inverse de ses adversaires, ces brebis ont su écouter sa voix et l’ont suivi. Les verbes insistent sur la solidarité et la communion qui qualifient le lien entre ce berger et ses brebis. Ce qui les caractérise en premier, ce qui fait leur unité, c’est la foi. Être de ses brebis c’est croire en ce Fils unique que Dieu a envoyé,et qui donnera sa vie pour elles. A l’inverse, ceux qui refusent, sciemment, de croire au Verbe fait chair se mettent à l’écart des brebis du Seigneur. Paradoxalement, si les communautés johanniques sont exclues du lieu de rassemblement synagogale, ce sont ces dernières qui sont exclues du troupeau rassemblé par Dieu autour du Christ.

Le troupeau, qui représente ici les communautés, est ainsi assuré du salut par la foi au Fils. Tout est don pour celles et ceux qui le suivent : don de Dieu pour le Fils, don de la vie éternelle, de la fidélité de Dieu à leur égard, par le Fils. L’identité de la communauté croyante vit ainsi de la communion, de l’unité aimante, qui unit le Père au Christ.

James Tissot, le bon berger, 1896

Vous êtes des dieux (10,31-39)

31 De nouveau, des Juifs prirent des pierres pour lapider Jésus. 32 Celui-ci reprit la parole : « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes qui viennent du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? » 33 Ils lui répondirent : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. » 34 Jésus leur répliqua : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? 35 Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie. 36 Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai dit : “Je suis le Fils de Dieu”. 37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. 38 Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. » 39 Eux cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il échappa à leurs mains.

Contre ces faux pasteurs

Cette affirmation : le père et moi sommes UN provoque une tentative de lapidation. Elle peut effectivement mettre à mal la foi monothéiste des pharisiens. Mais à cette violence, une fois encore, Jésus répond en s’appuyant sur l’écriture avec ce passage tiré du Psaume 82 :

Ps 82, 1 Psaume. D’Asaf. Dieu s’est dressé dans l’assemblée divine, au milieu des dieux, il juge:  2 Jusqu’à quand jugerez-vous de travers en favorisant les coupables?  3 Soyez des juges pour le faible et l’orphelin, rendez justice au malheureux et à l’indigent;  4 libérez le faible et le pauvre, délivrez-les de la main des coupables.  5 Mais ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, ils se meuvent dans les ténèbres, et toutes les assises de la terre sont ébranlées.  6 Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut,  7 pourtant vous mourrez comme les hommes, vous tomberez tout comme les princes.  8 Lève-toi, Dieu! Sois le juge de la terre, car c’est toi qui as toutes les nations pour patrimoine.

Le psalmiste ici vient opposer la vocation d’Israël (et de ses responsables) à leurs attitudes. Ils sont appelés eux-mêmes dieux et Fils du Très-Haut car leur a été confiée la Parole de Dieu et sa mise en œuvre. Pourtant, cette parole de Dieu ne professe pas l’existence de plusieurs dieux. Le Psalmiste n’ignore pas que l’attitude des fils d’Israël peut être contraire à l’Alliance lorsqu’ils favorisent les coupables, méprisent le faible, l’orphelin, le malheureux, l’indigent, le pauvre…. Cette attitude contraire à leur vocation les mène à la mort, les éloigne de toute vie éternelle. Le seul et unique vrai juge demeure le Seigneur lui-même.

Finalement, Jésus renvoie ses accusateurs à leur propre attitude qui s’oppose à l’accueil de l’Alliance et de la Grâce. A l’œuvre de Vie de Jésus s’opposent les œuvres de morts de ceux qui veulent le lapider. Si les pharisiens ont pour vocation d’être ‘Fils du Très-Haut’, Jésus incarne pleinement cette autorité de Fils qui vient révéler le Père par ses œuvres et par sa personne.

Galiée, désert, jeune berger

Le départ (10,40-42)

Jn 10 40 Il repartit de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où, au début, Jean baptisait ; et il y demeura. 41 Beaucoup vinrent à lui en déclarant : « Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. » 42 Et là, beaucoup crurent en lui.

Face au refus de la Révélation, Jésus part pour le Jourdain, là où son ministère avait commencé (1,28). Mais ce départ de Jérusalem (du Temple, de la Synagogue) se révèle pourtant fructueux. Un message plein d’espérance pour une communauté en exil, suivre le Christ, peu importe où, même au milieu des difficultés.

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).
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